DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

"Enfin, l’Egypte se réveille !" - Témoignage


Egypte

"Enfin, l’Egypte se réveille !" - Témoignage

Magda Boutros, une jeune militante Egyptienne, nous livre son témoignage de cette semaine de protestation.
Cette femme est rentrée il y a deux ans et demi en Egypte après plusieurs années passées en France. Elle y travaille depuis pour une organisation de défense des droits de l’Homme, EIPR. Elle est chercheuse et responsable du programme sur les violence et la justice pénale et participe au mouvement de protestation en tant que citoyenne.

“Depuis le 25 janvier, on va aux manifestations quasi tous les jours. Personnellement je ne pensais pas que cela prendrait une telle ampleur. J’espérais juste que beaucoup de monde vienne. Cette foule dès le 25 a donné un élan fou et a convaincu beaucoup de personnes. Depuis les manifestations grossissent de jour et jour. Avant, c’était toujours les mêmes personnes qui manifestaient, on se connaissait tous. Maintenant, tout le monde manifeste. On voit toutes les classe sociales, des familles avec des enfants, des femmes, voilées ou pas, et avec des niqab, des musulmans, des chrétiens… Pour l’énorme majorité des gens, c’est la première fois qu’ils descendent dans la rue pour manifester. Ce phénomène est très nouveau, très impressionnant.

De mon côté, je manifeste quasiment tous les jours depuis une semaine. Pour la grande manifestation vendredi par exemple, je suis partie de Mohandissine, où j’habite et on a marché jusqu’à la place Tahrir. Depuis vendredi, on va directement à Tahrir. En plus comme internet et les SMS ont été coupés, on n’a pas moyen de s’organiser facilement. Donc manifester à Tahrir est le plus simple.

La police a quitté les rues depuis vendredi soir. Avant, les manifestations étaient une sorte de guerre entre protestataires et policiers. Depuis le départ de la police, les manifestations sont devenues très bon enfant. Dès que quelqu’un a quelque chose à manger, il va partager autour de lui. Si quelqu’un fait un malaise, on va vite chercher un médecin et un cordon se fait autour. Les gens s’organisent aussi pour ramasser les poubelles. Les gens ont vite compris comment ça marche. C’est très organisé et très spontané en même temps.

C’est pareil pour les jeunes dans la rues qui assurent la sécurité. Dès le départ de la police, il y a eu rapidement des groupes de personnes qui ont commencé à piller des magasins… Au départ, cela a semé la peur mais on a vite compris, vu l’ampleur du phénomène, que cela était organisé. Et dès que des groupes de protection se sont rapidement formés, ils ont arrêté des personnes dont certaines faisaient partie de la police. C’est noté sur les papiers d’identité. C’est apparu évident que c’était une stratégie du ministère de l’Intérieur pour prendre sa revanche et semer le chaos, et tenter que les manifestants abandonnent la rue. De très nombreux comités des protection se sont donc formés, ils se sont équipés avec ce qu’ils pouvaient, bâtons, couteaux de cuisine… Par exemple, dans mon quartier, il a y eu des vols de magasins le premier soir, vendredi, mais depuis, tout va bien. Les jeunes contrôlent les gens inconnus qui veulent entrer dans le quartier, fouillent les voitures, vérifient s’il n’y a pas d’armes….

Hier, je suis arrivée vers 13h à la manifestation à Tahrir, il y avait beaucoup de gens qui arrivaient. L’armée filtraient les entrées et fouillaient des hommes pour vérifier qu’ils n’étaient pas armés. En fait, le plus grand nombre est arrivé juste avant le couvre-feu et même après, pour montrer que ce couvre-feu ne les empêchait pas de sortir. D’ailleurs, même après le couvre-feu, l’armée laissait encore les gens aller et venir. Nous avons quitté la place pour aller chercher de la nourriture chez une amie qui habite à côté de la place et avons pu retourner à la manifestation sans aucun souci. L’ambiance était paisible.

Aujourd’hui, je me sens comme depuis une semaine. J’ai un espoir énorme. Enfin l’Egypte se réveille, enfin les gens ont compris qu’ils ont le pouvoir entre leurs mains. C’est extraordinaire dans un pays qui n’avait jamais connu ça. Nous allons manifester aujourd’hui mais c’est surtout demain, il y a encore une grande manifestation de prévue. Soit on va réclamer le départ de Moubarak soit, s’il est déjà parti, on va fêter son départ. On attend tous avec impatience le départ de Moubarak. C’est une question de temps maintenant.”

Propos recueillis par Moïna Fauchier Delavigne

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

monde

Septième jour de manifestation en Egypte