DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Walter Momper : "On peut changer le monde, et faire des révolutions des bougies à la main"

Vous lisez:

Walter Momper : "On peut changer le monde, et faire des révolutions des bougies à la main"

Taille du texte Aa Aa

Maire de Berlin Ouest puis de Berlin réunifiée, Walter Momper est l’un des personnages-clé de la chute du mur. A l’automne 1989, les autorités municipales avaient créé une cellule spéciale pour gérer l’afflux imminent d’Allemands de l’Est. Un demi-million pensaient-ils. Tout s’est accéléré le soir du 9 novembre. Aujourd’hui président du parlement régional de Berlin, Walter Momper a reçu à Oviedo le prix Prince des Asturies de la Concorde attribué à la capitale allemande.

Rudolf Herbert: Walter Momper, avez-vous jouez un rôle dans la chute du mur de Berlin ? Imaginons que vous vous retrouviez par erreur en enfer. Deux hommes sont assis à une grande table. Le premier porte une moustache, il se prénomme Adolf, le second porte lui aussi une moustache et s’appelle Josef Wissarionowitch, alias Staline. Ils vous déclarent coupable. Quelle serait votre réponse?” Walter Momper: “Et bien que je ne suis pas coupable, au contraire. J’ai contribué à préparer la route vers l’ouverture du mur de Berlin et j’ai ainsi apporté une petite contribution à la réunification de l’Allemagne et de Berlin et de l’Europe. Il n’y a donc pas de quoi déclarer quelqu’un coupable. Au contraire, les Allemands s’en réjouissent encore et j’en suis très fier. Je n’ai pas à me justifier”. RH: “La journée du 9 novembre avait-elle débuté comme n’importe quelle?” WM: “C‘était une journée comme les autres. Mais il faut dire que dans la seconde moitié de l’année 1989 chaque jour était connecté à d’importants changements, en premier lieu en République Démocratique d’Allemagne. Le mouvement des droits civils, le mouvement de libération. Tout ça était en marche. La situation est devenue dramatique à cause du nombre de plus en plus élevé de personnes qui s‘échappaient de RDA en passant par la Hongrie et Budapest. Il fallait s’attendre à ce que quelque chose se produise. Nous avons supposé qu’un assaut sur le mur finirait par se produire, que les gens n’accepteraient plus de partir via Prague ou Budapest. Et pourquoi pas par les postes frontière?” RH: “Quand et où étiez-vous quand vous avez entendu que Günter Schabowski, haut-fonctionnaire de RDA, avait annoncé dans une conférence de presse que tout le monde était autorisé à voyager, à franchir les frontières?” WM: “J‘étais chez l‘éditeur Springer, j’assistais à une cérémonie de remise de prix quand mon chauffeur me dit de retourner à la mairie Schöneberg, qui était également le siège du gouvernement. Il me dit que c’est urgent. Et puis le rédacteur en chef d’un journal Berlinois, le “Berliner Morgenpost”, me dit qu’il a une cassette vidéo de toute la conférence de presse, qui avait duré environ deux heures. A la fin de la conférence de presse, Schabowski lit un petit papier sur la nouvelle réglementation des voyages. Je regarde la vidéo et je dis que Schabowski l’avait déjà dit lors d’une réunion que nous avions eue le 29 octobre. Il avait annoncé qu’ils préparaient une nouvelle réglementation des voyages et qu’ils comptaient offrir à la population la liberté de déplacement. J‘étais conscient que nous devions accélérer les choses afin de prévenir une éventuelle volte-face. Car sinon une demi-heure plus tard il aurait pu dire que c‘était une erreur, qu’il n’avait pas lu le bon papier ou autre chose encore”. RH: “En tant que maire de Berlin, comment avez-vous réagi à ce moment précis?” WM: “Et bien je me suis rendu au siège de la télévision Freies Berlin, la chaîne de la ville, pendant la diffusion des informations du soir, les informations locales. Parce qu‘à l‘époque les télévisions privées n’existaient pas, environ 75% des habitants de l’Est et de l’Ouest regardaient ce journal. Et pendant ce journal, j’ai fait une allocution, j’ai simplement dit: “Le jour que nous attendons depuis 28 ans est arrivé. C’est un jour historique! Nous sommes heureux. Vous tous, de Berlin et de République Démocratique d’Allemagne, pouvez venir nous rendre visite! S’il vous plaît retenez bien que si vous pouvez venir dès à présent, vous pourrez aussi le faire dans quatre jours ou quatre semaines!” Et puis dans ce journal j’ai également dit: “A tous ceux qui vont venir: nous sommes heureux de vous recevoir, vous êtes les bienvenus mais s’il vous plaît venez sans vos Trabant et vos Wartburg, s’il vous plaît utilisez plutôt le métro et les trains”. RH: “Vous ont-ils écouté?” WM: “Oui, pour la plupart, bien sûr pas tous et c‘était un véritable déluge, comme un raz-de-marée dans la soirée et le lendemain parce que beaucoup ont pris leur voiture. Mais suite à ce journal télévisé qui avait été vu par tant de personnes, des gens se sont présentés à 20 heures aux postes-frontière. Le ton a commencé à monter avec les gardes-frontière, ils leur disaient: “Ecoutez, Schabowski a dit que nous avions le droit de passer et nous voulons passer maintenant!” Les gardes répondaient: “Avez-vous un visa? Pas de visa, pas d’autorisation!” Mais les gens insistaient: “Momper aussi l’a dit!” Autrement dit un homme politique de l’Ouest bien plus crédible. Passé 23 heures, peu après 23 heures, la pression des quelque 3.000 à 4.000 personnes rassemblées au poste-frontière Bornholmer Strasse était tellement forte que la frontière a finie par être ouverte”. RH: “Réalisiez-vous la portée de cette décision? Etiez-vous conscient que la chute du mur de Berlin signifiait la fin d’un Etat injuste appellé RDA?” WM: “Et bien, comment les choses allaient évoluer, avec ou sans réunification, à l‘époque nous n’en avions aucune idée. Mais il était clair que ça signifiait la fin de cet Etat injuste, comme vous dites. Parce que la RDA était une prison, personne ne pouvait la quitter, ceux qui essayaient était abattus ou ramenés. Tout ça s’est arrêté et il était clair que le mouvement des droits civils et le mouvement de la liberté n’avaitent plus d’obstacles devant eux. La RDA avait perdu son caractère répressif. Mais à l‘époque nous n‘étions pas capables de savoir, nous ne pouvions pas prévoir comment les choses allaient évoluer, que moins d’un an plus tard la réunification aurait lieu”. RH: “Aujourd’hui la chute du mur de Berlin symbolise la fin des dictatures communistes d’Europe centrale et orientale, elle symbolise la fin d’une Europe divisée. Comment voyez-vous ces événements?” WM: “C’est formidable que l’Europe ait retrouvé son unité, que les dominations communiste et soviétique aient pris fin et que la Russie soit un pays plus ou moins démocratique. Il est clair que les nations d’Europe centrale et orientale, qui ont beaucoup souffert pendant l’occupation soviétique, ont connu une véritable renaissance: les Etats baltes, la Hongrie, la Pologne, les Tchèques et les Slovaques. La renaissance d’une Europe libre, dont la plus grande partie a rejoint l’Otan et l’Union européenne est un brillant développement. Ca me rend très heureux”. RH: “ESt-ce un renversement ou une révolution pacifique?” WM: “C’est incroyable pour l’Allemagne que premièrement la révolution ait été un succès et ensuite qu’elle se soit déroulée aussi pacifiquement. C’est assez rare. Les changements sociaux importants, y-compris dans les autres pays, sont la plupart du temps liés aux effusions de sang et à la violence. Mais cette fois, fort heureusement, il n’y a rien eu de tout ça. Je pense que nous, les Allemands, avons beaucoup de chance. Parce que c’est d’une manière très pacifique que nous avons obtenu notre unité et la liberté pour l’autre moitié du pays”. RH: “Quel message faut-il retenir de cette période?” WM: “Le message à retenir de cette période a été prononcé par l’un des hauts-fonctionnaires de RDA, je crois que c‘était Sindermann. Il a dit qu’ils étaient préparés à voir venir des protestataires les armes à la main mais pas des manifestants des bougies à la main! Voilà en fait le message: Si l’on est unis et d’accord pour le faire de manière pacifique, alors on peut changer le monde, et faire des révolutions des bougies à la main!”

A propos du Mur de Berlin : fr.euronews.net/1989-2009