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Face à la censure sur le net, les Egyptiens s’organisent

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Face à la censure sur le net, les Egyptiens s’organisent

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La révolte populaire entamée le 25 janvier ne faiblit pas, malgré déjà plusieurs victimes et des centaines d’arrestations. Dans les rues et sur le web, les Egyptiens se mobilisent et doivent jongler avec la censure et des réseaux fluctuants.

Avant la grande manifestation prévue ce vendredi, les autorités ont encore accentué leur censure et quasiment coupé dans la nuit tout accès à internet en Egypte.
La veille, les sites de Twitter et Facebook, et le service de messagerie de BlackBerry avaient été bloqués

“Depuis 5h de l’après-midi, Facebook et Twitter ne fonctionnent plus”, confirme jeudi soir par téléphone Amira el Tahawy, une blogueuse égyptienne.

Les autorités tentent de compliquer l’organisation de rassemblements spontanés et éviter les témoignages gênants. Dans un pays maintenu sous l’Etat d’urgence depuis 30 ans, il semble insupportable aux autorités que des milliers de personnes manifestent dans le pays sans permission et que tous ces événements soient documentés, commentés et relayés immédiatement dans le pays et à l’extérieur.

En effet, sur Facebook, plusieurs pages ont été créées, comme celle de RNN – Rasd, qui informent minute par minute des derniers développements, grâce à un réseau d’informateurs présents dans de nombreuses villes : manifestations au Caire, affrontements à Suez, arrestations…

La page est maintenant suivie par plus de 300 000 personnes et le chiffre augmente de plusieurs dizaines de milliers par jour.

Toujours sur Facebook, le groupe de jeunes militants pro-démocratie du mouvement du 6-Avril ont lancé une invitation à plus d’un million d’internautes à participer à une grande manifestation pacifiste anti-régime: de « plus d’un million de personnes dans la rue », juste après la prière, à partir d’une heure.

Pour Victor Salama, un Egyptien vivant en France qui participe à distance à la mobilisation notamment via l’animation d’une page sur Facebook intitulée Operation Egypt, ces réseaux sociaux sont “cruciaux” pour la mobilisation égyptienne. Il est inquiet de la répression mais “même à distance, il s’agit aussi de dire aux gens sur le terrain, qui osent défier l’interdiction de manifester qu’ils ne sont pas seuls, que s’ils leur arrivent quelque chose, ils ne seront pas oubliés, témoigne-t-il. Il faut travailler à l’effet de caisse de résonance, cela peut s’avérer très efficace pour protéger les citoyens, par exemple les centaines de personnes qui ont été arrêtées ces derniers jours.”

Le gouvernement égyptien : « ennemi » d’Anomymous

Depuis le début de la semaine,Twitter avait lui aussi déjà été coupé à plusieurs reprises. Dès le 25 janvier, alors que des dizaines de milliers de personnes commencent à descendre dans les rues du Caire et de plusieurs villes, le site de Twitter n’est plus accessible. Le site de micro-blogging confirme rapidement être bloqué en Egypte donne aussi accès à un site permettant de suivre l’état de Twitter en Egypte.
Ils précisent : “Nous croyons que l’échange libre d’informations de d’opinions est bénéfique aux sociétés et aident les gouvernements à mieux communiquer avec leur peuple”.

Du côté des utilisateurs, les méthodes pour contourner ces blocages (notamment grâce des proxy qui permettent de brouiller les pistes) circulent, relayés par cyber-activistes locaux et membres de la diaspora.

Mais les autorités ne se démontent pas et ne semblent pas vouloir changer de méthode. “Le porte parole du gouvernement Magdy Rady vient de nier un quelconque blocage des téléphones, internet ou les réseaux sociaux. Il ment de manière totalement absurde, s’énerve la jeune blogueuse jeudi soir. Donc vu que pour eux, rien n’est bloqué, il n’y a pas de raison qu’il change de stratégie”.

Face à ces tentatives flagrantes de museler la liberté d’expression, le mouvement d’“hactivists” Anonymous a lui aussi commencé aussi à agir. Ils ont fait tomber deux sites gouvernementaux dont celui du ministère de l’intérieur et ne devrait pas s’en arrêter là. De plus, ils ont pour la première fois rédigé un communiqué en langue arabe à destination du peuple et du gouvernement et du peuple égyptien : “En se comportant de manière criminelle et en réprimant son peuple, le gouvernement égyptien est devenu un ennemi d’Anonymous”, avant de préciser solennellement aux Egyptiens : “nous nous tenons à vos côtés en ces moment difficiles. Ce combat n’est pas uniquement le vôtre mais celui de toute l’humanité”.

Moïna Fauchier Delavigne