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Des maisons intelligentes pour les personnes atteintes de démence

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Des maisons intelligentes pour les personnes atteintes de démence

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Ils ont entre 40 et 80 ans et seraient près de six millions de personnes en Europe. Ces personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer sont bien souvent confrontées aux difficultés de la vie quotidienne. Et malheureusement, aujourd’hui encore, il n’existe pas de thérapie qui puisse leur permettre de vivre normalement.

Les explication de Rose-Marie Dröes, professeur de psychologie à l’Université VU d’Amsterdam : “La maladie de Parkinson et la démence sont des maladies neurologiques, toutes deux évolutives. Cela veut dire que les symptomes s’aggravent avec la progression de la maladie. Par exemple, la démence démarre avec des problèmes cognitifs. Les patients ont du mal à mémoriser tout type d’activité et meme celles qu’ils feront toute leur vie”.

Aujourd’hui la grande majorité des patients agés recoivent des soins dans des centres spécialisés. Mais avec le vieillissement de la population et les nouveaux cas attendus dans les prochaines années – car on s’attend à plus de 10 millions de malades à l’horizon 2050 – les scientifiques ont voulu trouver des solutions modernes et adaptées…

“Comment les nouvelles technologies peuvent aider les personnes atteintes de ce type de maladie, telle la démence, à garder une qualité de vie et rester dans leur propre maison et dans un environnement sécurisé ?”, interroge Irek Karkowski, coordinateur au programme Rosetta.

C’est ainsi qu’a commencé le projet Rosetta.
Un programme européen qui a pour but de développer des environnements intelligents. Des espaces sécurisés, capables par exemple de déclencher une alarme si un patient change totalement de comportement.

Une partie du projet est développé en Allemagne, près de Francfort. Un système pour détecter si les gestes des malades sont potentiellement dangereux.

Comme l’explique Andreas Jedlitschka, scientifique à l’institut allemand Fraunhofer : “L’idée dans nos laboratoires c’est de collecter toutes les informations nécessaires au controle du comportement des patients”.

Des technologies utilisées dans les foyers européens mais aussi dans les établissements médicalisés. Le principe de l’intimité est respecté puisque on ne peut ni voir, ni entendre, ce qui se passe dans la chambre ou la maison du malade. Il s’agit plus en fait de détecter des mouvements, d’analyser des comportements afin de suivre les personnes atteintes de démence.

Les explications de Christian Madler, médecin anesthésiste à l’Université de Mayence, en Allemagne : “Ce que nous voyons, c’est une alarme simulée de notre système. Nous nous sommes concentrés sur l’aide aux personnes âgées en cas d’urgence. Parce qu’ils vivent essentiellement seuls. Ces activités ne peuvent pas être reconnues par des systèmes traditionnels”.

Elisabeth Athmer-Aghina a 85 ans. Atteinte de la maladie de Parkinson, cette enseignante à la retraite reste en contact avec ses proches via Internet. Son domicile est équipé de détecteurs de mouvements qui la suivent un peu partout dans son environnement. Le moyen aussi pour elle de se sentir rassurée…

“Une fois je suis restée allongée trois heures à coté de mon lit, dit-elle. Maintenant je me sens plus en sécurité et je ne me demande plus combien de temps je vais rester par terre. Lorsque l’alarme retentit, quelqu’un arrive immédiatement. Et du coup je me sens moins isolée…”

Des recherches ont également lieu aux Pays-Bas.
Des tests sont effectués dans des foyers de la ville de Soest. Il s’agit là d’un système de surveillance aidant des personnes atteintes de démence à vivre de facon plus autonome et gérer par elles-memes leurs besoins quotidiens. Avec des effets positifs sur leur humeur…

Les explications de Ad Witlox, Directeur de la maison de retraite médicalisée Zorgpalet Baarn-Soest :“Ce n’est pas vraiment une facon de gérer la maladie, car elle ne s’améliore pas pour autant, c’est surtout une facon de se sentir chez soi. Ce qui n’est pas le cas en institution ou les malades ne connaissent pas forcément le personnel soignant ou les patients avec qui ils vivent. Vivre chez soi est la meilleure des solutions à mon avis.”

Et puis un troisième système est développé pour aider les personnes atteintes de démence. Un outil qui apporte confort et sécurité dans la vie de tous les jours. Avec un écran tactile, les patients peuvent mémoriser des notions basiques ou leurs différentes activités journalières. Les malades mais aussi leurs proches.

Albert Pagnier est l‘époux d’une patiente atteinte d’Alzheimer : “Lorsque le système lui rappelle que c’est l’heure du petit déjeuner ou du déjeuner, une alarme se déclenche et elle voit alors le pictogramme correspondant avec un morceau de pain par exemple. Elle sait alors qu’elle doit aller déjeuner. Avec ce système dans ma maison, ma femme n’est plus livrée à elle-meme. Car meme si cela fait longtemps que nous habitons ici, elle ne connait pas sa propre maison. Et lorsqu’elle est toute seule, elle est totalement perdue… Ce sytème lui apporte une aide, une sécurité, et lui donne la sensation qu’elle n’est plus toute seule”.

Les recherches sur ces maisons “intelligentes” sont en cours. En 2012, s’achève la période d’essai. D’ici là, et dans les tous prochains mois, des tests vont démarrer dans trois pays européens. 30 maisons seront équipées de capteurs sensoriels et de technologies adaptées, controlés par un seul serveur. Ceci dit, il reste quelques améliorations à apporter selon Ardjan De Jong, scientifique à l’institut privé de recherches TNO, aux Pays Bas.
“Ce capteur est extremement sensible, explique-t-il. Il est placé au plafond au dessus du lit. De là, il émet des ondes radio qui se répercutent sur le patient. On peut alors mesurer à quelle distance il se trouve et quels sont ses gestes. Ainsi on peut percevoir des changements très sensibles comme la respiration, les battements du coeur ou les mouvements des membres.”

Ces nouvelles technologies imaginées et mises en applications par des scientifiques peuvent réellement améliorer la vie des malades atteints de démence. Mais tout cela a un cout. Et finalement qui pourra réellement se payer un tel équipement ? La réponse de l‘économiste Eric Frank du TNO

Selon lui, “Ceux qui vont investir dans ce genre d‘équipement au départ ce sont les établissements spécialisés. Mais ils peuvent tirer profit de cet investissement parce qu’ils réduiront le cout humain en diminuant les heures passées à apporter des soins aux patients. Alors finalement ce genre d’innovation est un bien pour ces institutions qui gagneront de l’argent sur celui investi pour les soins actuels”.

Et pourquoi pas dans le futur des maisons “intelligentes” avec des services de télémédecine qui permettront enfin aux personnes malades d’avoir une vie un peu plus indépendante…