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Antonio Guterres : Haut Commisaire de l'ONU pour les réfugiés

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Antonio Guterres : Haut Commisaire de l'ONU pour les réfugiés

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António Guterres est l’actuel Haut Commissaire de l’ONU pour les Réfugiés. Un poste qu’il occupe depuis juin 2005, après 25 ans de carrière politique au Portugal. L’ex-premier-ministre portugais (entre 1996 et 2002) est en charge des 42 millions de refugiés et déplacés partout dans le Monde, selon les chiffres de l’UNHCR de 2008. Antonio Guterres a été considéré, par le magazine Forbes, comme le 67ème homme le plus influent du Monde.

Patricia Cardoso : Reporteur euronews, affaires européennes “L’année dernière, le nombre des réfugiés retournant chez eux a baissé de 17%. Comment analysez-vous cette situation ? Antonio Guterres : Ceci fait référence aux réfugiés politiques : des gens qui ont fui leur pays, normalement pour des raisons de conflit et ce que nous avons vu l’année dernière c’est que beaucoup de ces conflits que nous espérions voir se résoudre ou tout au moins s’améliorer, ne l’ont pas été. Il y a eu de massives opérations de retour pour différents pays, mais l’année dernière elles ont ralenti, parce que la violence a une nouvelle fois augmenté en Afghanistan, alors que la République démocratique du Congo est toujours instable et qu’au sud-Soudan nous avons assisté à un conflit ethnique et donc, malheureusement, le nombre de réfugiés retournant chez eux, l’an dernier, même si nous en avons encore aidé dans le monde entier près de 600.000…. C’est un mouvement très important car la plupart des réfugiés veulent rentrer chez eux. L’idée que ces gens veulent émigrer dans les pays riches est fausse. La grande majorité des réfugiés veut revenir à la maison dès que les conditions minimales pour que cela soit possible sont réunies. Mais l’année dernière malheureusement, même si nous avons aidé comme je l’ai dit 600.000 d’entre eux à retourner chez eux, ce chiffre est le plus petit depuis 10 ans. euronews : Cet été vous avez demandé des millions d’euros pour soutenir votre opération au Pakistan. Vous avez alors accusé la communauté internationale d‘être plus préoccupée par l’avenir des banques que par la crise humanitaire. Le monde peut-il se permettre d’ignorer la crise pakistanaise ? A. Guterres : Bon, le monde n’ignore pas la crise au Pakistan et on doit même dire que l’opération elle-même est très fortement soutenue par la communauté internationale. Mais soyons francs : quand des milliers de milliards peuvent être trouvés pour secourir rapidement les banques; ce ne doit pas être très difficile de trouver des milliards. Nous parlons de quelque chose qui se situe à une toute autre échelle : il s’agit de faire face de façon plus efficace aux défis humanitaires dramatiques auxquels nous sommes encore confrontés. euronews : Dans le monde, l’existence- même d’un certain nombre d’îles est menacée, dont les Iles Maldives et d’autres îles dans le Pacifique. Quels sont les défis à relever ? A. Guterres : Le changement climatique est un accélérateur global des facteurs qui causent les déplacements de population. Une des causes les plus dramatiques, même si ce n’est pas la seule, a un impact sur un nombre très important de personnes, mais dramatique est aussi le fait que quelques îles-Etats pourraient même disparaître. Donc ça crée le problème de populations potentiellement apatrides et bien sur, nous faisons tout ce que nous pouvons pour s’assurer que chacun a le droit d’avoir une nationalité. Mais ces types de situations vont au-delà. Ce n’est pas si difficile de trouver une autre nationalité pour ceux qui sont obligés de quitter une île qui disparaît. Je crois que ce n’est pas si difficile que ça. Mais ce n’est pas assez parce qu’il s’agit d’une communauté, il s’agit d’une nation, d’un pays, d’une identité qu’il faut préserver; donc c’est plus que le droit d’avoir une nationalité. C’est le droit de préserver l’identité de cette nation et ce sont des problèmes qui ne sont pas résolus. C’est une question à laquelle la communauté internationale doit réfléchir. « Comment allons-nous aborder ces problèmes ? Comment allons-nous trouver pour ces communautés une solution qui va au-delà de la proposition d’une autre nationalité en gardant leur identité et en préservant leur avenir ? euronews : A Copenhague, le principal objectif va porter sur la réduction des émissions de CO2. Qu’en pensez-vous ? A. Guterres : Réduire les émissions est très important mais ce n’est pas assez. Dès aujourd’hui le changement climatique à un impact et il se rencontre en grande partie dans les pays les plus vulnérables. Un grand nombre de pays dans le monde, qui sont des pays pauvres, des sociétés fragiles sont ceux qui subiront l’impact le plus dramatique. Qui subissent déjà l’impact le plus dramatique, un impact plus dramatique du au changement climatique. Donc l’adaptation est aussi importante que l’atténuation des risques grâce à la prévention ; aussi important que la réduction des émissions c’est de s’assurer qu’on donne à ces pays un soutien suffisant pour qu’ils s’organisent eux-mêmes pour résister à l’impact du changement climatique. C’est quelque chose dont on a besoin maintenant mais malheureusement l’attention qu’on lui porte est insuffisante. euronews : Que peut faire l’Europe dans ce cas ? A. Guterres : Je pense que l’Europe est clairement à la tête des puissances qui pensent qu’il faut assumer ses responsabilités. J’espère que l’Europe sera un leader très important pour arriver à une négociation globale. euronews : Chacun affirme que Copenhague sera un échec. Quel est votre message aux grands de ce monde de la part des réfugiés et des personnes déplacées ? A. Guterres : Le message est clair : si un accord complet n’est pas possible maintenant; les leaders mondiaux devraient au moins s’engager de façon très nette d’un point de vue politique à garantir que dans les mois qui viennent cet accord sera conclu, sinon nous serons face à un désastre et personne ne nous le pardonnera. euronews : Il est clair que le bassin méditerranéen fait face à un énorme problème avec l’immigration clandestine. Comment définiriez-vous l’approche européenne de la situation et avez-vous des recommandations pour améliorer la situation ? A. Guterres : On a besoin d’être sûr que l’Europe fait preuve de cohérence, de consistance dans ce sens que les différentes politiques d’immigration sont coordonnées et dans le même temps qu’elle autorise la possibilité d’un véritable partage de charges parce que la pression qui s’exerce sur Malte ou sur la Grèce est supérieure à celle qui s’exerce actuellement sur le Portugal par exemple. Donc il faut s’assurer que nous avons une approche cohérente pour la protection des réfugiés : qui soit la même dans les différents pays en Europe, mais aussi qu’il y ait une solidarité véritable avec les pays qui sont en première ligne. Il est aussi essentiel que l’Europe reste une terre d’asile, que l’Europe garantisse l’accès du territoire européen à ceux et celles qui ont besoin de protection. Les pays ont le droit de défendre leur propre politique d’immigration mais en exerçant ce droit, ils doivent garantir la protection de ceux qui en ont besoin. La pierre angulaire de la protection des réfugiés est le principe dit de « non refoulement ». Personne ne peut être reconduit dans son pays; si le risque de poursuite est toujours présente euronews : Quelle est la crise la plus importante à laquelle doit faire face votre organisation aujourd’hui ? A. Guterres : La plus grave crise pour moi, se passe dans la tête des gens. C’est un fait que dans le monde d’aujourd’hui on sent une grave menace sur les valeurs de tolérance qui sont absolument essentielles pour la protection des réfugiés, pour traiter les migrants de façon humaine, pour le respect des étrangers et le respect de ceux qui sont différents. On voit monter l’intolérance, on sent le racisme et la xénophobie se développer même dans les sociétés avancées et tout ça crée un environnement tout à fait négatif pour la protection des réfugiés. Donc plus important que les crises actuelles dans certaines zones géographiques dans le monde, plus important que les problèmes spécifiques qu’on rencontre ici et là ; sont les murs que construisent nos esprits.