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Belgique : décentraliser le système social ?

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Belgique : décentraliser le système social ?

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Nous sommes à Charleroi, ville industrielle sinistrée de Wallonie. Ici, la notion d’Etat providence prend tout son sens, et fait grincer des dents les partis flamands. Car le système social belge est centralisé au niveau fédéral. Au final, la Flandre prospère est lasse de payer pour les difficultés économiques et les chômeurs des régions francophones. Christofer Donazzon est l’un d’entre eux.

“J’ai fait cette formation dans le gardiennage après six mois de chômage, j’ai directement trouvé un CDD de trois mois et après un CDD de trois mois ils sont obligés de vous faire un CDI, mais c’est ce qu’ils ne font pas et ils vous proposent carrément de faire du travail au noir,” explique-t-il.

Ici, le chômage touche 28% de la population active, deux fois et demi le taux relevé dans l’ensemble de la Belgique francophone. En Flandre, il n’est que de 5 %.

Antoine Thioux, est tuteur au “Centre des Jeunes” de Charleroi. “Les politiques flamands, et je ne pense pas que ce soit le peuple flamand mais les politiques flamands, veulent une plus grande autonomie à ce niveau-là, estime-t-il. Je pense que c’est un calcul à court terme, or, il y a plusieurs éléments qui vont rentrer en compte là dedans, c’est par exemple la question des pensions : on sait qu’en Flandre par exemple la population vieillit beaucoup plus vite et donc il y aura une quantité de pensions beaucoup plus importante à payer”.

An Meert vit à Lebbeke en Flandre. Là, ce sont les seniors, les 52 ans et plus, qui sont le plus affectés par le chômage. An est sans emploi depuis 2008. Des CV, elle dit en avoir envoyé un millier, sans succès. Pour elle, décentraliser la gestion des indemnités sociales pour la confier aux régions serait une bonne chose pour les seniors dans son cas.

“Ca pourrait être une bonne idée, dit-elle, mais je ne pense pas qu’elle soit facile à concrétiser. En même temps, je crois qu’on devrait garantir plus de stabilité aux chômeurs plus âgés, par exemple en aidant effectivement les gens à chercher du travail ou en forçant les compagnies à embaucher des chômeurs séniors, comme cela a été fait pour les handicapés.”

Le financement des retraites et des allocations chômage est au coeur des débats politiques entre le nord néerlandophone et le sud francophone.

Philippe Ledent, analyste chez ING explique :
“l’idée c’est bien ça : à partir du moment où on a une fiscalité différente entre les régions, il y a toujours la possibilité d’avoir une concurrence entre les régions et évidemment, à partir du moment où on est une région qui a davantage d’activité on a davantage la capacité d’abaisser les taux d’imposition. Evidemment, c’est un peu le risque, à partir du moment où on n’a plus à payer pour la solidarité, même si ça peut être une erreur, on a la capacité de baisser les impôts”.

Mais dans tous ces débats, il faut savoir lire entre les lignes. Ce qui est réellement en jeu, c’est bien la pertinence du fédéralisme en Belgique.