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Les autorités tunisiennes renforcent la censure en ligne

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Les autorités tunisiennes renforcent la censure en ligne

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L’agitation sociale partie de Sidi Bouzid (centre-ouest de la Tunisie) il y a trois semaines s’est traduite en un renforcement significatif de la censure sur Internet par les autorités. Hier, le rappeur Hamada Ben-Amor, surnommé El Général et le cyberdissident Hamadi Kaloutcha ont été arrêtés. Les blogueurs activistes Slim Hamamou et Azyz Amamy auraient quant à eux disparu. La Tunisie justifie incontestablement sa présence dans la liste des pays considérés comme “ennemis d’Internet” par Reporters sans frontières.

Des comptes Email et Facebook piratés

Depuis un mois, les sites de partage les plus connus comme Youtube, Dailymotion, mais aussi Viméo et Flickr sont bloqués en Tunisie. Alors qu’aucun journaliste ne peut filmer les manifestations qui se multiplient dans le pays, il est dorénavant même impossible de télécharger des photos et des vidéos sur le réseau social Facebook.

Malek Khadhraoui, l’un des administrateurs du blog citoyen Nawaat.org n’est pas étonné par la censure. “Ce n’est pas récent. La censure a commencé avec les sites militants et s’étend aujourd’hui à toutes les formes de sites de partage de vidéo”, explique-t-il par téléphone.
Il évoque également des cas avérés de Phishing (Fraude visant à une usurpation d’identité sur Internet) de la part des autorités. De plus, l’accès à de nombreux sites est dorénavant impossible depuis la Tunisie, comme Nawaat.org ou une revue de blogs diffusée par le réseau mondial de blogueurs globalvoicesonline.org

Nawaat avait d’ailleurs déjà pris le taureau par les cornes en février dernier et publié un manuel didactique pour contourner la censure intitulé Censuré pour censuré…

Connu pour ses critiques du pouvoir, le journaliste Soufiene Chourabi confirme quant à lui cette paranoïa ambiante. “Mon compte Facebook été piraté lundi dernier, ainsi que mon compte Gmail et mon blog. Je suis toujours poursuivi par des policiers en civil”, témoigne-t-il aujourd’hui.

“S’il y a des gens coupables, ce sont ceux qui sont restés sans rien faire”

Inféodés au pouvoir, les réseaux sociaux restent un bol d’air pour les trois millions d’internautes Tunisiens. A titre d’exemple, le hashtag #sidibouzid sur Twitter rassemble depuis plusieurs jours tous les internautes préoccupés par le contexte en Tunisie. Ils emploient le réseau social pour échanger les dernières informations, publier des vidéos, mais aussi organiser les manifestations. Dans un de ses derniers tweets, Slim Amamou (@slim404) avait d’ailleurs prévenu ses amis d’une présence policière autour de son domicile hier matin: « flics autour de la maison hier et devant chez un ami ce mat. »

Les hackers militants d’Anonymous, un groupe d’internautes qui défend la liberté d’expression, ont pris fait et cause pour le mouvement de protestation en Tunisie. Ils sont à l’origine de l’Opération Tunisia, une série d’attaques à l’encontre de sites gouvernementaux. Depuis dimanche soir, plusieurs sites officiels, dont celui de la présidence et de la fameuse Agence tunisienne d’Internet sont ainsi bloqués.

Contacté sur Internet, l’un des hackers, anonyme, justifie leur démarche. “Cela a permis d’attirer l’attention sur des sujets qui n’auraient pas été traités autrement”, explique “V”, comme il se présente. Même si ces actions sont répréhensibles légalement, il se défend en expliquant que “s’il y a des gens coupables, ce sont ceux qui sont restés sans rien faire alors que la Tunisie s’enfonçait peu à peu dans la répression”.


Appel à témoignage
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Quelle est la situation dans votre ville ? Quelle forme prennent les mouvements de protestation ? Et pour mieux comprendre l’origine du mécontentement, partagez avec nous vos difficultés dans la vie quotidienne.
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Franck Simon