DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Aliyev: "Notre patience a des limites"

Vous lisez:

Aliyev: "Notre patience a des limites"

Taille du texte Aa Aa

Ilham Aliyev est le président de l’Azerbaïdjan, un Etat en guerre depuis 16 ans. Son pays est très important pour la sécurité énergétique de l’Europe. En effet ses réserves de gaz naturel sont estimées à 5 mille milliards de mètres cubes. La mer Caspienne détiendrait 6 à 10% des réserves mondiales. Situé dans le Sud-Caucase, l’Azerbaïdjan est en guerre avec l’Arménie depuis 1993 après la déclaration unilatérale d’indépendance de la région du Haut-Karabakh. La stabilité et l‘évolution démocratique de la région dépend de la résolution de ce conflit gelé qui concerne également d’une certaine manière la Turquie. Une résolution pacifique est-elle possible ? Pour le savoir euronews s’est rendu à Bakou pour rencontrer le président d’Azerbaïdjan Ilham Aliyev.

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Président Aliyev, bienvenue sur euronews et merci de nous recevoir ici. Tout d’abord parlons du Haut-Karabakh. Comment évaluez vous les chances d’une résolution pacifique de ce conflit?

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Nous avons de l’espoir, parce que ce processus qui est en cours depuis de nombreuses années doit conduire à une résolution pacifique.
Bien sûr cela dépendra de la volonté de l’Arménie de se plier aux règles internationales, de retirer ses troupes du territoire souverain azebaïdjanais reconnu internationalement. Alors, la paix pourra être établie.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “donc vous êtes plutôt optimiste, si je comprends bien…”

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Je peux vous dire que les proposition des médiateurs sont basées sur la restauration de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan …et donc sur le retrait des troupes arméniennes de tous les territoires occupées au-delà des limites régionales du Haut-Karabakh et le retour de toutes les populations azerbaïdjanaises déplacées vers ce territoire, et l’ouverture de toutes les communications”.

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Vous avez plusieurs fois déclaré que si l’Arménie ne retirait pas ses troupes des 7 territoires azerbaidjanais et ne les rendait pas, alors l’Azerbaïdjan déclencherait une offensive militaire pour reprendre ces provinces. Est-ce que vous maintenez cette position ?

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan :
“C’est un droit fondamental de l’Azerbaïdjan, comme je l’ai déjà dit, qui nous est donné par les organisations internationales, et notamment les Nations Unies. On ne peut pas se permettre d’en être à ce point, d’avoir un conflit gelé pour encore 15 ans.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “il est gelé depuis 16 ans…”

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Bien sûr. il faut donc mettre un terme à cette situation. Nous voulons y mettre un terme par des moyens pacifiques, nous y travaillons, mais en même temps notre patience a des limites.
Nous espérons que ce qui a été convenu auparavant et ce sur quoi nous avons l’intention de convenir en 2010, tout cela mettre un terme au conflit et apportera la paix dans le Caucase.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “le statut final du Haut-Karabakh. Y-a-til de la place pour des concessions sur cette question ? “

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “L’Azerbaïdjan n’acceptera jamais une indépendance du Haut-Karabakh, ou une quelconque procédure qui pourrait mener à une sécession.
Un statut intérimaire pour le Haut-Karabakh pourrait être une des solutions.
Nous vivons ensemble, les Arméniens vivent ici, des Azerbaïdjanais vivaient en Arménie, il n’y avait pas de problème par le passé.
Donc la réconciliation doit arrivé… et bien sûr ensuite nous allons parler, et nous verrons quel pourra être le statut final du Haut-Karabakh.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Bien qu’il soit prématuré d’anticiper un accord entre la Turquie et l’Arménie, comment percevez vous l’impact de la réconciliation turco-arménienne sur la résolution du problème du Haut-Karabakh ? Est-ce une opportunité ou une menace ? “

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Nous sommes inquiet parce que si cela se produit sans avoir de progrès sur le Haut-Karabakh, les espoirs de paix seront affaiblis. Que va-t’il se passer alors ?
Selon nous cela ne peut conduire qu‘à plus de difficultés dans la région, je pense donc que nous avons peut-être maintenant une chance unique alors que progresse le processus turco-arménien, et dans le même temps nous sommes dans la dernière partie des négociations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, il faudrait combiner l‘énergie de ces deux processus de manière à ce qu’aucun pays de la région ne se considère comme abandonné, ne considère que ses intérêts nationaux sont ignorés… si cela se produit, les tensions sont inévitables.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Votre pays a établi la première république démocratique dans le monde musulman avant son incorporation forcée dans l’Union soviétique. Que pensez vous de ceux qui disent que vous diriger voter pays comme dictature post-soviétique ? “

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Ce genre d’expressions… sont insultantes pour nous. Parfois nous sommes les victimes d’attaques injustifiées et de critiques très partiales dans les médias internationaux et de la part de soit disant ONG de droits de l’Homme.
Ces tentatives, de présenter l’Azerbaïdjan comme non démocratique, sont absolument inacceptables.
Nous comprenons qu’au fur et à mesure que l’importance de l’Azerbaïdjan grandi, grandissent aussi les tentatives pour influencer l’Azerbaïdjan, de partout à travers le monde.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Et à propos de ceux qui disent que l’opposition n’a pas l’ombre d’une chance, et que beaucoup de vos opposants ont été réduits au silence ?”

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Et bien c’est au peuple de décider. Si l’opposition en Azerbaïdjan est faible, ce n’est pas notre faute. Et je peux vous dire pourquoi l’opposition se trouve aujourd’hui dans une situation désastreuse. Les Azerbaïdjanais vivent de mieux en mieux. Au cours de la crise de 2009, notre économie a progressé de 9,3%, notre industrie de 8,6%, l’inflation est de 1,5% et nos réserves en devises sont de 20,4 milliards de dollars. Dans ces circonstances, que peut apporter l’opposition? Seulement des critiques ? Et bien elle le fait quotidiennement et nous en protestons pas.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Mais en mars 2009, il y a eu un référendum et un changement de Constitution qui a aboli la limite des mandats présidentiels. Comptez-vous rester au pouvoir indéfiniment ? “

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Et bien cela n’a pas été fait pour des raisons personnelles. Cette pratique existe dans de nombreux pays. “

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “pas dans les pays démocratiques.”

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Et bien cela dépend… Si vous avez un roi, qui est à la tête de l’Etat et un Premier ministre qui peut être élu cinq fois, ce n’est pas très différent de ce que nous faisons ici. Regardez les pays européens et vous verrez…”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Vous ne vous considérez pas comme un roi, n’est ce pas ? “

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Non, non … Je me considère comme à la tête de la branche exécutive, comme c’est le cas dans vos pays, où le Premier ministre peut être reconduit plusieurs fois. Pourquoi le peuple devrait-il être privé de ce droit ?
S’ils ont le choix, s’ils ont la chance de pouvoir choisir ils pourront choisir qui ils veulent.
Le processus démocratique en Azerbaïdjan fonctionne… Nous ne nous mêlons pas des affaires internes liées à vos pays, bien qu’il y a beaucoup de choses que nous pouvons ne pas aimer, auquel nous pourrions nous opposer, que nous pouvons considérer comme ridicule… mais nous n’en faisons jamais part.”

Laura Davidescu, reporter senior, euronews : “Comme par exemple ? “

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan : “Parce que nous n’en parlons pas… Nous nous comportons avec délicatesse (poliment).
Les affaires internes d’un pays, ses traditions, son histoire, son système politique, et son attitude envers ses dirigeants doivent être décidés par le peuple. Si quelqu’un… si quelqu’un veut utiliser cela pour parvenir à quelque chose… nous ne le permettrons pas.”