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La disparition massive des abeilles dans le monde inquiète les scientifiques

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La disparition massive des abeilles dans le monde inquiète les scientifiques

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Un monde sans abeilles? La question inquiète.
De plus en plus d’apiculteurs à travers le monde assistent impuissants à la disparition par millier de ces insectes pollinisateurs. Aux Etats-Unis, 25% des abeilles ont disparu en l’espace de deux ans. La situation est parfois pire dans certains pays européens. Ce phénomène, appelé syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, pourrait avoir de graves conséquences sur l’agriculture et donc sur une partie de nos ressources alimentaires.

René Bayon, un apiculteur français, témoigne : “Dans des régions comme l’Alsace, l’Isère ou le Lyonnais, il y a de très grosses pertes allant parfois jusqu‘à plus de 50%. Chez nous, on peut compter jusqu’à 25% de pertes sur l’année dont 15% pendant l’hiver mais là ce sont des pertes normales”

Quelles sont les causes de cette disparition massive des abeilles? L’Union européenne tente de répondre à cette question. Elle a lancé en mars dernier le programme de recherche “Bee-Doc”. Onze universités européennes travaillent conjointement sur ce projet sous la direction du Professeur Robin Moritz. “ Il s’agit tout d’abord de développer de nouveaux outils, plus efficaces, pour diagnostiquer les maladies. Il s’agit ensuite de développer de nouvelles stratégies pour améliorer la prévention de ces maladies. Enfin nous souhaitons développer de nouveaux traitements qui seraient moins dépendants des thérapies chimiques”.

L’un de ces axes de recherche est développé à l’Université Hohenheim de Stuttgart en Allemagne.
Dans cette université, les chercheurs exposent les abeilles à divers éléments toxiques, principalement des pesticides ou des parasites comme le Varroa, un véritable fléau pour ces insectes. Ces deux éléments combinés peuvent-ils être à l’origine d’une maladie environnementale fatale aux abeilles? Le Professeur Peter Rosenkranz, qui dirige ces expériences, tente de trouver des réponses. “ Nous souhaitons déterminer avant tout quels effets certains pesticides ou parasites ont réellement sur les abeilles.
Ensuite, nous observons comment les insectes réagissent à ces expositions”.

Les chercheurs émettent plusieurs hypothèses pour expliquer l’effondrement des colonies d’abeilles. La réduction de la biodiversité florale, du fait de la monoculture, est l’une des causes avancées tout comme l’utilisation excessive des pesticides et la pollution. Mais pour un certain nombre de chercheurs, c’est la synergie entre ces différents facteurs qui pourrait être à l’origine d’une telle épidémie.

“ L’effondrement des colonies d’abeilles a plusieurs origines. Le Varroa est aujourd’hui la cause principale de leur disparition.
Mais le manque de nourriture, la malnutrition ou encore les pesticides ajoutés peuvent aussi avoir des effets destructeurs. Les abeilles se retrouvent dans des situations où elles ne peuvent plus survivre et donc, les colonies s’effondrent.”, explique le Professeur Rosenkranz.

Nous sommes à l’Université Martin Luther de Halle-Wittenberg. On étudie ici le patrimoine génétique des abeilles. Les chercheurs tentent d’identifier quel gêne est impliqué, quand une source spécifique de stress comme une maladie, un parasite ou des pesticides, est active. Le Docteur Bernhard Kraus coordonne ce programme de recherche. “Le génome des abeilles a été séquencé il y a quelques années et nous savons aujourd’hui comment il est constitué, comment il est écrit. Mais nous ne l’avons pas lu complètement et nous ne savons pas nécessairement quels gênes sont impliqués dans une situation donnée. C’est un point qui va beaucoup occuper les biologistes dans les prochaines années”.

Pour beaucoup d’experts, une approche multidisciplinaire est essentielle pour résoudre le problème de l’effondrement des abeilles. A l’instar de nombreux projets scientifiques européens, cette approche doit être aussi multinationale. “ Nous nous appuyons aujourd’hui sur l’expertise de nombreux scientifiques en Europe qui travaillent dans différents domaines de la biologie des abeilles”, explique Bernhard Kraus”. Il y a les experts des pesticides mais aussi ceux qui sont issus de la biochimie. Il y a également les experts qui travaillent sur des programmes de recherche appliqués dans le domaine de l’apiculture ou encore ceux, comme nous, qui étudient la génétique des abeilles.

Une autre branche de la recherche est basée à Avignon en France. L‘équipe de Yves Le Conte étudie ici une variété d’abeilles qui résistent aux maladies. “ Nous avons à Avignon et dans l’Ouest de la France des populations d’abeilles qui résistent, non seulement au parasites, mais aussi à toutes les maladies, alors qu’elles ne sont traitées contre aucune d’entre elles. On veut comprendre pourquoi elles survivent et pourquoi d’autres meurent. Pour nous, c’est un modèle très intéressant pour décortiquer le mécanisme jusqu‘à au gène”

Bee-Doc est un programme de recherche sur trois ans. Il vise à aider les apiculteurs à faire face à cet inquiétant syndrome d’effondrement des abeilles.
Les chercheurs n’ont pas encore trouvé la clé du problème. Mais ils continuent à travailler sans relâche pour trouver des solutions. “ Nous n‘éliminons pas le problème. Nous donnons plutôt aux apiculteurs les outils pour le contourner. C’est un objectif réaliste que nous nous sommes fixé pour ces trois années de recherche. A long terme, nous pourrons résoudre le problème. Il faudra, pour cela, élever des abeilles qui résistent aux maladies. C’est une idée que nous avons en tête.”

La protection des abeilles est essentielle pour préserver l‘équilibre naturel de notre planète.
Albert Einstein aurait dit un jour : “ si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’humanité n’aurait plus que quatre années à vivre”. Sa prophétie paraît aujourd’hui tout à fait réaliste.

http://www.bee-doc.eu