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Jean Nouvel : "Avec les nouvelles technologies, on peut mentir"

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Jean Nouvel : "Avec les nouvelles technologies, on peut mentir"

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Jean Nouvel à Imagina. L’architecte français était cette année l’invité du salon de la 3D qui s’est penché lors de cette édition sur les applications informatiques sur l’architecture.
Rencontre avec Jean Nouvel, lequel souligne l’importance de l’informatique dans le processus de création de ses oeuvres.

Jean Nouvel, architecte : “L’ordinateur a changé complètement le travail de l’architecte, puisque maintenant on peut tout simuler, on peut dessiner beaucoup plus vite, on peut décomposer un bâtiment en pièces détachées. On peut vérifier chaque assemblage, donc c’est de nouvelles possibilités extraordinaires pour la conception et pour la réalisation.”

Claudio Rocco, euronews : “Vous avez dit que les images sont des mensonges. Avec les nouvelles technologies, sont-elles un peu moins mensongères ?”

Jean Nouvel, architecte : “Avec les nouvelles technologies, on peut mentir aussi bien, et peut être mieux, c’est là, le problème éthique. Mais, c’est vrai que ce mensonge a toujours existé. Je parlais des perspectives dites « de promoteur », avec le grand angle, les pièces qui apparaissent trois fois plus grandes avec la perspective, les voitures de luxe au premier plan, les pin-ups et les arbres, et tout ce qu’on veut, en fait, on ne voit plus ce qu’est l’architecture ; on ne voit que les signes du luxe, qui sont à vendre en même temps. Ce mensonge, il existe toujours mais avec l’ordinateur, on peut si on a une éthique, on peut représenter quand même, de façon très très fiable les choses, donc ce serait bien d‘établir effectivement un certain nombre de règles, une sorte de code éthique qui permettent d’être sûr que ce qu’on montre est vrai.”

Claudio Rocco, euronews : “Pensez-vous que quelques-unes de vos œuvres auraient pu être réalisées sans l’ordinateur?”

Jean Nouvel, architecte : “Ça, c’est absolument sûr. C’est à dire que maintenant, il y a d’abord des idées que je n’aurais pas eues parce que l’ordinateur a ouvert la tête. Moi, je travaille beaucoup sur la lumière par exemple, et il y a des choses que je n’aurais jamais pu imaginer sans ça. Et puis, ensuite, il y a des choses que je n’aurais absolument pas pu réaliser. C’est à dire que là actuellement, par exemple, on travaille sur le Louvre Abu Dhabi, sur le grand dôme, qui est une sorte de puits de lumière qui est organisé à travers deux voûtes qui sont perforées et où les taches de lumière disparaissent et se rejoignent etc…Pour le simuler et pour le travailler, si on avait voulu faire ça il y a une dizaine d’années, on aurait prit deux siècles ou trois siècles, c’est trop pour moi. Et là, j’ai pu le faire.”

Claudio Rocco, euronews :“Au sujet du passé, dans quelque unes de vos œuvres, je pense par exemple à l’opéra de Lyon, vous avez intégré de vieilles structures dans les nouvelles structures. Quel est la relation de l’architecte avec le passé ? Comment le nouveau s’intègre dans l’ancien ?”

Jean Nouvel, architecte : “Je crois qu’il faut toujours se servir de l’histoire et de ce qui précède. Ce qui manque le plus souvent dans l’architecture contemporaine maintenant, c’est ce lien à l’histoire et à la géographie. Je dis qu’il faut toujours se mettre en relation avec ce qui précède et le plus souvent réutiliser une partie de cette matière. Effectivement, dans l’histoire, beaucoup de chefs d‘œuvre se sont faits sur plusieurs siècles par sédimentation.”

Claudio Rocco, euronews : “Pensez-vous que les villes d’aujourd’hui existeront toujours dans 50 ou 100 ans ? Comment voyez-vous, comment imaginez-vous la ville du futur ?”

Jean Nouvel, architecte : “Il faut considérer que le futur ce ne sont pas des villes nouvelles, les villes sont toujours en mutation. Et ce qui est important maintenant, c’est de voir quels sont les facteurs de cette mutation. Là, au 20ème siècle, on a accumulé beaucoup de nouveaux quartiers, beaucoup de nouveaux bâtiments très vite, qui ne sont pas en interférence, qui sont juste ajoutés. La ville est très figée, alors maintenant il faut que ces villes bougent sur elles-mêmes et c’est cette façon de bouger qui va leur donner une complexité et qui va leur donner, j’espère, plus d’humanité, plus de profondeur. Donc le futur, dans les villes est déjà là pour 50%. Une des choses qui était extraordinaire dans Blade Runner de Ridley Scott, c’est qu’on voyait bien que le futur était en conflit toujours ou en relation, ou en superposition avec la matière existante, avec les immeubles du siècle dernier. C’est cette relation entre le futur et le passé qui crée la ville.”