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Pourparlers de paix au Proche-Orient : l'israélien Yossin Beilin répond à nos questions

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Pourparlers de paix au Proche-Orient : l'israélien Yossin Beilin répond à nos questions

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Miguer Sardo, euronews :
S’il y a bien une personne qui sait à quel point il est difficile de faire asseoir à la même table Israéliens et Palestiniens, c’est Yossi Beilin que nous retrouvons à présent en duplex de Tel Aviv.
En tant qu’ancien membre du gouvernement israélien, vous avez été l’un des principaux négociateurs des accords de paix d’Oslo en 1993.
Vous avez aussi participé aux discussions de Camp David en 2000. Dix ans plus tard, pensez-vous qu’il y ait une chance que ces négociations aboutissent à la paix alors que toutes les autres initiatives ont échoué ?

Yossi Beilin :
J’ai bien peur que les positions soient trop éloignées. Je ne crois pas qu’il soit réalisable et réaliste de penser que Benjamin Netanyahu est prêt à réduire cet écart. Ses points de vue sont très éloignés du minimum requis par le président Mahmoud Abbas. De ce fait, j’ai bien peur que les discussions, les négociations échouent très tôt.”

euronews :
Plutôt que d’en finir avec ce conflit, vous dites que les dirigeants devraient essayer d’atteindre un accord partiel et temporaire. Comment s’y prendre ?

Yossi Beilin :
De mon point de vue, à l’heure actuelle, les Etats-Unis devraient changer l’objectif de ces discussions, plutôt que de susciter des attentes trop fortes et des évènements spectaculaires à Washington, à Charm el-Cheikh ou ailleurs, et d’inviter tous les dirigeants importants pour au final n’obtenir aucun résultat. Les Etats-Unis devraient viser un accord intérimaire ou partiel, quelque chose comme cela, ce qui serait beaucoup plus réalisable.

euronews :
Vous êtes signataire de “l’Initiative de Genève”, qui a présenté plusieurs propositions pour résoudre le conflit. Quelle est votre proposition pour trouver une issue à la colonisation ?

Yossi Beilin :
Les colonies, c’est le dernier problème car dès que vous aurez une frontière, toutes les colonies côté est devraient être démantelées et toutes celles côté ouest devraient passées sous souveraineté israélienne, et Israël pourrait ainsi construire autant qu’il veut.

Le statut des réfugiés et Jérusalem, ce sont les vrais problèmes. A Jérusalem, la solution c’est que tout ce qui est juif devienne israélien, et tout ce qui est arabe passe sous souveraineté palestinienne. Dans la vieille ville, le Mont du Temple ferait partie de l’Etat palestinien, et le Mur des Lamentations serait aux Israéliens.

En ce qui concerne les réfugiés, nous suggérons une solution symbolique compliquée : ce ne serait pas un droit ouvert au retour permettant à tout réfugié de s’installer en Israël, qui serait irréaliste. Mais les Palestiniens qui souhaiteraient s’installer dans l’Etat palestinien pourraient le faire sans obstacles, et ils recevraient des indemnités.

euronews :
Israël devrait-il poursuivre le gel de la colonisation après le 26 septembre ?

Yossi Beilin :
Je crois que la construction des colonies est une aberration depuis le premier jour, il y a 43 ans et je n’ai pas changé d’avis depuis. Naturellement, je préfèrerais un gel total de la colonisation et je ne pense pas que ce soit particulièrement sage de geler la colonisation 10 mois, et ensuite plus rien.

La vraie question n’est pas de savoir si je crois à cela, mais si Netanyhu va agir dans ce sens.
Netanyahu a été élu avec pour objectif de développer les colonies, d’empêcher la création d’un Etat palestinien et l’application des accords d’Oslo.

Et donc, je pense qu’il n’est pas réaliste d’imaginer qu’il va aller à l’encontre des promesses qu’il a faites, à l’encontre de tous les engagements pris avec ses électeurs de droite.

euronews :
Merci monsieur Beilin, ancien ministre israélien et fondateur de l’“Initiative de Genève”. Avant le début de ce nouveau round de négociations, ce groupe en faveur de la paix a lancé une campagne insistant sur le fait qu’Israéliens et Palestiniens sont partenaires.