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Google condamné pour atteinte à la vie privée, un moment clé pour internet?

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Google condamné pour atteinte à la vie privée, un moment clé pour internet?

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Cette semaine, la justice italienne a jeté un pavé dans la toile. Trois dirigeants du géant internet Google ont été condamnés à 6 mois de prison avec sursis pour atteinte à la vie privée.

Leur responsabilité pénale a été établie pour la diffusion d’images en 2006 sur Google vidéo. Des images filmées avec un téléphone mobile montrant 4 élèves dans un établissement scolaire de Turin molestant un adolescent handicapé. La vidéo est restée deux mois en ligne malgré des commentaires d’internautes choqués. Elle apparaissait dans la catégorie des clips “les plus divertissants” et a figuré parmi les contenus les plus cliqués.

Les trois cadres de Google Italie ont fait appel et Google a reçu le soutien de nombreux politiques et associations de défense de la liberté d’expression. Cette condamnation, qui suggère un contrôle a priori des contenus par l’hébergeur, est ressentie comme un risque pour la liberté d’expression. C’est ce que dit ce
responsable de Google à notre journaliste:

“Anne Glémarec :
Légalement, quel type de contrôle vous est demandé concernant les contenus mis en ligne sur votre site ?

Bill Echikson, Google Europe’s Spokesman :
Les textes européens et italiens sont très clairs. Là ou il y a responsabilité, c’est quand les autorités vous signifient qu’une pièce illégale figure sur votre site, alors vous devez l’enlevez, et c’est ce que nous avons fait en la matière. La police italienne nous a parlé de cette vidéo, et c‘était une horrible vidéo… Ils nous l’ont dit à 4 heures le 7 novembre 2006, et à 6h3O, elle était supprimée.

Anne Glémarec :
Oui, mais comme chacun sait, plus vous touchez de visiteurs, plus vous attirez de publicités sur votre site…

Bill Echikson :
C’est totalement faux…

Anne Glémarec :
Ah, comment cela?

Bill Echikson :
L’argent… Il n’y a pas eu d’argent impliqué. Il n’y avait pas de publicités à côté de cette vidéo. Je pense que ce n’est tout simplement pas vrai dans ce cas particulier. La question, c’est une question de liberté d’expression, et de liberté sur internet: tendons-nous vers un système ou Internet est étranglé, ou libéré?

Anne Glémarec :
Mais le fait est que cette vidéo, en devenant l’une des plus populaires en Italie, a fait scandale. Personne ne pouvait ignorer son existence. Pourquoi avez-vous attendu deux mois pour l’enlever?

Bill Echikson :
Je vous l’ai dit, nous avons mis deux heures pour l’enlever dès l’instant que la police italienne a pris contact avec nous. Nous pensons que cette vidéo est terrible, mais ce qui est en jeu, c’est : allez-vous poursuivre le facteur qui a délivré une lettre dont vous n’aimez pas le contenu? Ou la compagnie de téléphone par laquelle est passé une conversation pénible, voire illégale? Non, bien sûr que non…

Anne Glémarec :
Mais j’insiste, vous ne pouviez pas ignorer cette vidéo, c‘était une grosse affaire en Italie. Aviez-vous vraiment besoin que la police vous téléphone pour l’enlever?

Bill Echikson :
La loi est très claire, et nous avons respecté la loi. Et nous pensons qu’il y a une question de principe cruciale à poser, c’est : faut-il poursuivre le facteur qui délivre une lettre, autrement dit, faut-il étrangler internet, le contrôler, et alors, on menace la liberté d’expression?”

Comment contrôler les contenus tout en respectant le principe même d’internet qui est la démocratisation des émissions d’informations, alors qu’une affaire succède à l’autre : en Italie encore, un groupe “anti-trisomiques” apparu récemment sur Facebook suscite une nouvelle polémique et le réseau social vient de bloquer la page, qui contenait 1700 membres…