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Moubarak promet des changements mais ne lâche pas

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Moubarak promet des changements mais ne lâche pas

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A l’issue d’une journée de manifestations géantes dans tout le pays, le président Hosni Moubarak a annoncé qu’il n’avait pas eu l’intention de se présenter pour un nouveau mandat, lors de la présidentielle en septembre. Son discours a été accueilli avec colère sur la place Tahrir que des dizaines de milliers de manifestants semblent ne plus vouloir quitter.

Mardi 1er février à 23H, le président Moubarak a prononcé un discours très attendu. Sur la place Tahrir, dans le centre du Caire , des milliers de personnes patientent et font passer le message : « On attend un communiqué de Moubarak très prochainement ! ». Certains sont ici depuis déjà plusieurs jours. Ils réclament le départ de Moubarak.

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Contre un immeuble, sur un grand drap blanc de plusieurs mètres de haut, la télévision est diffusée. Dès que Moubarak est enfin annoncé à la télévision natioanle, les manifestants se pressent. Tous se rapprochent de l’écran mais le son est inaudible. Ceux qui ont du matériel pour écouter sur une radio ou un téléphone portable, font passer les infos du discours. Des petits groupes se forment. Un homme barbu reprend les paroles du président : il répète phrase par phrase les promesses du président…

“Je vous parle en des temps difficiles qui mettent l’Egypte et son peuple à l‘épreuve et qui pourraient l’entraîner vers l’inconnu”

Il s’y présente, une fois encore, comme un citoyen au service de l’Egypte. Il assure garantir le transfert pacifique du pouvoir et le changement de la Constitution, en particulier l’article 76 et 77 (en rapport avec les candidatures à la présidentielle et une possible limite au nombre de mandats à la tête de l’Etat). Il annonce également qu’il n’avait pas l’intention de se présenter pour un septième mandat. Pourtant, il y a quelques mois, son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Abou el Gheit , avait fait entendre le contraire…
C’est la deuxième fois qu’il s’exprime depuis le début du mouvement de protestation, engagé le mardi 25 janvier.

Un discours qui déçoit et énerve Mais avant même la fin de ce discours, la place Tahrir commence à se réveiller. Les drapeaux égyptiens s’agitent. Les slogans qui s’étaient un peu calmés reprennent de plus belle. « Irhal » (Dégage) résonne et se répète. Le slogan qui s’est répandu ces derniers jours s’élève : « Nous ne partirons pas, c’est lui qui partira ! ». Un manifestant très remonté déclare « cette fois-ci on a eu un nouveau gouvernement, la fois d’après ça sera une nouvelle Assemblée et la fois encore d’après, ce sera lui ». (Les dernières élections législatives qui se sont tenues en novembre ont vu l’opposition disparaître quasi totalement du Parlement – NDLR).

Un autre manifestant poursuit : « il n’a jamais fait un bon discours. Il ment tout le temps. Maintenant, il nous dit qu’il va rester jusqu’en septembre prochain, mais même s’il fait ça, il aura le temps de terminer de détruire le pays. » Un troisième précise : « il faut une nouvelle Constitution pour le peuple, il faut la liberté. Il faut une nouvelle Assemblée ». Les esprits s’échauffent, les voix se haussent. Plusieurs brandissent des chaussures (appeler quelqu’un ‘chaussure’ ou montrer sa chaussure à quelqu’un est une insulte en Egypte – NDLR) au dessus de la foule, en signe de défiance. Amr Ali, âgé de 23 ans, est co-pilote dans une compagnie aérienne égyptienne : Lotus Air. Lui aussi, réclame un changement radical. Habillé d’un pull rayé et d’une petite veste bien coupée, il explique posément ne pas avoir de problème de travail, d’argent : il peut se nourrir, bien s’habiller mais manifeste « pour les quarante millions d’Egyptiens qui vivent sous le seuil de pauvreté ». Ce discours l’a déçu : « si Moubarak avait juste promis un seul des changements qu’on réclame ! Certains demandent à Moubarak un changement graduel, d’autre veulent son départ immédiat. Mais là, il n’a rien proposé du tout de valable. Cela va juste encourager encore plus de monde à demander son départ. »

Les manifestants au Caire sont décidés. Ils ne bougent pas. « On va rester ici » entend-t-on. « Aujourd’hui, il y avait une manifestation avec des millions de gens, demain aussi, après-demain aussi. Et vendredi, ça sera le dernier jour : le vendredi du départ ». Certains parlent d’aller le trouver à son palais. Mais beaucoup craignent une répression sanglante de la garde présidentielle là-bas.

Trente minutes après la fin du discours, la place se remplit de monde. Tous ceux qui étaient dans les cafés du centre –ville dans les rues alentour reviennent à la rescousse. Des flots compacts de manifestants se dirigent vers la place. Les renforts doivent passer par deux barrages de civils pour accéder à la place. Chacun doit montrer patte blanche : les papiers d’identité sont exigés, et tous les sacs fouillés. Il ne faut surtout pas que des personnes armées arrivent sur la place déjà noire de monde. Sur le bord de la rue, longeant la place, hommes, femmes, enfants sont installés. Ils vont dormir ici.

Depuis le début du mouvement contre le régime au pouvoir depuis 30 ans, les manifestations se sont étendues à toute l’Egypte, plus de 300 personnes ont été tuées et plus de 3000 auraient été blessées. Internet est coupé depuis vendredi, tout comme les SMS. Les écoles et les banques sont fermées, et les trains ne circulent plus depuis ce mardi.

Moïna Fauchier Delavigne, envoyée spéciale d’euronews au Caire