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David Peña Dorantes : "la musique flamenca, et la musique des gitans du monde entier, ont une chose en commun : l'âme"

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David Peña Dorantes : "la musique flamenca, et la musique des gitans du monde entier, ont une chose en commun : l'âme"

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Rencontre avec David Peña Dorantes, un musicien andalou issu d’une longue lignée d’artistes gitans. Dans sa famille, on a le flamenco dans le sang et la musique dans la peau : un art transmis de générations en générations. Cette tradition, il se l’est réappropriée en préférant le piano à la guitare pour faire vibrer son flamenco.

David Peña Dorantes :
“On voit bien à travers ces photos que toute notre vie, nous la vivons avec et par le flamenco et la musique”.

Leire Otaegi, euronews :

“Ici, on a un peu un concentré d’histoire du flamenco, non?”
“Ces photos en noir et blanc, vous pouvez me raconter leur histoire?”

David Peña Dorantes:
“Là c’est ma grand-mère, “La Perrata”, une grande “cantaora”, une grande chanteuse de flamenco. Là, c’est mon père en train de jouer de la guitare. Cette photo est vraiment très symbolique, parce que c’est moi, là, dans les bras de mon oncle Vicente, l’un de nos patriarches. On peut donc voir comment nous, les gitans, on apprend la langue du flamenco, dans les bras de nos patriarches, en écoutant et en absorbant la musique.”

“Le flamenco est devenu un art très important, pas uniquement en Espagne mais partout dans le monde. Le flamenco a contribué à faire connaître l’Espagne dans le monde entier. Je crois que la clé réside dans le fait que le flamenco est très “vrai”. Avec cette musique, on arrive à exprimer des choses profondes, enfin du moins, moi je me suis imprégné de l’expérience de ces gens qui ont vécu des moments difficiles dans la vie, qui ont lutté chaque jour contre la discrimination, qui ont travaillé dans les champs. C’est comme une famille qui se rassemble au travers du flamenco. Quand un frère arrive, qu’il n’est pas bien et qu’il se met à chanter par “Bulerias” ou par “Soleas” avec ce mal-être, tu sais qu’il est en train de te dire quelque chose.”

“Le flamenco a tellement de force que n’importe qui dans le monde peut le capter et le sentir résonner comme les cloches d’une cathédrale.

C’est comme ça. La musique flamenca, ma musique d’ici, de l’Andalousie, et la musique des gitans du nord, de France, ou des pays de l’Est, ont une chose en commun : l‘âme. Les formes sont différentes mais on partage la même âme. Je sens que je fais partie du même peuple. Quand je les écoute, je m’identife à eux. Ce sont des gens de mon peuple, ils arrivent d’autres pays et j’aime bien les voir ici dans les rues de la ville, en train de s’exprimer avec un langage musical qui est, certes, différent mais qui parle avec la même âme.”

“L’esprit du flamenco, c’est de permettre à chacun de trouver sa place. C’est un peu comme un puzzle : on est tous des pièces, petites et toutes différentes, mais on doit essayer de s’assembler. Je souhaite que l’on puisse tous se respecter mutuellement, s’entendre et qu’on soit capable d’analyser, d’avoir l’intelligence de se mettre à la place de l’autre.”

“Lui, c’est Antonio Mairena en train de chanter et de jouer de la guitare. Mon père était le guitariste de Mairena. Mon père, il chante aussi. Il a même enregistré un album.”

David a donc pris le relais de son père. Mais lui s’est marié avec une Espagnole, qui n’est pas d’origine gitane. Ses enfants, la nouvelle génération de Dorantès, sont donc élevés dans le respect des deux cultures.

“Je pense qu’ils en sont plus riches. Je pense que le métissage c’est l’avenir. Ils ont deux voies, deux philosophies de vie, celle que je leur montre et celle que leur transmet ma femme. C’est une richesse de la même manière qu’il est plus enrichissant de parler deux langues qu’une seule, comme lorsque des enfants ont un père allemand et une mère française, ils parlent deux langues. Mais c’est surtout leur philosophie de vie qui s’enrichit. Je crois que le métissage c’est vraiment l’avenir.”