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Un appareil photo peut maintenant transformer un Egyptien en agent iranien

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Un appareil photo peut maintenant transformer un Egyptien en agent iranien

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Dans le climat de paranoïa qui règne en ce moment en Égypte, même les Égyptiens en relation avec “l’étranger” sont devenus louches. Hamdi Reda, un photographe égyptien en a fait les frais.
Il raconte :

“Mercredi, j’ai passé la journée sur la place Tahrir. J’ai assisté aux violences commises contre les manifestants. J’ai pris de nombreuses photos. J’ai dormi sur place et suis rentré le lendemain matin à la maison en taxi. Je me suis fait arrêter à un barrage de policiers dans la rue el Galaa, juste au nord de la place. Ils m’ont fait descendre de voiture et m’ont fouillé. Ils ont vu mes deux appareils photos, des reflex numériques, et je suis tout à coup devenu suspect. Ils ont commencé à m’insulter, ils m’ont traité d’agent d’un pays étranger. Pour eux j’étais un Iranien. Je leur ai montré mes papiers d’identité. Mais ils m’ont accusé d’avoir des faux papiers.

Heureusement, un officier de l’armée était aussi présent et me défendait contre la colère des policiers. Sur mes papiers, ma profession est “peintre”, l’officier de l’armée m’a donc demandé ‘Pourquoi tu photographies si tu es peintre ?’ Je lui ai expliqué que je suis aussi photographe et surtout que je suis Egyptien, je dois témoigner de ce qui se passe. Des responsables de la sécurité d’Etat sont à leur tour arrivés. Un général m’a craché au visage. Ils m’ont insulté, accusé de haute trahison et menacé. Ils voulaient m’emmener dans un centre de la sécurité d’Etat mais l’officier de l’armée a refusé. Finalement, au bout de trois heures, j’ai été emmené par l’armée, dans une “position” de l’armée installée devant l’immeuble d’un journal officiel.

Là-bas, j’ai vu aussi deux journalistes étrangers arrêtés : un franco-libanais d’Arte et un journaliste chypriote. Les soldats de l’armée m’ont eux traité de manière humaine. Ils m’ont à nouveau fouillé. Il me manquait un appareil photo. Les policiers me l’avaient volé. Comme ils ne savaient pas utiliser mes appareils, ils ont appelé un photographe pour qu’il vérifie les photos que j’avais prises. Le photographe a effacé toutes les photos pour me protéger. Comme l’officier était très surpris de ne rien trouver, je lui ai dit que les photos étaient sur l’autre appareil, volé par les policiers dans la rue. J’étais excédé. L’officier était furieux. Il a hurlé : « allez récupérer l’autre appareil à ces fils de pute! ».

Finalement, ils l’ont rapporté, ont regardé mes photos et confisqué mes carte mémoire. Quelques heures plus tard, des soldats, armés, sont partis en courant. Il semblait y avoir des affrontements dans la rue. Un officier nous a proposé de nous cacher tous les trois dans un char. On y est resté plusieurs heures. Puis ils nous ont appelé un par un pour un interrogatoire, vers 7h du soir. L’officier m’a déclaré : ‘Tu as l’air connu, donc je vais te libérer. Sinon, je t’aurais corrigé’.

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Ils m’ont donc finalement autorisé à partir mais m’ont conseillé de rester : il y avait de nombreux baltageya dans les rues et aux alentours. J’ai donc passé la nuit avec eux. Ils m’ont conseillé de circuler dans la ville entre 6h et 9h du matin. A cette heure, les baltageya dorment.
Le matin avant de partir, j’ai demandé si je pouvais récupérer mes deux cartes mémoires. Elles valaient 2000 livres mais ils voulaient conserver les photos. J’ai réclamé aussi mon iPhone mais l’officier m’a répondu “tu parles de quoi ? Ce n’est pas le moment. Sauve ta peau.” Je suis finalement rentré chez moi.

Le problème, c’est qu’avec la propagande du régime qui veut monter les Egyptiens contre les étrangers, même dans mon quartier, Ard el Lewa, maintenant je suis suspecté. Comme j’ai monté un centre culturel ici “Artellewa” et que je reçois notamment des artistes étrangers, c’est louche pour eux.

Le pire, c’est que dès jeudi, le journal “El yaom el sabie” a publié un article sur moi. Ils ont précisé mon nom et expliqué “l’arrestation d’un agent iranien” ! Alors que je suis égyptien ! Mais bon, finalement ca m’a servi parce que plusieurs personnes ont contacté l’armée.

Photos prises par Hamdi Reda le vendredi 28 janvier

Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne, envoyés speciaux d’euronews au Caire