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José Socrates : "C'est au cours de l'année 2010 que l'emploi va être relancé"

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José Socrates : "C'est au cours de l'année 2010 que l'emploi va être relancé"

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A 52 ans, le socialiste José Sócrates vient d‘être réélu Premier ministre du Portugal, mais il doit gouverner en minorité, faute de coalition. Et la tâche est loin d‘être facile : le taux de chômage dépasse pour la première fois les 9% au Portugal, et le déficit public devrait être trois fois plus élevé en fin d’année que les 3% exigés par le Pacte de stabilité. Pour autant, José Sócrates veut continuer son plan de relance basé sur de grands travaux. Outre ces questions de politique intérieure, il revient également sur la mise en place du Traité de Lisbonne.

Maria Barradas, euronews : Mr le Premier ministre, bonjour. Le Traité de Lisbonne entre enfin en vigueur, êtes-vous plutôt satisfait ? Ou, est-ce qu’avec le recul, deux ans après, vous pensez que les choses auraient pu être faites autrement ? José Sócrates, Premier ministre portugais : Tous les traités, quand ils se mettent en place, sont synonymes de renouveau et l’Europe, avec le Traité de Lisbonne, devient non seulement plus forte et plus apte à répondre aux espoirs de la société européenne et aux besoins de l‘économie européenne, mais aussi à répondre aux défis du monde. Le monde a besoin d’une Europe plus forte, ce ne sont pas seulement les Européens qui en ont besoin, c’est le monde entier qui a besoin que les valeurs, les attentes et la culture européennes soient plus fortes. Et donc, le Traité de Lisbonne, c’est un bon début pour l’affirmation de l’Europe dans le monde. Maria Barradas, euronews : Dans l‘étape suivante, lors du choix des hauts répresentants de l’Union européenne, on a eu l’impression que les nominations d’Herman Van Rompuy et de Catherine Ashton ont été une façon de montrer que l’Europe renonçait à une position politique forte pour privilégier, de plus en plus, l’aspect économique, du marché unique. Est-ce vrai ? José Sócrates, Premier ministre portugais : Non. Je ne vois pas les choses comme ça. Je pense même que les nominations de ces deux personnalités, qui ont un long parcours politique et ont déjà fait leurs preuves dans le cadre du projet européen, soulignent l’importance de rassembler les deux familles politiques les plus importantes celles du Parti Populaire et du Parti Socialiste dans le soutien aux institutions européennes. Cela avait une importance énorme et on l’a bien réussi. D’autre part, ces deux personnalités ont une très longue expérience politique et, que ce soit le Premier ministre belge ou la commissaire britannique, ils sont bien connus en Europe et seront certainement à la hauteur de leurs fonctions et de leurs missions. Maria Barradas, euronews : Mais, vous croyez vraiment que dans le monde, on les voit comme des personnalités fortes? José Sócrates, Premier ministre portugais : Les personnalités deviennent fortes après avoir accompli leurs fonctions et je suis sûr que le Premier ministre belge va très bien faire son travail. Je le connais assez bien, je connais sa pensée et son engagement pour l’Europe. C’est un grand européen, un homme qui a des valeurs et des principes politiques axés sur les points de vue européens et je suis sûr qu’il va faire un excellent travail pour que l’Europe puisse s’affirmer. Maria Barradas, euronews : On ressent une certaine frustration de l’opinion publique après ces deux nominations, surtout en cette période, où on parle d’un énorme besoin de rendre l’Europe plus proche des citoyens et vice-versa… Pensez-vous donc que la procédure suivie a véritablement contribué à ce rapprochement ? José Sócrates, Premier ministre portugais : Ces deux personnalités on été choisies selon les dispositions du Traité de Lisbonne. Je ne vois pas d’autre façon de le faire. Le président a été choisi par le Conseil et c’est un choix tout à fait démocratique, car autour de la table il n’y avait pas un seul Premier ministre qui n’ait pas été élu et qui ne représente ses concitoyens. Maria Barradas, euronews : La presse a beaucoup parlé du fait qu’aucun profil n’avait été prédéfini, comme si on ne savait pas quel genre de profil on cherchait pour l’Europe. José Sócrates, Premier ministre portugais : Je pense que le profil qui s’adapte le mieux à un président de l’Europe, c’est celui d’un européiste, et ce profil-là, sans aucun doute, le Premier ministre belge l’a. Maria Barradas, euronews : Une fois passés les effets les plus nocifs de la crise économique, Bruxelles accorde au Portugal quatre ans pour revenir aux critères du Pacte de croissance et de stabilité, et donc revenir à un déficit de 3%. Ce délai est-il, selon vous, réaliste et est-ce qu’il a valeur d’obligation pour le gouvernement portugais ? José Sócrates, Premier ministre portugais : Je pense que ce délai est réaliste, mais j’aimerais commencer par vous dire quelque chose : concernant les effets les plus nocifs de la crise, certains sont passés, effectivement, mais d’autres non. On doit bien être conscient que le devoir de tous les Etats c’est de s’engager pour la croissance et pour l’emploi. C’est la priorité. Il n’y en a pas d’autre. Après, on pourra commencer à réduire les déficits publics de façon à redonner de la confiance aux marchés internationaux et à s’assurer de la durabilité de nos comptes publics. Mais le plus important, en ce moment, c’est que l’Union européenne ait une politique de continuité des plans de relance budgétaires jusqu‘à la fin de la crise. La crise n’est pas encore finie, d’ailleurs il suffit de regarder les chiffres de l’emploi partout en Europe. On ne peut pas laisser nos concitoyens dans cette situation de chômage, on doit continuer les plans de relance, c’est-à-dire, faire des investissements publics pour encourager la création d’emplois. Maria Barradas, euronews : Mais, pendant combien de temps, aura-t-on selon vous, par exemple au Portugal, un taux de chômage à deux chiffres ? José Sócrates, Premier ministre portugais : On est déjà sur le chemin de la relance au Portugal. Lors des deux derniers trimestres, on a eu une croissance positive, en comparaison avec les trimestres précédents, mais ça n’a pas encore eu d’impact sur l’emploi. De mon point de vue, c’est au cours de l’année 2010 que l’on va enfin commencer à récupérer des emplois. La priorité, dans mon esprit, c’est de continuer à faire ce que l’Etat fait et doit faire en ce moment, c’est-à-dire : soutenir la dynamique économique pour récupérer des emplois. Maria Barradas, euronews : Le Portugal vient d’organiser le sommet Ibero-Américain, dont le thème principal était “l’innovation et la connaissance”. Quelle est l’importance d’une rencontre de ce genre pour un pays comme le Portugal ? José Sócrates, Premier ministre portugais : Le sommet a permis deux choses. En premier : discuter de la crise et de la réponse des Etats à cette crise, et aussi, l’identification des points sur lesquels on peut se mettre d’accord pour réformer les institutions mondiales et je parle de toutes les institutions : Banque Mondiale, FMI… Il y a beaucoup de changements à faire dans la régulation économique mondiale. Quel est le secret de la réussite économique d’une société ? Je dirais que c’est la connaissance, l’innovation et la technologie. Le Portugal, par exemple, détenait la quatorzième ou seizième place dans le classement européen des services publics online – sur la disponibilité et le degré de sophistication des services – et on est, en ce moment, premier. Cela veut dire qu’on a fait une réforme très rapide de nos services publics en quatre ans seulement, ce qui nous a permis d’arriver à l’avant-garde. Aujourd’hui, tous nos enfants apprennent l’anglais dès qu’ils arrivent à l‘école. Tous les enfants du Portugal – je ne sais pas si vous le savez – ont accès à un ordinateur, qu’ils soient riches, pauvres, qu’ils vivent à l’intérieur des terres ou sur la côte. C’est pour ça qu’on a l’espoir de devenir un pays où on parle mieux l’anglais et ou on maîtrise toutes les technologies de l’information et de la communication. Et si je vous donne ces exemples, c’est pour dire que c’est avec des projets comme celui-là qu’on peut développer et changer très vite une société, pour amener une croissance économique durable. Maria Barradas, euronews : On termine sur cette note d’optimisme. Mr le Premier ministre, merci beaucoup. José Sócrates, Premier ministre portugais : C’est moi qui vous remercie. Merci beaucoup.