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Rafael Correa, président de l'Equateur : "Si les Etats-Unis avaient voulu stopper le coup d'Etat au Honduras, ça aurait pris 48 heures..."

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Rafael Correa, président de l'Equateur : "Si les Etats-Unis avaient voulu stopper le coup d'Etat au Honduras, ça aurait pris 48 heures..."

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“Si les Etats-Unis avaient voulu arrêter le putch au Honduras, cela aurait été fait en 48 heures “, estime Rafael Correa, dans une interview à euronews. Alors que son pays a rejoint la coalition bolivarienne au coté de la Bolivie et du Vénézuela, le président de l’Equateur parle de ses relations avec les USA, du rapprochement avec l’Iran, et aussi de la lutte contre les Farc.

euronews : Rafael correa, président de l’Equateur, bonjour. Vous avez dit que la Bolivie, le Vénézuela, le Nicaragua, et l’Equateur, la “coalition bolivarienne”, devaient s’organiser pour prévenir toute tentative de putch…

Rafael Correa : Ce qui s’est passé au Honduras est le résultat d’une stratégie mise en place face à une défaite électorale. On a encore utilisé la force comme dans les coups d’Etat d’‘il y a 40 ans. En clair, ce n’est pas un gouvernement de droite assurant le statu quo qui était visé, on visait le gouvernement progressiste que le président du Honduras Manuel Zelaya essayait de faire fonctionner. Et c’est la raison pour laquelle nous devons faire attention. Mais je suis sur que ça n’arrivera pas ici, surtout parce que nous avons un soutien populaire, et non parce que certains groupes de pouvoir ou de pression le veulent ou non… Mais nous devons être prudents.

euronews : Pensez-vous réellement qu’un putch, qui a été une caractéristique de l’Amérique Latine pendant de nombreuses années, est encore un risque?

Rafael Correa: Oui, nous croyons que la montée de ces groupes réactionnaires coïncide en partie avec d’autres évènements inquiétants, par exemple la réactivation de la 4e flotte, par exemple l’installation en Colombie de sept bases militaires sensées être utilisées par les forces militaires américaines…

euronews : Pensez-vous que les Etats-Unis ont soutenu le putch au Honduras?

Rafael Correa : Je ne peux pas confirmer des choses que je ne sais pas. Ce que je peux confirmer, c’est que si les Etats-Unis avaient voulu mettre fin au putch au Honduras, cela aurait été fait en 48 heures.

euronews : Mais le président Obama a soulevé beaucoup d’espoirs à travers le monde, alors qu’est-ce qui se passe?

Rafael Correa : Qu’est ce qui se passe? J’apprécie beaucoup le président Obama, il a l’air d‘être quelqu’un de très bien, très agréable, très sensible et très intelligent. Il a de très bonnes intentions, mais il a affaire à une société, une économie, un appareil politique qui évoluent très lentement, et il est très difficile de changer de direction.

euronews : Etes-vous en train de dire que le président des Etats-Unis ne contrôle pas ceux qui décident d’installer sept bases militaires en Colombie? Rafael Correa : Oui, probablement. euronews : Pensez-vous qu’il y a une différence entre les administrations Bush et Obama? Rafael Correa : Bien sur, rien ou presque ne peut être pire que le président Bush… Mais ce n’est suffisant, il ne suffit pas de changer de personne. J’insiste, le président Obama est doué et intelligent, il a de bonnes intentions, mais la politique américaine vis-à-vis de l’Amérique Latine n’a pas changé. euronews : Mais ces sept bases…. Rafael Correa : C’est la raison pour laquelle… euronews : Mais ces sept bases ont été installées sous Obama, pas Bush… Rafael Correa : Effectivement, et le putch au Honduras a été mené sous la présidence d’Obama. Et sous la présidence de Bush, aucun coup n’a été mené en Amérique Latine. euronews : Mais n’est-ce pas un paradoxe? Bush semblait plus sensible à l’Amérique Latine?

Rafael Correa : Ce n’est pas la question d‘être sensible, c’est la question de gérer l’appareil. Et l’appareil soutenait Bush via des groupes de pression qui contrôlent les Etats-Unis. Ce n’est pas le cas d’Obama. Il y a une grosse réticence des groupes racistes et des puissants groupes économiques contre Obama, parce qu’ils rejettent l’idée d’un président des Etats-Unis avec des origines africaines.

euronews : Les pays qui appartiennent à l’Alba, l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, ces pays ont établi d’excellentes relations avec l’Iran. L’Iran n’est pas l’un des meilleurs amis des Etats-Unis. Ne pensez-vous que ces pays perturbent les relations internationales en Amérique du sud?

Rafael Correa : C’est étonnant, la Colombie accueille une ambassade iranienne depuis longtemps. Et quand l’Equateur établit des relations diplomatiques avec l’Iran, on a l’impression qu’on perturbe la donne. Je ne comprends pas. L’Equateur n’a besoin d’aucune autorisation pour établir des relations diplomatiques avec qui il souhaite, nous sommes un Etat souverain. Il n’est pas de notre intérêt de briser l‘équilibre du pouvoir dans la région. Nous voulons seulement ce qu’il y a de mieux pour notre peuple. L’Iran par exemple, peut représenter un énorme marché pour nos produits, ou une source importante d’aide technologique et financière. Et cette double morale m’embête, car l’Iran est, d’abord, une démocratie. Les Etats-Unis n’ont pas demandé à l’Amérique latine son autorisation pour établir des relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite, qui n’a jamais été une démocratie. Mais rien ne se passe.

euronews : Mais l’Iran est une menace pour la stabilité du monde puisqu’on le soupçonne de développer l’arme nucléaire. Sur la question nucléaire, quelle est la position des pays de l’Alba, et celle de votre pays?

Rafael Correa : Bien, selon ces critères, vos pays et les Etats-Unis sont-ils une menace? Je ne vois pas pourquoi ce qui est bien pour les uns est mauvais pour les autres. Si vous voulez savoir mon opinion, je voudrais une planète sans arme nucléaire, et avec une seule norme, pas cette sorte de double langage…

euronews : Donc, avec un tel raisonnement, l’Iran a le droit de développer ses armements nucléaires?

Rafael Correa : Non, je crois que personne n’a le droit de développer l’arme nucléaire. Mais ce qui m’ennuie réellement, c’est l’idée qu’il y a des bons et des méchants …

euronews : Mais le fait qu’ils développent une arme nucléaire ne vous ennuie pas? On peut traiter avec eux?

Rafael Correa : Avant tout, ils n’ont pas reconnu qu’ils développaient l’arme nucléaire. Deuxièmement, la même règle doit être valable pour tous. Et je ne crois pas il y ait les bons d’un coté, et les diables de l’autre.

euronews : Votre pays a-t-il reçu 80 millions de dollars de l’Iran? Est-ce vrai?

Rafael Correa : Nous avons signé un accord pour un prêt d’un montant de 100 millions. Il ne l’ont pas concrétisé, mais nous allons obtenir bientôt ces 100 millions.

euronews : Que pensez-vous de la stratégie anti-terroriste menée contre les Farc par le président colombien Uribe?

Rafael Correa : Nous venons de rétablir nos relations. L’Europe n’est pas bien informée là dessus. Quand un sanctuaire des Farc est découvert à la frontière entre l’Equateur et la Colombie, dans la jungle amazonienne, la seule chose qu’on nous assène, c’est qu’on est complice des Farc… C’est fou. Si quelqu’un peut être considéré comme un complice des Farc pour la seule raison qu’il y avait juste un camp des Farc sur son territoire, alors le plus grand complice des Farc devrait être le président colombien Uribe. En Colombie, il y a deux cents camps des Farc, et il n’a pas réussi à ce jour à vaincre les Farc, et à reprendre le contrôle de tout le territoire. Nous croyons qu’une solution militaire au conflit n’est pas pour demain; nous serons toujours prêts à intervenir comme médiateur pour chercher une solution pacifique et résoudre ce genre de conflit.

euronews : Mais la méthode d’Uribe est-elle la meilleure approche pour lutter contre le terrorisme ou non? Est-ce la bonne façon de procéder en Amérique Latine?

Rafael Correa : Pour moi, une guerre civile de 50 ans contre les Farc, et en plus il y a les paramilitaires, les narcotrafiquants…, ce n’est pas une bonne stratégie. Si cela avait été une bonne stratégie, les Farc auraient été vaincus militairement. Regardez combien de milliards ont été injectés dans cette bataille fratricide.