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La colère monte contre les étrangers en Egypte - Témoignage

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La colère monte contre les étrangers en Egypte - Témoignage

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Les barrages de civils peuvent se montrer menaçants. Surtout dans l’atmosphère qui est devenue très suspicieuse au Caire aujourd’hui. Deux jeunes étrangères l’ont appris à leurs dépens. Voici le témoignage de Fedaila, installée au Caire depuis l’été 2009. Elle partage son appartement avec une jeune Britannique, Jennifer.

“On était partis acheter une carte prépayée pour accéder à Internet juste à coté de la maison. Mais en prenant la rue de derrière, où on n’a pas l’habitude de passer. Donc les gens ne nous connaissent pas. Dans le magasin, quatre garçons ont commencé à prendre à partie le vendeur. Ils étaient assez véhéments. On a payé la carte. C’était une de 100 livres égyptiennes (une quinzaine d’euros), pas de 500 livres comme répétaient les gens dans la rue ensuite. Puis, on s’est dirigées vers la maison.

Tout à coup, les garçons ont réapparu et nous ont dit “Ouvrez votre sac!”. Ce n’était pas du tout de la façon polie des barrages habituels. C’était très agressif. Ils nous encerclaient. J’ai failli ouvrir mon sac mais j’ai eu peur que ce soient des voleurs. On s’est senties menacées. J’ai refusé de leur obéir et, comme on habite juste à coté, on est passées. Pour la première fois, j’ai eu peur alors que depuis plusieurs jours, on doit passer des contrôles de civils très fréquemment. D’habitude, c’est très respectueux. Les personnes s’excusent de devoir fouiller les sacs… Là, c’était différent, et je ne suis pas plus parano qu’hier. En arrivant devant l’immeuble, je n’arrivais pas à ouvrir la clef. Il faut dire que la porte de l’immeuble se ferme avec une chaîne et un cadenas. Et cela que depuis une semaine. J’étais trop nerveuse. Jennifer a ouvert puis a vite refermé la porte à clef. On est rentrées dans notre appartement au 1er étage. On a fondu en larmes.

Quelques minutes plus tard, le groupe a débarqué dans notre immeuble, ils ont commencé à tambouriner à notre porte en nous intimant d’ouvrir. J’ai ouvert juste la petite fenêtre pour leur parler. Ils étaient nombreux dans l’escalier. Il y avait deux filles aussi avec le groupe, elles étaient moins menaçantes. Je leur ai demandé que tous les hommes descendent et qu’un seul reste avec les deux filles, que notre voisine vienne et que j’ouvrirais ensuite la porte. J’ai essayé d’appeler la voisine au téléphone mais c’était occupé. En entendant les cris, la voisine est vite descendue, nous a dit de ne pas ouvrir. Elle a tenté de les raisonner, elle leur a expliqué qu’elle nous connaissait bien, elle criait “ce sont mes petites chéries”.

Ils ont refusé de partir et tambourinaient dans la porte. Ils ont forcé la porte. Un des hommes avait vraiment une sale tête, en entrant dans l’appartement, il a sorti un couteau recourbé à la main et s’est dirigé vers nous. La voisine est entrée en même temps et lui a hurlé dessus, elle l’insultait. ‘Tu n’as pas honte de rentrer dans un appartement avec des femmes respectueuses’. On s’est refugié sur le balcon et on a demandé de l’aide, que l’armée intervienne. Personne ne bougeait, en tout cas c’est l’impression qu’on avait… Dans l’entrée, ca hurlait. Il y avait une bonne dizaine de personnes. La voisine est venue nous voir, nous demander nos sacs pour leur montrer. Elle les a pris et nous les rapidement rapportés. On était toujours sur le balcon, Finalement deux ou trois types de l’armée sont arrivés, ils ont calmé le jeu et les ont fait partir. On a fondu à nouveau en larmes. Ça fait un an et demi que j’habite ici, je ne m’étais jamais senti menacée. Au contraire, même en vivant dans une mégalopole de 20 millions d’habitants et je ne me suis jamais méfiée de qui que ce soit.

Je veux rentrer en France. Demain ou après-demain. Maintenant, j’ai peur ici. Je ne suis pas Égyptienne, donc je ne me sens plus à ma place ici. Je ne veux pas faire de révolution. Toute la semaine dernière, malgré les tensions, les violences, je ne pensais pas partir. Mais la, je ne veux plus rester.”

Par la suite, le jeune homme en question est passé dans l’appartement deux heures plus tard. Il s’est excusé de leur avoir fait peur et a expliqué et répété que c’était leur responsabilité de protéger les habitants du quartier. Il montrait un autre couteau pour prouver sa bonne foi. Pour lui, “les étrangers doivent partir, ce sont eux les responsables de tout ce qui se passe”.

Moïna Fauchier Delavigne, envoyée spéciale d’euronews au Caire