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Raila Amolla Odinga, Premier ministre du Kenya

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Raila Amolla Odinga, Premier ministre du Kenya

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L’actuel Premier ministre kényan Raila Amolla Odinga était leader de l’opposition quand il s’est présenté aux élections présidentielles en octobre 2007. Les résultats de cette élection ont été contestés; la commission électorale avait déclaré vainqueur le Président Mwaï Kibaki pendant que les supporteurs de Odinga criaient à la manipulation. Le résultat donna de violents soulèvements partout dans le pays qui firent près de 1.500 morts. Finalement Kibaki et Odinga acceptèrent de partager le pouvoir : le second en tant que premier ministre. Odinga pense que l’Afrique a encore beaucoup de chemin à faire vers la démocratie. Mais le Kenya a aussi à gérer les conflits en cours avec deux Etats voisins : le Soudan et la Somalie. En visite à Paris, Raila Odinga a parlé de tous ces dossiers avec Euronews.

Raila A. Odinga : Premier Ministre du Kenya Quand il y avait la guerre au sud-Soudan, de très nombreux réfugiés ont afflué au Kenya. L’accord global de paix qui mettait fin à la guerre dans le sud a été signé à Nairobi. Et le Kenya aimerait voir cet accord global de paix au Soudan, honoré et respecté. Euronews: L’autre conflit frontalier du Kenya c’est la Somalie. Est-ce que le Kenya participe à la lutte internationale contre la piraterie ? Raila A. Odinga: “La Somalie est notre voisin à l’est. Malheureusement ce pays est instable depuis près de 20 ans. Il n’a jamais eu de gouvernement stable. On peut dire que la Somalie est l’exemple typique d’un Etat en faillite. A la base, la piraterie est le résultat de l’instabilité politique en Somalie. C’est un problème qu’on ne pourra pas résoudre en mer. Finalement il doit être résolu politiquement, sur la terre ferme. Le Kenya a été une victime majeure des activités de piraterie dans l’Océan indien. Nos coûts commerciaux ont augmenté. Les compagnies d’assurances ont augmenté leurs primes sur les produits importés au Kenya”. Plus au sud sur le continent africain, le Zimbabwe a expérimenté une solution similaire à celle du Kenya. Après des élections violemment contestées, le Président Robert Mugabe et le leader de l’opposition Morgan Tsangaviraï ont accepté de partager le pouvoir. Mais la cohabitation au Zimbabwe est beaucoup plus difficile qu’au Kenya. Euronews “Quelle opinion avez-vous de Robert Mugabe ? Raila A. Odinga J’ai toujours dit – et je n’ai aucune raison de changer d’avis – que Robert Mugabe fait partie du problème. Il ne peut pas faire partie de la solution du problème au Zimbabwe. Il en est la cause majeure. Mugabe ne veut pas appliquer les règles de la démocratie. Il sait qu’il a perdu une élection mais il refuse de se soumettre au verdict du peuple du Zimbabwe et il s’est lui-même imposé pour revenir au pouvoir. Le temps est venu pour la communauté internationale de parler très fort et d’une seule voix pour dire à Monsieur Mugabe : “trop c’est trop, le moment de partir est venu”. Euronews “Est-ce que l’Union Africaine fait quelque chose pour accélérer ce départ ? Raila A. Odinga “Malheureusement, l’Union Africaine semble impuissante à cet égard. Parce que beaucoup de ses membres lui ressemblent : ils ont un profil similaire à Monsieur Mugabe. Un certain nombre d’entre eux sont les produits de procédés pas très transparents. Je crois que les leaders africains qui pensent tous la même chose, ne devraient pas parler d’une seule voix sur ce sujet.

L’Afrique politique est actuellement dans la transition suivante qui doit la conduire d’un seul parti vers une démocratie multi-partite. Mais nous n’avons pas encore atteint la pleine démocratie.

Euronews Le Kenya est frappé par une terrible sécheresse. Pouvez-vous nous décrire la situation ? Raila A. Odinga En ce moment près de 10 millions de personnes sont touchées. Les communautés pastorales souffrent car leur cheptel est en train de mourir. Nous avons perdu près de 200.000 têtes de bétail.

Le Kenya – comme beaucoup de pays africains – doit survivre à deux fléaux jumeaux : la sécheresse et les inondations. Le changement climatique touche l’Afrique de façon dramatique.

Euronews Le prochain sommet sur le climat à Copenhague va essayer de traiter les problèmes environnementaux sur une base internationale. Que demande l’Afrique et qu’est-ce que l’Afrique est prête à apporter ? Raila A. Odinga Fondamentalement, l’Afrique est une victime. Mais nous n’allons pas pointer un doigt accusateur en demandant : qui est l’offenseur, qui est la victime ? Nous voulons être soutenus dans nos efforts d’adaptation. Nous voulons aussi savoir comment rendre verte l‘énergie parce que l’Afrique veut se développer comme les autres pays. Euronews Il y a un grand débat sur l’efficacité de l’aide au développement avec certains économistes qui disent que l’aide tue les initiatives collectives et individuelles et ce faisant, empêche tout développement. Quelle est votre opinion à ce sujet ? Raila A. Odinga Oui, nous avons vu durant de nombreuses années depuis l’indépendance, une période oú l’aide financière s’est perdue dans le continent africain sans trop de résultats visibles. Nous pensons que l’aide perpétue le sous-développement parce que la majorité de cet argent est mal orienté. Une partie reprend même le chemin du retour vers le donateur. Donc c’est pourquoi nous disons : sortons de cette dépendance à l’aide au développement. Nous voulons plus de partenariat, nous voulons plus d’investissement. Nous voulons que les marchés s’ouvrent à nous pour que nous puissions faire du commerce. Pour que ces échanges soient autre chose qu’un simple patronage. Euronews Finalement le fils d’un citoyen du Kenya est entré à la Maison blanche. Comment votre pays ressent-il cet évènement ? Raila A. Odinga C’est énorme qu’un homme d’origine kenyane ait été élu comme premier président afro-américain des Etats Unis. Les Kenyans se sont réjouis et ont même décidé un jour fèrié national. Mais ce n’est pas tant à cause de ses origines kényanes. Les kényans s’identifient vraiment à Barack Obama en raison de ce qu’il représente politiquement. Il est venu et il a dit : “Je vous tends la main de l’amitié, pas un poing pour vous frapper. Discutons et nous pourrons ensemble créer un monde de paix”.