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Kazakhstan : l'économie d'abord, la démocratie ensuite

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Kazakhstan : l'économie d'abord, la démocratie ensuite

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Noursoultan Nazarbaïev préside le Kazakhstan depuis l’indépendance en 1991. Ce pays qui représente la plus grande économie d’Asie centrale a pris début janvier la présidence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe et va devoir à ce titre gérer des dossiers problématiques dans une région tourmentée. euronews a rencontré le président Nazarbaïev à Almaty.

euronews : “Monsieur le Président, bienvenue sur euronews. Le Kazakhstan a pris la présidence de l’OSCE à un moment où un certain nombre de conflits régionaux s’aggravent. Avez-vous préparé un plan d’action pour y faire face ?”

Noursoultan Nazarbaïev : “Notre priorité sera de tenter de trouver un équilibre entre les trois domaines de responsabilité de l’OSCE.
Le premier est la partie politico-militaire, et le Kazakhstan a là certaines propositions. Nous soutenons le processus de Corfou qui a démarré avec une déclaration appelant à travailler plus en profondeur, à étendre la responsabilité de l’OSCE et à construire une nouvelle architecture sécuritaire dans l’ensemble de nos pays.
La deuxième partie concerne l‘économie, et bien évidemment, l’intérêt principal de l’Europe et du monde réside dans l‘énergie. Le Kazakhstan dispose d’immenses réserves de ressources énergétiques. Nous les acheminons à travers la Russie vers la Mer Noire, à travers le Caucase vers l’Europe. Nos ambitions sont grandes et nous avons un rôle important à jouer. Les coopérations se développent. Aujourd’hui, environ 25% du pétrole en Europe provient du Kazakhstan. De plus, notre position géostratégique entre l’Europe et l’Asie conforte notre rôle pour le transit et le transport dans la région.
Et puis, la troisième dimension est la dimension humaine. Nous soutenons et développons les libertés fondamentales et les droits de l’Homme. Et nous voulons accorder plus d’attention à l’importance de la tolérance, étant nous-mêmes un Etat multi-ethnique et multi-confessionnel où 130 groupes ethniques et 46 confessions religieuses ont co-existé en harmonie pendant toutes ces années.”

euronews : “Quels sont les conflits régionaux, les points de tensions régionaux, que vous considérez comme les plus préoccupants ?”

Noursoultan Nazarbaïev : “Aujourd’hui, le problème régional le plus sérieux est bien sûr celui de l’Afghanistan. Il y a aussi la situation nucléaire en Iran – le débat se poursuit et la communauté internationale n’a pas encore reçu de réponse définitive. Bien évidemment, il y a aussi les conflits gelés qui tombent dans le champ des responsabilités de l’OSCE. Il s’agit du Nagorny-Karabakh, de la Transnistrie, des conflits Géorgie-Abkhazie et Géorgie-Ossétie du Sud et des dossiers des Balkans qui demeurent. Mais le plus grand défi, c’est celui du terrorisme, de l’extrémisme et du trafic de drogue.”

euronews : “A votre avis, qu’est-ce qui doit être fait spécifiquement pour améliorer la situation en Afghanistan ?”

Noursoultan Nazarbaïev : “Je pense que tous les pays membres de l’OSCE sont conscients qu’après huit ans d’actions, nous n’avons pas réussi à rendre plus paisible et pacifique la vie des Afghans. Ce sera une grande préoccupation de l’OSCE et le Kazakhstan est impliqué en tant que participant au processus et également en tant que pays présidant l’OSCE.
Le plus important est de prendre des initiatives pour remettre sur pied l‘économie. Dans ce pays, les gens sont en guerre depuis 1979, 30 ans déjà. Un homme né il y a 30 ans a toujours vécu un fusil à la main. L‘économie toute entière est en ruines. Tant que nous n’aurons pas rebâtit l‘économie, tant que nous n’aurons pas donné du travail à ces gens, leur seule source de revenu sera le trafic de drogue. C’est une préoccupation mondiale.”

euronews : “Monsieur le Président, comme vous l’avez mentionné, l’OSCE comporte une dimension humaine, la promotion de la démocratie et la protection des droits de l’Homme dans tous les pays de la région. Pour vous, quelle est l’importance de ces objectifs par rapport aux questions de sécurité et de coopération ?”

Noursoultan Nazarbaïev : “Eh bien, cela est précisé dans les documents fondateurs de l’OSCE. Naturellement, nous adhèrerons à cela. Mais, comme je l’ai dit, toutes ces dimensions doivent être équilibrées. Il ne devrait pas y avoir de distortions comme cela a pu se produire par le passé lorsqu’un dossier devenait plus prioritaire qu’un autre.
Nous sommes une jeune démocratie. Nous sommes probablement au début du chemin tandis que l’Europe, les pays occidentaux, vivent dans ce système depuis des siècles. Par conséquent, la démocratie, pour nous, n’est pas le début du chemin, c’est la fin. Et en préparant la présidence de l’OSCE, nous avons fait un pas en avant, changé la loi électorale, élargi les possibilités pour les partis politiques et la liberté de la presse.”

euronews : “Ce n’est pas ce que disent les voix critiques. Elles ne voient pas d’améliorations concernant la liberté de la presse et les élections parlementaires. Les journalistes et les militants des droits de l’Homme se plaignent du harcèlement des autorités.”

Noursoultan Nazarbaïev : “Nous sommes conscients que nous n’avons peut-être pas encore atteint le même niveau que les nations développées. Mais nous ne sommes pas les seuls, c’est aussi le cas dans beaucoup d’autres pays post-soviétiques. Mais les gens ne sont pas prêts pour des changements drastiques. Leurs revenus, leurs salaires sont bas. Et nous craignons que la démocratie puisse être perçue à l’inverse comme une dégradation de la situation des gens. Cela s’est produit en Russie, souvenez-vous en. 40% des gens étaient pauvres et sans emploi, même si partout on parlait de démocratie. Et dans de nombreuses régions, la démocratie a été assimilée à la pauvreté et à la misère. Lorsque nos voisins du Kirghizstan ont tenté d‘établir une totale liberté démocratique, cela a conduit à de tels cataclysmes qu’ils ne s’en remettent toujours pas. Nous voyons aussi cette situation en Ukraine, nous le voyons en Georgie. Notre peuple le voit. Donc nous disons, l‘économie d’abord, ensuite la politique. Nous devons procéder par étapes.”