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Marine Le Pen, Présidente du Front National : "L'Union européenne est morte"

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Marine Le Pen, Présidente du Front National : "L'Union européenne est morte"

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Personnage clivant à l’image du père, Marine Le Pen est depuis le 16 janvier la Présidente du Front National. Son but avoué : dédiaboliser l’extrême-droite française. A 42 ans, elle succède à Jean-Marie Le Pen qui avait fondé le parti en 1972. Créditée de 18% des intentions de vote dans la course à la présidentielle de 2012, elle ambitionne de conquérir le pouvoir. Modernisation de façade ou continuité assumée avec l’héritage paternel. Nous lui avons posé la question.

Maria Cecilia Cacciotto, euronews :
“Après 40 ans de leadership de votre père, vous lui succédez à la tête du Front national. Vous avez annoncé des changements. Comment allez-vous prendre de la distance par rapport à la politique faite par votre père ?”

Marine Le Pen :
“D’abord, je n’a pas de distance à prendre parce que je suis particulièrement fière du parcours qui a été celui de mon père, qui a réussi à créer en France un parti qui défende la nation, qui est le seul mouvement face à l’ensemble de partis mondialistes qui colonisent la classe politique et il a réussi à le faire durer. Mais je crois qu’on est à un nouveau chapitre de l’histoire du Front National. Ce que j’ai appelé les éveilleurs et les bâtisseurs… Mon père a été, avec beaucoup, un éveilleur de conscience sur toute une série de problématiques qui aujourd’hui frappent la France de plein fouet. Et nous voulons être des bâtisseurs, c’est-à-dire ouvrir ce chapitre du Front National qui va nous porter au pouvoir. C’est ça notre volonté et nous nous mettons en ordre de bataille pour pouvoir appliquer des idées, accéder au pouvoir et appliquer nos idées.”

euronews :
“Comment ? Justement vous évoquez ça, vous évoquez surtout, si je comprends bien, les élections de 2012. Vous êtes créditée de 18% de votes. Comment faire pour augmenter ce pourcentage ?”

Marine Le Pen :
“D’abord, nous avons un travail d’implantation locale à faire avec le Front National, et puis nous avons à multiplier les ouvertures sur le discours du Front National. Vous savez, pendant longtemps, le Front National a été cantonné par la presse et la classe politique uniquement au problématiques d’insécurité et au problématiques d’immigration. Or nous avons un programme bien plus large que celui-là. Et moi, mon rôle c‘était de donner une visibilité au programme économique et social du Front National, qui était, c’est vrai, mal connu, mais aussi à son programme écologique, et aussi à l’image que nous avons de l’Etat, du rôle qui doit être celui de l’Etat en France.”

euronews :
“Est-ce que la France est prête à avoir une Présidente ?”

Marine Le Pen :
“Ah oui, je crois que pour ça, il n’y a absolument aucun problème, et en réalité, si Ségolène Royal n’a été pas élue ça tient plus à sa personnalité qu’en l’occurrence au fait qu’elle était une femme.”

euronews :
“L’Europe ne vous intéresse pas trop, je vous cite…”

Marine Le Pen :
“Non, non, je n’ai jamais dit ça. Je n’ai jamais dit ça, au contraire. Elle a un intérêt parce que je la combat de toutes mes forces. En tout cas, l’Union Européenne, pas l’Europe. L’Europe, c’est une civilisation, c’est un territoire, je suis Européenne. Mais l’Union européenne est une structure que je considère comme totalitaire, c’est l’Union Soviétique européenne. Oui, plus elle avance, plus elle se construit sans le peuple et même contre le peuple, plus elle nous impose des directives. Nous ne voyons pas bien ce qu’elle nous apporte, il faut bien le dire, à part ruiner notre économie, nous contraindre sur le plan budgétaire, nous contraindre sur le plan monétaire et nous imposer un modèle de vie qui n’est pas le nôtre.”

euronews :
“Si vous êtes élue Présidente, vous allez faire sortir la France de l’Europe ?”

Marine Le Pen :
“Je crois que l’Union européenne est morte. Elle brille de la lumière d’une étoile morte, elle croit qu’elle est vivante mais elle est déjà morte, parce que la monnaie qu’elle a constitué et autour de la quelle elle s’est créée est elle-même morte. Aujourd’hui, on essaie de sauver l’euro à tout prix, mais à quel prix ? Je ne veux pas que mon peuple soit obligé comme les Irlandais de baisser de 12% le SMIC, de baisser les allocations familiales, de baisser les allocations pour le chômage, des baisser le traitement des fonctionnaires. Si c’est ça le prix qu’il faut payer pour sauver l’euro et bien je dis mieux veut sortir de l’Europe et mieux veut sortir de l’euro.”

euronews :
“Quel avenir voyez-vous alors pour l’Europe ?”

Marine Le Pen :
“Ah, je crois qu’il faut tout reconstruire. Je pense que l’Europe peut vivre si elle se constitue autour d’un concept d’Europe des Nations, qui respecte les souverainetés nationales, qui soit une Europe de coopération. C’est d’ailleurs, objectivement, la seule qui a apporté des bons résultats.”

euronews :
“Le 23 octobre dernier, à Vienne, plusieurs partis d’extrême-droite se sont réunis, parmi eux la Ligue du Nord, le FPÖ autrichien, et ils ont décidé de lancer une campagne pour promouvoir un référendum sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Vous n’y étiez pas. N’étiez-vous pas invitée ou avez-vous une position différente sur cette adhésion ?”

Marine Le Pen :
“Non, pas du tout. Vous savez, nous étions, nous, en pleine compétion interne au Front National, par conséquent nous attendions qui allait être élu président pour pouvoir prendre les contacts nécessaires. Moi, je crois qu’il faut que nous ayons des contacts entre nous avec un certain nombre de partis européens et je suis tout à fait prête à participer, à organiser en France ce référendum sur l’entrée de la Turquie. Je suis contre l’entrée de la Turquie.”

euronews :
“Les événements en Tunisie et en Egypte vous ont-ils surprise ?”

Marine Le Pen :
“Non, pas tellement, parce que je crois qu’en réalité, plus que de véritables révolutions démocratiques ce sont surtout des révolutions de la faim. Je pense que le système monétaire international et les mauvaise décisions prises par les organisme internationaux, type FMI et OMC, ont entrainé l’augmentation massive des prix des produits de première nécessité, notamment les produits alimentaires. J’ai deux inquiétudes : la première c’est qu’au bénéfice de ces révolutions, ces aspirations à la démocratie, que je soutiens, mais qu’au bénéfice de ces aspirations, ce soit des partis politiques de fondamentalistes musulmans qui prennent le pouvoir dans ces pays. C’est une inquiétude, le nier est à mon avis absurde, et la deuxième inquiétude ce sont des mouvements migratoires massifs.”

euronews :
“Malgré votre élection à la tête du FN, malgré les attentes qui reposent sur vous, vous restez la fille de Jean-Marie Le Pen. Votre père ne vous a jamais embarrassé ?”

Marine Le Pen :
“Vous savez, dans l’histoire d’un mouvement, il faut tout prendre, parce que c’est trop facile de ne prendre que le bon et puis de rejeter ce qui peut agacer ou des choses qui étaient moins performantes que d’autres. Moi je prends toute l’histoire de mon mouvement, je ne m’autorise pas – parce que je trouve que ce n’est pas honorable – à faire le tri entre ce qui était bien, ce qui était moins bien, et j’essaie de tirer aussi les leçons du passé et éventuellement d’ailleurs des erreur. Je tire l’expérience des belles choses et grandes choses que le Front National a réussi à faire. Un parti seul contre tous quand même, très peu financé par rapport aux autres, qui a combattu dans des conditions qui sont difficiles, mais je crois pouvoir dire aujourd’hui qui nous ne nous sommes jamais trompés.”