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"Personne n'est capable de prédire quand cela va s'arrêter"

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"Personne n'est capable de prédire quand cela va s'arrêter"

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Pierre Thomas est géologue au Laboratoire de Sciences de la Terre de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Ce spécialiste décrypte, pour Euronews, les spécificités du volcan Islandais, à l’origine du chaos dans le ciel Européen.

Pouvait-on prévoir l‘éruption du volcan Islandais ?

“Les géologues Islandais avaient parfaitement prévu le début de l‘éruption. Cela faisait quinze ans que ce volcan gonflait doucement. Donc ils savaient. L‘éruption a commencé mi mars, mais au début ce n‘était pas explosif du tout. C’est une éruption comme il y en a tous les deux ou trois ans en Islande. Et puis, quand la fissure a progressé et a gagné le glacier, c’est devenu très explosif. Mais ce n‘était pas du tout une surprise, c‘était même prévu”.

Quelles sont les particularités de ce volcan qui s‘était déjà réveillé en 1821 ?

“La dernière fois qu’il est entré en éruption cela a duré d’un an et demi à deux ans. Et on a peu de descriptions. Ce qui risque d’arriver, c’est que si la lave sort toujours au même endroit, le glacier va fondre tout autour, et globalement il va y avoir de moins en moins de glace là où la lave sort.
Donc, progressivement, si la lave sort toujours au même endroit, l’explosivité devrait diminuer, on peut l’espérer.
Mais, si la fissure migre un peu et gagne un autre endroit du glacier, alors là c’est foutu”.

Pourquoi ce nuage ?

“Si le glacier est très épais, il y a beaucoup d’eau, c’est une image, mais ça noie le volcan. Ca fait comme une éruption sous-marine profonde, la lave fige tout de suite, pas d’explosion.
S’il n’y pas beaucoup d’eau, au début ça vaporise un peu l’eau, mais il n’y a rien de spécial. Là, il y a juste ce qu’il faut d’eau pour faire comme une série de cocottes minutes qui exploserait toutes les cinq minutes. Comme il y a toujours de l’eau, les cocottes minutes explosent à répétition. Et cela envoie les nuages à cinq, six peut-être dix kilomètres”

Peut-il réveiller son voisin, considéré comme beaucoup plus dangereux ?

“Les volcans, ce n’est pas contagieux. Ce n’est pas parce qu’il y a un volcan ici, que ça va exploser ailleurs.
Mais historiquement, deux fois je crois, le volcanisme a commencé dans notre volcan au nom imprononçable Eyjafjallajökull, et juste après le Katla est entré en éruption.
Alors, deux fois, ce n’est statistiquement pas significatif, mais peut être qu’il y a quelque chose. Et là ce serait très embétant. Parce que ce volcan est beaucoup plus explosif. Ce serait sous un glacier. Il y aurait donc l’explosivité dûe au glacier, mais une explosivité spécifique, parce que ce ne sont pas les mêmes laves. Ce peut être des
rhyolites ; et ça, ça explose très fort”.

C’est en Islande qu’a eu lieu la plus importante éruption de l’histoire…

“Si on veut se faire peur, on parle tous de l‘éruption du Laki en 1783. Pendant deux ans, il en est sorti un débit de lave équivalent à celui du Rhin : 2000 m3 de lave par seconde. Vous imaginez ? Pendant deux ans ! Et cela a dégagé des panaches de vapeurs toxiques qui ont empoisonné la végétation et le bétail Islandais. Il y a un quart de la population qui est morte. Mais c‘était un phénoméne excéptionnel. C‘était la plus grosse éruption volcanique de lave que l’homme n’ait jamais enregistré”.