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Les artistes égyptiens contre, et pour Moubarak

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Les artistes égyptiens contre, et pour Moubarak

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Sur la place Tahrir, des dizaines de milliers de manifestants se pressent tous les jours et réclament le départ du président Hosni Moubarak. Ils revendiquent leur diversité, ils représentent “le peuple égyptien”. Parmi eux, plusieurs personnalités, politiques mais aussi acteurs, musiciens, compositeurs…

Le fameux compositeur Ammar el Sherii a été chaudement applaudi à son arrivée sur la place le “vendredi du départ”. La présence d’un personnage de sa stature est accueillie avec plaisir. D’autant plus qu’avant la “révolution des jeunes”, il ne s’était pas fait remarquer par son militantisme politique contre le régime. Au contraire, il avait même composé une chanson en honneur du président : “nous t’avons choisi…”. Depuis, cette même chanson a été détournée par les manifestants en un slogan anti-régime : “Nous ne t’avons pas choisi, nous ne t’avons pas accepté. Alors pourquoi restes-tu ici ?”
Vendredi soir, il passait pour la première fois à la télévision égyptienne d’Etat. Sa critique de cette même télévision était cinglante. “Comment faites-vous le jour même de la grande manifestation de mardi pour filmer une pauvre petite manifestation ridicule pro-Moubarak de tous les côtés, de la droite, de la gauche, des deux côtés…” Il accuse aussi les médias officiels d’être devenus “la source de toutes les rumeurs à propos des manifestants et de ce qui se passe sur la place Tahrir”. Non, personne ne les paient pour manifester, explique-t-il. Et de continuer, moqueur : “Et la dernière : ‘pas de chameaux ni de chevaux’… Ah bon, et on a vu quoi mercredi ? Des lions ?”

L’imitateur Mahmoud Azzab était aussi sur la place Tahrir. Interrogé sur le mouvement de protestation populaire, il déclare fièrement à euronews : “nous sommes arrivés à une belle étape. Aujourd’hui, c’est le jour du départ et j’espère qu’il va partir”. Pour lui, présent aux manifestations depuis le premier jour, le 25 janvier, “la volonté du peuple est claire. Il n’y a aucune histoire de 50 livres ou de repas offert de Kentucky (les pro-Moubarak accusent les manifestants d’être payés pour être présents, NDLR)”. Il est heureux aujourd’hui et estime que “les jeunes doivent diriger le pays”. Non, il ne va pas imiter Moubarak ou qui que ce soit. “Les héros sont les jeunes qui dorment ici depuis plusieurs jours, moi, je dors chez moi”.

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La romancière Ahdaf Soueif livre, quant à elle, son témoignage des jours de la révolution du 25 janvier au journal britannique The Guardian. Elle écrit vendredi : “La démocratie est en action sur le sol de la place Tahrir”.

L’actrice Sherihan est elle aussi venue vendredi, ainsi que le comédien Amr Waked, qui a confié à Gindy “l’Egypte est en train de vraiment changer”. Pour lui, “les personnes qui sont sur Tahrir sont les plus respectables du pays. Ce sont eux qui vont construire le futur de l’Egypte”. Quant au prix que paie le pays pendant cette révolution, c’est le régime au pouvoir qui en est responsable. “Sur la place, avec un million de manifestants, personne ne casse rien”, fait-il remarquer. Il condamne ce régime qui utilise “toutes les formes de violence contre des citoyens non armés”.

D’autres artistes prennent aussi position en défense du régime. Le chanteur et acteur Tamer Hosni pleurait à la télévision nationale vendredi soir. “Je suis blessé”, sanglote-t-il. “Il y a beaucoup de jeunes qui ne savent pas à quel point il s’est efforce de protéger la paix”. Il s’exclame : “vous vous rendez compte, Moubarak est depuis trente ans au pouvoir, il a de l’expérience !” “Demain, je suis sûr que tout le monde va dire ‘Oui à Moubarak’”, poursuit-il. “Vous ne savez pas ce qui pourrait arriver s’il partait après trente ans”, prévient-il, avant de conclure : “L’Egypte est mon pays et Moubarak est mon père”. Vidéo sur faceboock

Moïna Fauchier Delavigne, envoyée speciale d’euronews au Caire