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“Citoyens silencieux” ou “baltageya” : les deux versions

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“Citoyens silencieux” ou “baltageya” : les deux versions

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Le grand quotidien du pouvoir, al Ahram, est clair, il annonce en couverture : “Des millions dans la rue en soutien à Moubarak”. En sous-titre, est précisé : “Des défilés et des manifestations dans les gouvernorats pour saluer les décisions de Moubarak”. Il semblerait que de nombreux Egyptiens soient satisfaits du discours tenu par leur président lundi soir. Les supporters de Moubarak sont pacifistes : “Les millions de silencieux dans toutes les régions d’Egypte sortent pour soutenir le discours de Moubarak”. Dans la presse officielle, aucune trace de “baltageya” (les gros bras payés pour casser les manifestations et faire des dégâts).

Le journal parle quand même d’affrontements violents entre les pro et les anti Moubarak sur la place Tahrir. Le message à faire passer aux citoyens : il faut rentrer chez soi.

Même ton dans le quotidien pro-régime al AKhbar, le vice-président Omar Souleimane le déclare : “votre message a été compris. Le dialogue nécessite maintenant l’arrêt des manifestations”.

Retrouver ici la couverture de nos correspondants en Egypte

Du côté de la presse indépendante, les personnes de la “majorité silencieuse” se révèlent beaucoup plus agressives. Le journal du parti Wafd titre ainsi : “Les milices du PND lancent l’offensive sur la place Tahrir et les gouvernorats avec des bâtons et des bombes lacrymogènes”.

Quant au quotidien indépendant Masri el Yaom, il choisit un titre factuel : “La place Tahrir se transforme en champ de bataille… Et ‘la nation’ appelle au calme”. La photo qui barre la première page est frappante : on y voit l’attaque des baltageya à cheval qui chargent les manifestants sur la place Tahrir. Tous les journalistes présents au Caire, dont Luis Carballo, un envoyé spécial d’euronews en Egypte, confirment cette version des faits.

Le Chourouq, un autre quotidien indépendant, titre : “Trois martyrs et 1.500 blessés dans le massacre de Midan Tahrir”. Le journal précise que “des baltageya participent à la bataille du régime avec des cocktails molotovs, des chevaux et des chameaux. Ici, on sait a qui appartiennent les chevaux… “Les supporters de Moubarak ont utilise des chevaux et des chameaux pour casser la manifestation de Tahrir”. Un membre du parti au pouvoir, “Moustafa El Fiqqi accuse des hommes d’affaires du parti au pouvoir d’avoir payé des baltageya pour commettre des crimes”.

Derrière les violences, le quotidien Al AKhbar voit un autre responsable. Il affirme en manchette détenir une information exclusive : “Des documents prouvent l’existence d’un complot étranger pour déstabiliser l’Egypte”. Le sous-titre précise : “les détails du complot qui vise l’occupation de la télévision et du QG de l’état, des incendies des commissariats et des infos sur l’implication des Iraniens. Le commando du Hezbollah attaque la prison de Wadi Natroun et les brigades du Hamas infiltrent le pays en passant par des tunnels en vue de sabotages”. Au centre du quotidien, une double page entière avec cartes satellites annotées au feutre à l’appui “prouvent” ce complot d’envergure. Un autre article explique que “les jeunes de Facebook auraient quitté la place, et auraient été remplacés par d’autres”. Les ficelles semblent grossières, cependant cette propagande diffusée dans la presse mais aussi à la télévision d’Etat est efficace. De nombreux Egyptiens se méfient de plus en plus des étrangers.

Moïna Fauchier Delavigne, envoyée spéciale au Caire