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David Miliband : "Londres joue un rôle moteur en Europe"

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David Miliband : "Londres joue un rôle moteur en Europe"

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A l’approche des élections générales, le 6 mai au Royaume Uni, le chef de la diplomatie britannique, David Miliband, a accepté de passer en revue sur notre antenne les 13 années de gestion travailliste.

La deuxième partie de cette interview ici, se concentre sur les questions de politique étrangère : euronews a revisité le bilan du Labour sur l’Afghanistan, l’Irak, le Proche-Orient et l’Europe.

Seamus Kearney, euronews :

Sur l’Afghanistan. Certains disent que vous avez levé le pied. La situation n’est pas réglée : la fraude, le gouvernement Karzai, les négociations avec les Taliban. Va-t-on vraiment résoudre les problèmes là-bas ?

David Miliband :

Eh bien, nous avons un plan national pour stabiliser l’Afghanistan, soutenu par la communauté internationale. Il prévoit un effort militaire pour former les forces afghanes et un effort civil , et ces deux aspects favorisent les conditions nécessaires à un règlement politique.

Seamus Kearney :

Ca marche vraiment ?

David Miliband :

Laissez-moi finir, c’est très important parce qu’il y a des gens qui risquent leur vie. Et le règlement politique est important parce que chacun sait qu’on ne peut pas conquérir l’Afghanistan. Nous n’essayons pas d’occuper l’Afghanistan mais d’inclure les tribus d’Afghanistan dans le système politique. Il est essentiel de comprendre que nous ne visons ni une solution militaire, ni une solution humanitaire, mais une solution politique en Afghanistan.

Seamus Kearney :

Mais il y a urgence…

David Miliband :

Bien sûr !

Seamus Kearney :

…les problèmes sont toujours énormes.

David Miliband :

Bien sûr qu’il a urgence ! Nous avons perdu 281 soldats, donc vous n’avez pas besoin de rappeler au Premier ministre, à moi ou au Ministre de la Défense, que c’est urgent ! Mais le travail effectué par nos diplomates, les humanitaires et les militaires est d’une importance vitale pour la sécurité de ce pays. Et il y a un plan qui expose la vie de nos soldats. Mais la seule façon de vaincre une insurrection est de protéger les gens en étant parmi eux, et c’est ce que nous faisons.

Seamus Kearney :

Et que pouvons-nous faire concrètement pour obtenir des résultats en Afghanistan, pour limiter nos pertes ?

David Miliband :

Il est vital de former les forces de sécurité afghanes, d’améliorer la vie des civils et de créer un système politique dans lequel toutes les tribus aient leur place.

Seamus Kearney :

C’est ce que nous avons commencé à faire mais avec peu de résultats…

David Miliband :

C’est faux. Le retour de quatre millions de réfugiés, la scolarisation de six millions d’enfants et la création de 22 000 conseils municipaux, l’engagement de 90 000 personnes dans l’armée nationale afghane, tout cela constitue un changement majeur. L’Afghanistan est-t-il prêt à se débrouiller seul ? Non. Y a-t-il un plan pour y parvenir ? Oui.

Seamus Kearney :

L’Irak n’est pas au coeur de la campagne électorale actuelle. Mais les problèmes persistent : instabilité politique, violence…

David Miliband :

Aujourd’hui, moins de 100 soldats britanniques sont déployés en Irak. C’est une société qui vient de vivre des élections relativement démocratiques. Il y a beaucoup de violence comparé à tout autre pays européen. Mais l’Irak trace sa propre route, avec la sécurité pour les kurdes dans le nord, et le respect pour les chiites dans le sud, et beaucoup de négociations politiques à venir. Mais l’Irak ne représente plus un danger pour ses voisins. L’Irak a besoin du soutien économique de pays comme la Grande-Bretagne. On parle aussi d‘échange éducatif et culturel et nous sommes déterminés à soutenir cela.

Seamus Kearney:

Avec 100 soldats, Londres prend ses distances sur l’Irak ?

David Miliband :

Nous avons certainement réduit notre rôle militaire, mais notre rôle économique, social, politique, éducatif et culturel a augmenté.

Seamus Kearney :

Et sur le Proche-Orient ? Quelle solution pour le conflit israélo-palestinien ?

David Miliband :

C’est un énorme problème. La communauté internationale a essuyé son plus gros échec de la décennie en voulant aider à créer un Etat palestinien capable de vivre aux côtés d’Israël. Je pense qu’il est d’une importance vitale de nous engager, dans la prochaine législature, à jouer notre rôle – nous avions un plus grand rôle là-bas avant 1947, mais il nous faut avoir un rôle approprié. Notre soutien européen au Quartet et nos propres relations bilatérales avec la Palestine et Israël montrent que nous pouvons jouer un rôle très constructif et nous sommes déterminés à le faire.

Seamus Kearney :

Est-ce que Londres a trop ménagé Israël ?

David Miliband :

Nous ne nous laissons pas intimider dans la recherche d’une solution à deux Etats, un Etat palestinien capable de vivre aux côtés d’Israël. On peut dire que la Grande-Bretagne tient les mêmes propos en public et en privé, et traite les choses comme elles les voit, ce qui est bien.

Seamus Kearney :

Concernant l’expulsion du diplomate israélien après l’assassinat d’un dirigeant du Hamas à Dubaï. Cela ne montre-t-il pas qu’il y a un problème, le fait que des personnes aient pensé pouvoir utiliser des passeports britanniques en toute impunité ?

David Miliband :

Non. Cela montre que la Grande-Bretagne traite fermement avec quiconque interfère avec elle. C‘était une affaire très grave. Des passeports britanniques ont été contrefaits par des représentants de l’Etat israélien, d’où notre réaction.

Seamus Kearney:

Vos relations en ont-elles souffert ?

David Miliband :

Non, nous avons des relations basées sur la transparence et nous les maintenons ainsi.

Seamus Kearney :

Et avez-vous déployé autant d’efforts avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens ?

David Miliband :

Tout palestinien, premier ministre, président, représentant, vous dira que nous soutenons la création d’un Etat palestinien dans les faits. Qui aide au développement des forces de sécurité palestiniennes ? Londres. Qui aide au développement économique et culturel? Londres. Nous voulons jouer ce rôle positif. Parce que nous savons que l’absence d’Etat palestinien est une source d’injustice et d’insécurité pour les palestiniens comme pour les israéliens.

Seamus Kearney :

L’autre thème peu discuté en ce moment, c’est l’Europe. Ces 13 dernières années, quelles ont été les avancées vers l’Europe et vers l’Euro ?

David Miliband :

De grosses avancées. Le dernier gouvernement conservateur a mené une guerre sur la viande bovine contre l’Union européenne, pire, il l’a perdue ! Avec le Labour, nous avons placé la Grande-Bretagne au coeur des débats sur les réformes économiques en Europe. Londres dirige aussi les débats sur le rôle de l’Europe en matière de climat et d‘énergie. Idem pour les priorités de politique étrangère. Et donc, je voudrais dire aux téléspectateurs que nous ne jouons pas un rôle moteur par accident mais par choix. Et si vous voulez une Grande-Bretagne forte dans une Europe forte, vous devriez voter travailliste.

Seamus Kearney :

Sur le continent, les commentateurs estiment que le Labour ne s’est pas vraiment impliqué en Europe, notamment sur la question de rejoindre la zone euro.

David Miliband :

Honnêtement, c’est absolument faux.

Seamus Kearney:

Ce n’est pas ce qu’ils disent.

David Miliband :

Je suis désolé, c’est totalement faux. Parce que les débats de ces 13 dernières années, économiques, énergétiques, diplomatiques… Regardez, la mission navale européenne au large de la Somalie : elle est commandée par des officiers de la Royal Navy ! Londres n’est pas en marge de l’Europe ! Nous n’avons pas adopté l’euro parce que nous pensons que c’est mieux ainsi pour l‘économie britannique. L’idée que des Européens disent que Londres est en marge de l’Union, honnêtement, est absurde !

Seamus Kearney :

Ces 13 dernières années, quelle a été, à votre avis, la plus grande réussite, le trophée diplomatique du Labour ?

David Miliband :

En Grande-Bretagne ?

Seamus Kearney :

Sur la scène internationale.

David Miliband :

Il y en a plusieurs. Londres est aujourd’hui leader en termes de développement international. Le Kosovo et les Balkans sont relativement stables et le Kosovo est un pays indépendant reconnu par 65 Etats. Le réchauffement climatique est maintenant contré comme jamais. Cela n’aurait pas relevé de la politique étrangère autrefois, c’est le cas aujourd’hui. Et bien sûr, en matière de reprise économique internationale, l’engagement du gouvernement travailliste, de Gordon Brown, a permis au monde d‘éviter la dépression mondiale qui s’est produite dans les années 30.