DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Premières heures après Moubarak : larmes et euphorie...

Vous lisez:

Premières heures après Moubarak : larmes et euphorie...

Taille du texte Aa Aa

Dix-huit jours après les premières manifestations lors du “jour de colère” le 25 janvier, le président Hosni Moubarak et son régime sont tombés. Quelques Egyptiens confient à euronews comment ils ont acceuilli cette nouvelle et ce qu’ils espèrent pour l’avenir de leur pays.

Amira al Tahawy, une blogueuse et militante des droits de l’Homme
“Après l’énorme déception qui a suivi le discours de Moubarak jeudi soir, tout le monde était encore plus déterminé contre le régime. Je suis allée avec beaucoup de gens vers l’immeuble de la télévision. On a enjambé les barrages de l’armée puis encerclé le bâtiment. On a décidé de ne plus bouger jusqu’au départ de Moubarak. Quand on a appris la nouvelle sur la place Tahrir, tout le monde a éclaté de joie, on sautait en l’air, on dansait…. Les femmes pleuraient et lançaient des youyous. Tous les gens qui avaient des bonbons ou des gâteaux les ont vite partagés. Des jeunes sont allés chercher des feux d’artifice à côté, à Falaki et Ataba.
L’Egypte commence maintenant à se construire. Pour nous, l’essentiel c’est de se concentrer sur les affaires internes. On ne demande rien à personne. Il faut maintenant absolument développer une nouvelle police et trouver du travail pour les chômeurs et les marginalisés dans la société. Leur force est importante pour le pays. Tout le monde est décidé à continuer les réformes et lutter contre la corruption. Mais beaucoup de gens sont tellement contents qu’ils pensent que tout va changer du jour au lendemain. Cela va prendre du temps, il faut l’accepter.”

Le blog d’Amira al Tahawy

Magda Boutros, une jeune militante copte à l’association EIPR
“Je suis heureuse et satisfaite. C’est difficile à décrire. Je n’avais connu que Moubarak au pouvoir. Hier, tout le monde était dans un état d’euphorie toute la nuit. Tout le monde se regardait et se disait : ‘Ca y est, Moubarak est parti ! C’est nous qui avons fait ça’. C’est le peuple qui a fait tomber un dictateur. Ce sont les manifestants, les travailleurs en grève, dans les usines mais aussi dans les médias d’Etat… Et Moubarak est tombé avec son régime tout entier. On en discutait pendant ces derniers jours : ‘il faudrait que Moubarak, mais aussi tout son régime, tombent’. Et tout à coup, cela arrive.
C’est la première nuit en trois semaines que je ne fais pas de cauchemars. Je me suis réveillée ce matin calme et sereine. Tout est nouveau. L’esprit reste très positif. J’ai maintenant envie de voir ce que va faire ce comité militaire. Hier, on n’était pas du tout devant la télévision, on a fait la fête dans la rue, on ne voulait pas réfléchir à la politique. Quand l’annonce est tombée, j’étais dans un café à côté de la Bourse. Tout le monde s’est levé d’un bond en criant, les gens s’embrassaient, beaucoup pleuraient…. Maintenant, j’ai envie de penser au futur.”

Mohamed Shenawwy, graphiste et caricaturiste
J’étais à la maison, je terminais une série de caricatures sur la révolution en Egypte pour Charlie Hebdo. J’ai entendu des gens crier dans le café en bas de chez moi. J’ai vite vérifié sur Internet. Là, j’ai éclaté en sanglots. J’ai tout à coup vraiment compris à quel point on était opprimés, à quel point on étouffait en Egypte sous le régime de Moubarak. Je suis vite descendu dans la rue, j’ai couru vers la place Talaat Harb. Il y avait de la musique, des chansons. Je me sentais heureux. Tout le monde se comportait aussi de manière respectueuse, sans harceler les filles… J’ai essayé d’aller sur la place Tahrir mais il y avait trop de monde. Finalement, j’ai retrouvé tous mes amis. On s’est embrassés, on a beaucoup pleuré. Plus tard, on a continué à chanter à la maison, les fenêtres grandes ouvertes. J’ai même mis le drapeau égyptien au balcon, c’est la première fois de ma vie que j’ai eu envie de faire ça !

Même si bien sûr, il y a encore de l’ignorance et beaucoup de problèmes dans le pays, je pense que les gens ont réveillé leur conscience. Ils savent maintenant travailler ensemble vers un but commun. J’espère qu’on va réussir à conserver cet esprit et que la liberté va permettre que les gens s’expriment, que les arts se développent et que les gens changent aussi, qu’ils acceptent enfin la diversité. Il faut aussi que l’éducation soit réformée pour que la génération à venir soit une belle génération. Il y a deux garçons et deux filles qui passent juste en bas, avec balais et sacs poubelles, ils vont nettoyer la place Tahrir. C’est aussi ça l’esprit de la révolution.

Le site du magazine de BD Tok Tok

Propos recueillis par Moïna Fauchier Delavigne