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Royaume-Uni : Interview d'Edward Davey, responsable au parti libéral démocrate des affaires étrangères

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Royaume-Uni : Interview d'Edward Davey, responsable au parti libéral démocrate des affaires étrangères

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A quelques semaines des élections législatives au Royaume-Uni qui s’annoncent très serrées le 6 mai prochain, le troisième plus grand parti du pays pourrait faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

Le parti travailliste au pouvoir et les Conservateurs qui représentent la principale opposition pourraient tous deux avoir besoin des démocrates libéraux pour former un gouvernement.

Euronews a rencontré Edward Davey, l’un de ses députés les plus en vue, qui pourrait vite hériter d’un portefeuille ministeriel.

Seamus Kearney: J’aimerais d’abord commencer sur le fait que les démocrates libéraux seront les éventuels arbitres dans la formation d’un nouveau gouvernement. Que signifie pour vous d‘être le parti qui va faire ces élections ?

Edward Davey: Et bien, comme l’a dit Nick Clegg, le chef de file des démocrates libéraux, les arbitres sont d’abord les électeurs. C’est une élection, une question de démocratie et quelque soit le choix des électeurs, les élus devront les représenter.
Par conséquent, la question n’est pas de savoir qui les démocrates libéraux veulent voir dans le nouveau gouvernement. Il se pourrait bien, si le nouveau parlement est équilibré, que nous soyons très entendu, et plus il y aura de députés de notre parti, plus notre voix sera entendue. Mais malgré tout, il y aura un gagnant en terme de sièges et de votes, et donc nous respecterons le choix du peuple britannique.

Euronews : Qui des conservateurs ou des travaillistes seriez-vous plus prêts à rejoindre après ces élections ?

Edward Davey: Comme je viens de le dire, ce sont les électeurs qui décideront. S’ils octroient un mandat clair en votant en masse pour l’un des partis-en terme de sièges et de votes-alors les démocrates libéraux auront le devoir de reconnaître ce parti. Pas nécessairement en rejoignant une coalition ou en négociant avec lui mais en reconnaissant clairement qu’il a le premier rôle et le droit d’essayer de former le gouvernement.

Euronews : Cette posture sera certainement difficile à tenir car certaines de vos idées sont non négociables. Peut-être aussi pour respecter le choix vos électeurs et leurs attentes…

Edward Davey: Comme je le dis, il se peut qu’il n’y ait pas de négociations car le premier parti pourrait se contenter d’un gouvernement minoritaire. Dans de nombreux pays dans le monde, l’exécutif ne bénéficie pas de la majorité parlementaire. Donc les autres partis ne voudront pas forcément discuter avec nous. Mais vous avez raison : s’ils veulent discuter avec nous ou si on nous demande notre avis sur les discours de la Reine, les budgets ou d’autres choses, nous aurons des demandes très claires, pour lesquelles les députés du parti libéral démocrate ont été élus.

Euronews : Certaines personnes pourraient vous reprocher, y compris parmi vos électeurs, de ne pas être assez transparent avant les élections à propos du choix de votre éventuel allié.

Edward Davey: Nous avons été transparents sur la manière dont nous ferons notre choix et sur nos priorités politiques. Nous avons été extrêmement clair : c’est aux électeurs, non aux démocrates libéraux, de décider qui sera le parti majoritaire. Nous voulons être ce parti majoritaire et j’espère que nous le serons. Mais si nous ne le sommes pas, nous devrons de toute manière travailler aux côtés de la majorité dans le même Parlement.

Euronews : Certaines personnes pourraient aussi dire que votre posture d’alternative aux deux autres partis rend désormais impensable l’idée de rejoindre ceux que vous combattez depuis des années.

Edward Davey: Ce n’est évidemment pas quelque chose que nous tenons à faire, car il y a de grandes différences de points de vue entre nous et le parti travailliste, et entre nous et les conservateurs. En fait, nous pensons que travaillistes et conservateurs ont plus en commun entre eux, que nous n’avons avec l’un ou l’autre. Dans les deux cas, ce serait donc difficile pour nous de négocier pour former un gouvernement de coalition…

Euronews : Et Gordon Brown par exemple ? Nous savons que les démocrates libéraux ne veulent pas le voir rester au poste de premier Ministre.

Edward Davey: Je ne pense pas que c’est une question de personne. Mais plutôt de choisir ce qu’il y a de mieux pour le pays. Mais comme je l’ai dit, même si ce serait difficile pour nous de travailler avec les autres partis, pour des raisons évidentes, si c’est dans l’intérêt du pays, si c’est ce que décident les électeurs, s’ils votent pour un Parlement pluriel alors nous devrons le faire. Les élus doivent travailler ensemble. L’une des principales revendications des démocrates libéraux en terme de réformes, comme notre soutien à la représentation proportionnelle qui est adoptée dans de nombreux pays, est de faire travailler ensemble les forces politiques, d’essayer de leur faire surmonter leurs différences…

Euronews : Donc, vous pourriez travailler avec Gordon Brown?

Edward Davey: Nous pourrions travailler avec n’importe qui du moment que c’est une demande du peuple britannique. C’est notre devoir. Vous savez, l‘économie est dans une mauvaise passe. Nous avons eu à faire face à une crise économique. Nous avons eu aussi une crise politique. Le Parlement n’a jamais été autant discrédité depuis le scandale des dépenses des députés, celui des affaires de lobbying, après l‘échec de la réforme du financement des partis…

Euronews : Il semble qu’il y ait de fortes divisions dans les rangs des démocrates libéraux parce que votre chef Nick Clegg a durement critiqué Gordon Brown ces derniers jours, et un autre responsable de premier plan a dit que Gordon Brown ne pourrait pas rester au poste de premier Ministre. Etes-vous en train de dire que ce n’est pas un problème pour vous ? Vous seriez prêt à travailler avec Gordon Brown ?

Edward Davey: Non, je ne pense pas du tout que notre parti est divisé. Je trouve que les critiques de Nick Clegg vis à vis de Gordon Brown sont tout à fait fondées, et il n’ y a aucun doute sur le fait que son échec au poste de premier Ministre s’est ressenti sur le pays…

Euronews : Mais en cas de gouvernement de coalition, Nick Clegg n’appelle pourtant pas au départ de Gordon Brown ? Pourquoi ?

Edward Davey: Personne ne demande ca pour l’instant. Chris Huhne, notre porte-parole aux affaires intérieures, a été cité de manière incorrecte dans un journal. En fait, ses propos ont même été totalement transformés. Il parlait de la situation dans les années 40 quand la Grande-Bretagne avait du prendre part à une coalition de guerre et ce que cela avait engendré pour les responsables des différents partis. Certaines personnes ont tenté d’extrapoler ce qui s’est passé dans ces années 40 à l’année 2010. J’ai peur que cela rejaillisse inévitablement sur cette élection, très serrée. Les gens interprètent et sur-interprètent ce qui est dit.Je pense que les démocrates libéraux sont très clairs : nous ne sommes pas impressionnés par Gordon Brown, ni par le gouvernement travailliste, mais nous ne faisons pas confiance non plus aux conservateurs.

Euronews : Mais tiendrez-vous ce discours si les conservateurs sont élus ? Comme David Cameron et William Hague (l’actuel et l’ancien leader du parti conservateur), que vous avez durement critiqué dans le passé …

Edward Davey: Oui, si les conservateurs sont élus en masse et sont de loin les grands gagnants du scrutin, avec un mandat pour gouverner, alors nous devrons respecter ce choix. Maintenant, que les conservateurs veuillent ou non trouver un accord avec nous, ce sera à eux de trancher s’ils sont majoritaires…