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Menace terroriste en Mauritanie - deuxième partie

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Menace terroriste en Mauritanie - deuxième partie

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Le terrorisme n’est pas un phénomène nouveau en Afrique du nord. Apparu en Tunisie à la fin des années 80, il endeuille l’Algérie au milieu des années 90, puis le Maroc dans les années 2000.

Le 4 juin 2005, la Mauritanie découvre avec stupeur qu’elle n’est pas épargnée : pour la première fois, son armée est directement visée. 150 terroristes attaquent une caserne militaire dans la région de Lemgheity. Bilan : 21 morts – 15 soldats et six terroristes. Cette offensive terroriste a été condamnée par les partis politiques mauritaniens, dont les sympathisants sont descendus dans la rue pour manifester leur indignation. Les Etats-Unis comptaient sur la Mauritanie pour faire barrage à la progression du terrorisme au sud du Sahara. Aussi, deux jours à peine après ce premier attentat, les américains lancent l’opération ‘flintlock’, comprenez mousquet. Des manoeuvres planifiées dans le cadre du programme Africom, pour aider les pays d’Afrique à lutter contre le terrorisme. Depuis 2002 déjà, les Etat-Unis finançaient un programme baptisé PSI, pour Pan Sahel Initiative, visant à renforcer la sécurité des frontières Mauritaniennes, mais aussi du Mali, du Niger, et du Tchad. Mais le 27 décembre 2007, les terroristes frappent une deuxième fois. Trois soldats mauritaniens sont tués dans la région de Ghalaouiya. Le 1er février 2008, c’est l’ambassade israélienne à Nouakchott qui est visée pour la première fois depuis l‘établissement de relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat hébreu, en 1999. Des relations rompues fin 2008 sur ordre du général putschiste Mohammed Ould Abdel Aziz, au pouvoir depuis l‘été à Nouakchott, pour protester contre l’offensive militaire israélienne à Gaza. Le 16 septembre 2008, un bataillon militaire mauritanien est pris en embuscade par un groupe terroriste dans la région de Tourine. 12 soldats sont retrouvés décapités. Les services secrets occidentaux ont repéré de nombreuses cellules dormantes d’Al Qaïda au Sahel – un nouvel Afghanistan pour la nébuleuse islamiste. Des cellules dormantes à même d‘être réactivées à tout moment ? Pour la ministre mauritanienne des affaires étrangères, Alnaha Bint Djaddi Oueld Meknes, ce n’est pas le cas en Mauritanie. Les renseignements occidentaux forcent le trait. Le problème vient de l’extérieur. “Je tiens à préciser qu’il n’y a ni centre d’entrainement ni cellules appartenant à Al-Qaïda en Mauritanie, assure-t-elle. Sans doute y a-t-il des infiltrations des pays voisins et nous essayons de mettre fin a ce phénomène dangereux.” Même ton rassurant du côté du ministère de l’information. Tout est sous contrôle, assure le ministre de tutelle, Mohamed Ould Al-Bukhari : “nous avons des unités militaires armées bien équipées, bien entraînées qui patrouillent afin de protéger les frontières mauritaniennes et de protéger les régions qui pourraient être prises pour cible par les groupes terroristes. En général, la Mauritanie est un pays qui vit en sécurité et sous contrôle, grâce à dieu.” Et quand est évoquée la question de la coopération militaire, il reste silencieux. Tout ce qui concerne la sécurité est considéré comme secret d’état – une ligne rouge qu’il ne faut pas franchir. Après le coup d’Etat d’août 2008, les Américains ont suspendu leur coopération militaire avec l’armée Mauritanienne. La France, ancienne puissance coloniale, a dépéché son chef d’état major des armées, le général Jean Louis Georgelin, auprès de l’homme fort de Nouakchott, pour tenter de prendre le relais. “Nous avons évoqué évidemment, avec le général, d’abord la situation dans la région et surtout la coopération militaire qui peut rapprocher nos deux armées et à cet égard nous avons envisagé notamment des actions de formation que nous pourrions conduire ensemble,” déclarait-il à l’issue de la rencontre. L’Islam joue-t-il un rôle dans cette flambée du terrorisme ? Au centre de la capitale mauritanienne, se trouve la grande mosquée. On vient y prier de tout le pays. Le prêche reflète un islam modéré. En Mauritanie, l’Islam a son parti politique, le Tawassoul. Son vice secrétaire-général, Mohamed Ghoulam Al-Haj Sheikh, dénonce le terrorisme. “Ceux qui tuent les innocents en Algérie, en Mauritanie ou dans d’autres pays, prétendent le faire au nom de l’Islam, martèle-t-il. Les intellectuels musulmans ont dissocié l’Islam de ce genre de pratiques. Car l’Islam n’incite pas à l’assassinat. Il y a certainement des infractions aussi bien dans notre pays que dans les pays occidentaux. Quand on regarde l’IRA, l’armée républicaine irlandaise et des communautés chrétiennes qui s’entretuent, tout cela n’a jamais été mis au compte de la religion chrétienne et personne n’a songé à la pointer du doigt. La religion chrétienne n’a jamais incité les gens à s’entretuer. Pourquoi ce “deux poids deux mesures”? Le groupe WAM a fait exploser des tunnels et a assassiné des milliers de japonais. Pourquoi n’a-t-on pas accusé les bouddhistes d’être à l’origine de tout cela?” La Mauritanie est un des pays les plus pauvres du Maghreb. Pour le président du parti des forces progressistes, Mohamed Ould Mouloud, la pauvreté n’est pas une cause première du terrorisme. “On ne peut pas dire que la pauvreté est la cause du terrorisme car la Mauritanie est un pays pauvre comme beaucoup de pays arabes, mais n’avait jamais connu le terrorisme, rappelle-t-il. Le phénomène du terrorisme est apparu en Afrique sous forme de groupes armés mafieux. On trouve des mouvements similaires au Congo ou dans des pays non musulmans, en Amérique du Sud et en Asie. Donc ce phénomène de réaction à l’injustice sociale est ancré dans les pays du sud. Le monde musulman est le théâtre de nombreuses humiliations et d’injustices. C’est le cas en Palestine, en Irak, en Afghanistan et en Tchétchénie. Dans ces pays, les musulmans se sentent humiliés et agressés.” Tout au long du tournage de ce magazine Sawa, la presse mauritanienne a publié de nombreux articles attestant que la bataille contre le terrorisme était loin d’être gagnée. Une menace qui fait le jeu du pouvoir putschiste, tout juste légitimé par les urnes. N’est-ce pas en effet au nom de la lutte contre le terrorisme que la France a décidé d’avaliser le général Mohamed Ould Abdel Aziz ? Car face à la hantise des islamistes radicaux, les principes démocratiques ne pèsent pas lourd.