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Commissaire Oettinger : la question de Nabucco sera tranchée d'ici la fin de l'année

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Commissaire Oettinger : la question de Nabucco sera tranchée d'ici la fin de l'année

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Günther Oettinger, l’ancien gouverneur du land de Bade-Wurtemberg, a été choisi par l’Allemagne pour siéger à la Commission européenne. Depuis février, il est en charge du porte-feuille de l‘Énergie à Bruxelles. Euronews l’a interrogé sur les grands enjeux énergétiques des prochaines années :

Hans von der Brelie, euronews : “Monsieur Oettinger, Nabucco, ce gazoduc traversant la Turquie, sera-t-il construit, oui ou non ?”

Günther Oettinger : “Cette question sera tranchée d’ici la fin de l’année. Il y a de bonnes raisons de le faire. Les investisseurs, les États membres de l’Union européenne et nous-mêmes, au niveau européen, y travaillons chaque jour. Je crois que ce projet sera un réel projet européen. Et il pourrait accroître la sécurité des approvisionnements de l’Europe en gaz naturel.”

euronews : “Un énorme gazoduc comme celui-là doit être alimenté. Vous avez besoin de gaz naturel pour l’alimenter, mais pour cela, vous avez aussi besoin de contrats d’approvisionnement, et pour l’instant, vous n’en avez pas. Où allez-vous obtenir ces contrats ?”

Günther Oettinger : “Le point crucial est qu’il y a du gaz naturel. Il y a ces gisements dans la région Caspienne, qui sont les plus importants au monde. L’Azerbaïdjan et le Turkménistan sont des fournisseurs et des partenaires potentiels. Ce que nous préparons devrait nous permettre de prendre deux décisions simultanées : celle de construire le gazoduc et celle concernant des contrats d’approvisionnement qui vont avec. Nous avons besoin de contrats à long terme et il faut qu’une offre de prix correcte soit mise sur la table.”

euronews : “L’autre problème, c’est la Mer Caspienne que le gazoduc devra traverser. Comment allez-vous gérer cela du point de vue du droit international ?”

Günther Oettinger : “Il est aussi difficile de répondre à cette question, que ce soit d’un point de vue technique ou d’un point de vue juridique. Les experts discutent encore du statut légal de la Mer Caspienne. L’issue de ce débat juridique sera décisif selon si tous les voisins, tous les pays riverains, auront ou pas un droit de blocage.
En ce qui concerne les problèmes techniques, la question qui se pose est : est-il possible de construire sous la mer un gazoduc long de 170 miles pour traverser la mer Caspienne, en allant du Turkménistan à l’est, vers Bakou à l’ouest ? Ou faudrait-il opter pour l’idée émise par le gouvernement du Turkménistan, qui consiste à compresser le gaz et à lui faire traverser la Caspienne par bateau ? Ces questions devront être éclaircies dans les mois qui viennent.”

euronews : “De plus, il y a cette discussion pour savoir s’il faudrait construire des extensions vers l’Iran, l’Irak… Alors, où en est-on ?”

Günther Oettinger : “Sur le plan économique, Nabucco a seulement du sens si le gazoduc peut acheminer plus de 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, depuis la région Caspienne vers l’Europe.
Aujourd’hui, ma conviction est que l’approvisionnement d’un telle quantité est réalisable, depuis l’Azerbaïdjan et le Turkménistan. Mais bien évidemment, il est dans l’intérêt de l’Europe et aussi dans celui de l’Irak qu’un source irakienne de gaz naturel vienne s’ajouter au projet.”

euronews : “Pendant la guerre froide, la compétition stratégique consistait à avoir le plus grand nombre de missiles. Aujourd’hui, cela semble être le nombre et la taille des gazoducs. Il y a deux projets de gazoducs, presque parallèles : South Stream, le projet russe, et Nabucco, le projet européen. Quel est le problème avec South Stream ? Peut-il est réalisé, ou y-a-t-il un problème ?”

Günther Oettinger : “Les nations riveraines en décideront avec les partenaires russes. Mais de toutes manières, la compétition stimule les affaires. Nous, consommateurs, sommes satisfaits lorsqu’il y a plusieurs offres, un nombre suffisant d’offres dans la vitrine.”

euronews : “Quelle est la situation aujourd’hui ? Est-ce qu’un chantage peut être exercé sur l’Europe ? Est-ce que l’Europe est dépendante du gaz naturel russe ?”

Günther Oettinger : “Oui, nous sommes dépendants. Mais il n’y aura probablement pas de chantage. D’une part, nous avons eu des expériences positives avec nos partenaires russes : depuis de nombreuses années, ils sont un fournisseur de gaz important et stable. D’autre part, les Russes ont leurs propres intérêts, l’exportation de leur gaz naturel. Autrement, pourquoi financeraient-ils des pipelines. Prenez North Stream par exemple : le partenaire russe Gazprom est l’actionnaire et l’investisseur majoritaire. Aucun investisseur n’a intérêt à ce que son gazoduc reste inactif. Et il y a un autre point : dans les années qui viennent, la Russie aura besoin de la technologie européenne : des machines, des usines, des véhicules, de l’innovation made in Europe. La Russie a besoin de préparer l‘ère de l’après-gaz, l‘ère post-charbon, l‘ère post-pétrole. Et la Russie a besoin de créer du bien-être et des emplois pour cette période qui s’annonce. Donc, nous pouvons appeler cela de la dépendance mutuelle, ce qui signifie une dépendance de bon aloi.”

euronews : “Cela nous conduit au sujet suivant : la lente évolution du bouquet énergétique de l’Union européenne. Quelle est votre appréciation des efforts qui sont faits pour bâtir un réseau électrique reliant l’Afrique du Nord et les États du Moyen-Orient au réseau européen pour exporter de l‘énergie solaire et éolienne depuis le désert vers l’Europe ? Est-ce une utopie ou est-ce faisable ?”

Günther Oettinger : “C’est une vision. Mais c’est une vision réaliste. Et peut-être que c’est la meilleure offre que l’Europe puisse faire à l’Afrique : un partenariat énergétique équitable ! Installons des sites d‘énergie solaire et des parcs éoliens précisément là où nous pouvons tirer le maximum du soleil et où les conditions éoliennes sont les plus stables.

C’est pourquoi je dis que l’Afrique du Nord, le Sahara, le Moyen-Orient seraient les endroits les plus appropriés. Mais tout cela dépend entièrement de la question de savoir si l’on peut réussir à bâtir ce super-réseau. Nous avons besoin de réseaux d‘électricité modernes, capables de transporter l‘électricité depuis le sud vers l’Europe sans déperditions.”

euronews : “Mais actuellement, il n’existe pas un unique super-réseau reliant l’Europe à l’Afrique du Nord !”

Günther Oettinger : “C’est précisément la raison pour laquelle nous discutons avec des investisseurs afin de mettre en place des projets pilotes, par exemple entre l’Espagne et le Maroc ou vers la Sicile, en Italie. Ces projets, une fois qu’ils auront démarré, instaureront la confiance des deux côtés. Je crois que la Méditerranée est une région culturelle commune. Elle peut donc devenir aussi une région économique commune. Je pense que la décision sur “Desertec” sera prise d’ici deux ou trois ans.”

euronews : “Le président de la Commission européenne, Barroso, a dit très récemment que l‘énergie nucléaire à travers le monde et également en Europe, était en progression. Actuellement, vous travaillez vous-même sur un nouveau projet de directive concernant les déchets radioactifs, qui sera prêt aux deuxième semestre de l’année. Quel sera le contenu de cette future directive européenne ?”

Günther Oettinger : “Il est de notre compétence de décider de normes de sûreté strictes pour les sites de stockage définitif des déchets radioactifs, qu’il s’agisse de conditions géologiques appropriées ou de la technologie utilisée.”

euronews : “Quel est votre intention ? Allez-vous décider si un site de stockage définitif des déchets radioactifs doit être autorisé et où il doit se situer ?”

Günther Oettinger : “Non, ce n’est pas mon intention. Je ne veux pas interférer dans les compétences des administrations et des parlements nationaux sur la planification et la construction. Ce travail doit être fait par les États membres. Mais nous décidons des normes de sûreté. Pour ce qui est du choix du lieu et de la taille des sites de stockage définitif, nos partenaires nationaux décideront.”