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La levée du blocus sur Gaza doit être effective


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La levée du blocus sur Gaza doit être effective

Le 31 mai dernier, l’armée israélienne lançait un assaut contre un convoi humanitaire qui tentait d’atteindre la bande de Gaza provoquant la mort de neuf personnes et l’indignation de la communauté internationale.

Notre correspondant au Proche-Orient a rencontré le Premier ministre palestinien, issu du Hamas, Ismaïl Haniyeh.

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Après l’assaut donné contre la flotille internationale, vous avez appelé à rompre le blocus sur la Bande de Gaza. C’est devenu une demande de beaucoup de pays. Vous avez vécu cela comme une victoire au Hamas ?

Ismaïl Haniyeh
“C‘était une victoire pour l’humanité, pour ceux qui ont une conscience à travers le monde – et spécialement parce que la flotille était composée de différentes nationalités, religions ou opinions politiques différentes – et tout ceux qui pensent qu’il faut lever le siège de Gaza. A partir de ce moment là, nous pensons que l‘épisode de la flotille est un tournant dans l’attention donnée à ce qui se passe à Gaza. Nous considérons cela comme une victoire pour la justice et la conscience. Dans le meme temps, c’est une défaite pour l’occupation et une injustice commise envers le peuple palestinien.”

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Plus globalement, votre demande de lever le siège de Gaza a été soutenue par la communauté internationale après l’attaque contre la flotille. Certains ont perçu cela comme un succès que le Hamas a refusé de partager avec l’Autorité palestinienne. Et la preuve en est que vous avez refusé de rencontrer la délégation envoyée par l’autorité palestinienne après l’attaque. ?

Ismaïl Haniyeh
“Il n’y a pas de doutes. Notre demande de lever le blocus est devenue primordiale pour la communauté internationale. Les gens ont réagi vis à vis de la nature meme de ce siège en raison du crime inhumain commis par les Israéliens lors de l’attaque de la flotille. La réconciliation nationale demande un consensus sur les exigences posées par le Hamas dans l’accord négocié par l’Egypte.”

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Comment réagissez-vous à la création d’une commission d’enquête israélienne sur l’attaque de la flotille ?

Ismaïl Haniyeh
“C’est comme nous jeter de la poudre aux yeux. C’est inacceptable pour nous. Je ne pense pas que les gens qui étaient à bord de la flotille vont accepter d’entrer dans le jeu de la commission israélienne. Nous soutenons les demandes internationales concernant une commission d’enquête indépendante et transparente sur ce qui s’est passé en mer Méditerranée.”

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Vous réclamez une enquête transparente et équitable mais par exemple le rapport Goldstone vous demandait de mener une enquête indépendante sur les crimes de guerre commis durant l’opération “Plomb Durci”. Les crimes commis par Israël et le Hamas. Mais votre rapport acquittait les factions palestiniennes. N’est-ce pas la même chose dans le cas d’un enquête israélienne ?

Ismaïl Haniyeh
“Premièrement, il y a une grosse différence entre le rapport Goldstone et ce crime. Deuxièmement, il n’y a qu’un seul criminel dans les cas : c’est l’ennemi sioniste, c’est lui qui a commis des crimes de guerre à Gaza et en mer. D’un autre côté, le Hamas a mené une enquête détaillée et complète et il a remis ses conclusions aux Nations Unies et au Secrétaire Général de l’ONU. Et puis notre enquête répond aux demandes du rapport Goldstone.”

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Comment recevez-vous la proposition de l’Union Européenne d’inspecter les bateaux qui arrivent à Gaza ?

Ismaïl Haniyeh
“En fait nous n’avons recu aucune proposition formelle. En ce moment nous ne recevons qu’une proposition que nous allons examiner. Nous déterminerons ensuite notre position vis à vis de cette proposition. Mais dans tous les cas nous demandons une véritable levée du siège de Gaza. Ce ne doit pas être une formalité. Nous demandons un accès à l’eau et à la mer Méditerranée. En tout cas nous trouvons cela plutôt bien que les Européens soient présents dans les eaux internationales ou régionales. Nous ne sommes pas contre leur présence dans les ports grecs, chypriotes ou turcs… ou que ce soit dans les eaux internationales pour superviser les entrées dans la Bande de Gaza.”

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Mais sans l’intervention d’Israël ?

Ismaïl Haniyeh
“Bien sûr, sans l’intervention d’Israël que ce soit en mer, sur terre et même au point de passage de Rafah. Nous ne sommes pas contre un retour des Européens à Rafah mais nous ne tolérons plus de présence israélienne. C’est notre position.”

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Récemment des mouvements djihadistes proches d’Al Qaïda ont fait leur apparition dans la bande de Gaza. Par exemple, l’Armée de l’Islam ou les Soldats de Dieu et d’autres encore. Pouvez-vous contrôler ces mouvements ? Et spécialement dans les circonstances actuelles ?

Ismaïl Haniyeh
“Tout d’abord, nous ne considérons pas cela comme un phénomène. Il n’y a pas de propagation et aucune présence significative dans la bande de Gaza.”

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Mais quand trois mouvements font leur apparition comme ça dans un petit secteur comme Gaza ne peut-on pas parler d’une présence massive ?

Ismaïl Haniyeh
“Il y a beaucoup d’appellations et de titres mais tout ceci est assez faible en termes de poids politique. Vous pouvez trouver beaucoup de noms, de factions… Par exemple l’OLP a 14 factions différentes. Chaque faction a son propre nom mais lorsque vous parlez de poids politique vous êtes face à des cas particuliers. La vérité c’est que les Gazaouis tendent vers un Islam modéré. Le Hamas qui contrôle la Bande de Gaza adhère aussi à cette idéologie. Et de plus je confirme qu’il n’y a pas d’organisation proches d’Al Qaïda à Gaza.”

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Mais il y a des mouvements djihadistes proches de l’idéologie d’al-Qaïda et le Hamas a tué certains de ces membres récemment !

Ismaïl Haniyeh
“Peut être qu’ils ont le même type d’idéologie mais aucune organisation n’est dirigée par Al Qaïda à Gaza.”

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Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, voudrait relancer des négociations indirectes. Quelle est la position du Hamas ?

Ismaïl Haniyeh
“Nous pensons que les négociations directes, qui ont duré 18 ans, n’ont donné aucun résultat. Alors que penser de négociations indirectes ?? En quatre mois, il n’a eu aucune avancée sur le statut de Jérusalem, sur les réfugies palestiniens ou sur les frontières. Négociations directes ou indirectes… rien ne pourra donner de résultat face à l’intransigeance d’Israël.”

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Mahmoud Abbas a évoqué lors de sa venue à Washington la volonté de l’Autorité palestinienne de voir stationner des forces de l’OTAN dans un futur Etat palestinien au tout début de sa formation. Etes-vous d’accord ?

Ismaïl Haniyeh
“Au début nous aurons besoin d’un Etat totalement souverain et libre. Les Palestiniens n’ont pas besoin de présence étrangère pour cela.”

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