A la suite de la publication du rapport Marty, euronews a interrogé Carla del Ponte. Elle appelle à reprendre l’enquête sur le présumé trafic d’organes en Albanie.
Audrey Tilve, euronews :
“Carla del Ponte, vous êtes l’ambassadrice de Suisse en Argentine. Vous êtes aussi, et c’est à ce titre que vous êtes notre invitée, l’ancienne procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Vous aviez été la première à parler de trafic d’organes, et il y avait eu en 2003 une enquête du TPI, qui n’a pas abouti. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?”
Carla Del Ponte, ancienne procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie :
“Cette enquête n’a pas abouti parce qu’on n’a pas pu continuer, parce que l’Albanie a refusé de nous laisser enquêter sur son territoire. En plus, il y avait des témoins qui ne voulaient absolument pas apparaître officiellement pour la déposition. En plus, j’avais aussi un problème de compétence parce que les faits s‘étendaient au-delà de la compétence du Tribunal international.”
euronews :
“Eulex, la mission européenne de police et de justice au Kosovo, a quand même pris ses distances avec le rapport Marty. Pourtant, elle enquête elle-même sur un autre trafic d’organes, au Kosovo, beaucoup plus récent. Vous pensez qu’elle est sous pression ?”
Carla Del Ponte :
“Mais oui certainement, elle est sous pression parce que le rapport, c’est simplement un rapport d’une organisation européenne, maintenant il faudra enquêter, et dans le rapport on donne mandat à Eulex pour faire cette enquête encore.”
euronews :
“Est-ce que vous pensez qu’il y a des pressions politiques qui s’exercent pour freiner les enquêtes ?”
Carla Del Ponte :
“On le verra tout de suite parce que, de ce que je me souviens, il faut aller en Albanie. Parce que nous, on avait des indications où il y avait une fosse commune, où il y avait les cadavres des victimes de ces exportations d’organes.”
euronews :
“Madame Del Ponte, une dernière question. Dick Marty insiste beaucoup sur le besoin de protéger les témoins pour, dit-il, faire éclater la vérité. Est-ce que vous-même, depuis la publication de votre livre, vous avez été menacée ?”
Carla Del Ponte :
“Moi, je n’ai pas reçu de menaces pour ce que j’ai écrit dans le livre mais par contre, la protection des témoins est importante, nous avons perdu beaucoup de témoins; si on perd les témoins, si on ne peut pas les protéger, et les convaincre à témoigner, c’est toujours très difficile d’arriver à une preuve absolue.”
euronews :
“Carla del Ponte, merci. Vous aviez été, je le rappelle, la première à parler dans votre livre, en 2008, d’un trafic d’organes orchestré par l’UCK et à mettre en cause Hashim Thaçi.“
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