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Jean-Claude Trichet : l'euro est sous bonne garde

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Jean-Claude Trichet : l'euro est sous bonne garde

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Stefan Grobe, journaliste d’euronews, s’est rendu au coeur de la zone euro, à la Banque centrale européenne, où il a rencontré le Président de l’institution, Jean-Claude Trichet. Voici en intégralité l’interview que lui a accordé Jean-Claude Trichet :

euronews : “Monsieur le président, merci d‘être notre hôte aujourd’hui. Nous sommes ici dans votre bureau. Est-ce que c’est l’endroit où se prennent les grandes décisions monétaires ?”

Jean-Claude Trichet : “Non, c’est l’endroit où nous méditons moi-même et mes collègues du Directoire et où nous préparons une autre réunion dans une autre pièce, dans laquelle nous prenons nos décisions collégiales, tant au niveau du Directoire qu’au niveau du Conseil des gouverneurs avec tous les collègues des banques centrales nationales de la zone euro.”

euronews : “Sur la Grèce, quand avez-vous pris conscience de l’ampleur de la crise ?”

Jean-Claude Trichet : “Eh bien, malheureusement, nous avions un problème depuis un certain nombre d’années avec les chiffres, et comme vous le savez, être certains de nous procurer les bons chiffres a constitué un problème récurrent. Ce n’est pas tolérable, et cela ne devrait plus être toléré une seconde de plus. J’espère que les gouvernements prendront une décision, parce que nous considérons absolument nécessaire qu’une entité européenne, disons Eurostat, ait la capacité d’aller sur place et d’avoir accès à toutes les informations dans le respect des règles éthiques les plus exigeantes, globalement admises. C’est quelque chose qui est essentiel.”

euronews : “Avez-vous été personnellement déçu par la Grèce ? Elle a en quelque sorte entraîné la zone euro toute entière dans la tourmente.”

Jean-Claude Trichet : “Depuis sa mise en place, cette institution a toujours dit aux gouvernements, et cela vaut évidemment pour la Grèce mais aussi pour les autres gouvernements, que le Pacte de stabilité et de croissance était absolument essentiel, que c‘était un élément-clé de l’Union monétaire européenne. Nous avons fait l’Union monétaire, nous sommes responsables de l’Union monétaire. Il y a dans le sigle UEM également la lettre E pour union Economique. Or ce Pacte de stabilité et de croissance a été à un moment donné remis en cause par un certain nombre de pays, et j’ai dû me battre depuis que j’ai été nommé, au nom de tous mes collègues du Conseil des gouverneurs, pour préserver le Pacte de stabilité et de croissance qui demeure absolument fondamental.”

euronews : “Je suis à présent avec le président Jean-Claude Trichet dans la salle de réunion du Conseil des gouverneurs.
Monsieur le président, que ce passe-t-il dans cette pièce?”

Jean-Claude Trichet : “C’est dans cette salle que nous prenons toutes les décisions, en particulier celles qui concernent les taux d’intérêts. Nous décidons soit de les maintenir – puisque c’est aussi une décision – soit de les augmenter, soit de les diminuer. Parfois aussi nous adoptons des mesures non conventionnelles. C’est donc réellement la pièce où nous analysons la situation et prenons nos décisions collégiales, avec les six membres du Directoire dont moi-même, et les seize gouverneurs des banques centrales nationales. Toutes les décisions ici sont collégiales.”

euronews : “L’euro n’est pas en danger ?”

Jean-Claude Trichet : “L’euro n’est certainement pas en danger. Il est sous bonne garde. Mais nous ne devons pas être présomptueux. Comme toutes les banques centrales dans le monde, nous sommes face à des défis. Nous devons tous faire face à la crise qu’il nous faut surmonter, nous devons tous faire face aux nouveaux défis d’aujourd’hui, et nous tentons tous d’y parvenir. Je dois dire que nous coopérons très, très activement et en toute confiance avec nos amis des autres banques centrales, y compris bien sûr la Banque centrale des Etats-Unis d’Amérique.”

euronews : “Dernière question : quelles sont les perspectives à moyen terme et à long terme pour l‘économie européenne ?”

Jean-Claude Trichet : “Je dirai que le principal enjeu en ce qui concerne la croissance et la création d’emploi, c’est de poursuivre résolument dans la voie des réformes structurelles, qui élèveraient le potentiel de croissance de l’Europe. De ce point de vue, la crise a été un révélateur des difficultés et peut-être du domaine où nous devons travailler le plus. Cela est vrai pour l’Europe, c’est vrai pour le reste du monde, dans le monde industriel. Mais mes collègues et moi-même allons certainement appeler à des réformes structurelles, des réformes résolument structurelles, afin d‘élever notre potentiel de croissance. Actuellement, nous sommes dans le vert, mais c’est encore modeste et nous continuons de dire : engageons-nous résolument dans les réformes. Quant à nous, les citoyens peuvent compter sur nous, nous maintiendrons la stabilité, la stabilité des prix, dans les années qui viennent.”