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"Il y aura une petite période de froid, et puis les choses reprendront"

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"Il y aura une petite période de froid, et puis les choses reprendront"

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Dix personnes soupçonnées de travailler pour les services secrets russes, arrêtées aux États-Unis. Cette affaire (réelle) est digne d’un roman de la Guerre froide. Pour décrypter cette histoire, euronews a interrogé Claude Moniquet, président du Centre européen de renseignement stratégique et de sécurité (ESISC).

Olivier Péguy, euronews
M. Moniquet, qu’est-ce que cette affaire vous inspire ?

Claude Moniquet, spécialiste des questions de renseignements
“D’abord, cela m’a inspiré une certaine stupéfaction. Le fait que les Russes continuent, vingt ans après la fin de la Guerre froide, à espionner les Américains et vice versa, ce n’est pas vraiment surprenant. Ce qui est surprenant dans cette affaire, c’est sa durée. C’est une affaire qui a duré presque vingt ans, au moins quinze ans. Et la durée aussi de la surveillance effectuée par les autorités américaines, puisque ces espions russes présumés ont été repérés au minimum il y a sept ans. Et depuis sept ans, ils étaient suivis, enregistrés. On avait mis des micros et des caméras à leurs domiciles et dans leurs lieux de rencontre. On avait piégé leur voiture. On les a vraiment suivis pas à pas… Et cela, c’est vraiment fascinant ! Quand on lit le dossier de l’accusation américaine, qui a été rendu public ce mardi, on a l’impression de lire le synopsis d’un bon thriller d’espionnage de la Guerre froide.”

Olivier Péguy, euronews
Et qu’est -ce que contient précisément ce document ?

Claude Moniquet
“C’est le condensé, sur plusieurs dizaines de pages, de six à sept ans d’enquête. Il y a eu des perquisitions secrètes. On est entré chez ces gens en leur absence, sous mandat des juges. On a fouillé, on a posé des micros, on a copié les disques durs de leurs ordinateurs, on a piégé leurs téléphones fixes ou portables, on a mis des GPS sur leurs voitures, parfois on a utilisé des agents sous couverture pour les aborder. Fatalement, cela a donné une immense masse de renseignements. On imagine une enquête d’une dizaine d’années : ce sont des dizaines d’agents et des millions de dollars. C’est le condensé de cette enquête qu’on trouve dans cette cinquantaine de pages de l’acte d’acusation.”

Olivier Péguy, euronews
D’après vous, quelles vont être les conséquences de cette affaire d’espionnage présumé dans les relations entre Washington et Moscou ?

Claude Moniquet
“En règle générale, l’histoire nous a appris que ce genre d’affaire déclenchait un certain froid. Il va y avoir des suites, certainement, à très court terme. Il va sans doute y avoir des expulsions de diplomates russes parce que des diplomates de la mission russe à l’ONU ont été identifiés au contact de ces agents illégaux. Il y aura sans doute des expulsions. Il y aura aussi des expulsions d’Américains en Russie. Il y aura une petite période de froid, et puis les choses reprendront, (ce sera) “business as usual”, parce que l’histoire nous apprend que l’espionnage est pratiqué par tous les pays, et chacun l’accepte. Se faire prendre la main dans le sac n’est jamais très amusant. Ce n’est pas un très bon moment à passer mais la politique passera par-dessus cela”.

Olivier Péguy, euronews
Cela dit, ce qui est un peu curieux, gênant, embarrassant, c’est que cette affaire intervient quelques jours après la mise en scène des relations cordiales et chaleureuses entre les deux présidents, russe et américain. Et là, quelques jours plus tard, patatra ! Une arrestation pour une affaire d’espionnage…

Claude Moniquet
“Absolument ! Cela étant, c’est une coïncidence. Manifestement, le FBI a craint qu’une partie de ces “illégaux”, on parle d’une dizaine de personnes arrêtées, qui étaient repartis entre cinq couples apparemment, quittent le pays et puissent se trouver ainsi hors de portée de main de la justice américaine. Ils ont décidé d’agir après le sommet américano-russe, pas avant fort heureusement ! Mais je crois que c’est une coïncidence. Par ailleurs, les Russes sont très pragmatiques. Et dans des affaires similaires il y a quelques années, ils avaient dit clairement qu’ils faisaient la part des choses avec d’un côté les affaires de renseignement qui étaient légitimes, et d’un autre, les relations politiques qui sont d’un registre différent.”