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Les spécificités de la révolte libyenne

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Les spécificités de la révolte libyenne

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C‘était il y a quelques jours : Mouammar Kadhafi au milieu de la foule sûr de lui et de ses soutiens à Tripoli. Les émeutes se concentraient alors à 1000 km de là, dans l’est du pays.

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Aujourd’hui, la révolte a atteint la capitale. Et le colonel semble plus que jamais fragilisé par la contestation populaire. Son fils a prévenu les manifestants : “La Libye, ce n’est ni l’Égypte, ni la Tunisie”.

Les Libyens réclament eux aussi plus de de démocratie dans un pays où les élections sont bannies. Mais pour Tom Porteous, porte-parole de Human Rights Watch, cette révolte populaire ne prend pas la même tournure que dans les autres pays du monde arabe : « En Tunisie, en Égypte et maintenant au Bahreïn, les autorités ont accepté de faire des compromis pendant les émeutes. Elles ont entamé le dialogue avec les manifestants et ont écouté leurs revendications. Ce qu’il se passe en Libye est radicalement différent. Le gouvernement n’a envoyé aucun signe à la rue. Il n’a fait que réprimer durement la protestation ».

Le bilan des victimes des émeutes est d’ailleurs bien plus important en Libye que dans les autres pays du Moyen-Orient. Alors comment expliquer une telle différence de violence?

Le rôle de l’armée, tout d’abord est essentiel. En Tunisie et en Egypte, l’armée a conservé une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir et a affiché une relative neutralité pendant les manifestations. L’armée na semble-t-il pas autant de poids en Libye. En outre, les forces de sécurité sont entièrement soumises au colonel Kadhafi.

Autre différence de taille : la situation économique du pays est moins tendue qu’en Égypte ou en Tunisie. La Libye a en effet un des niveaux de vie les plus élevés d’Afrique, grâce essentiellement au pétrole qui représente 90% de ses revenus. Fort de cette cagnotte pétrolière, Mouammar Kadhafi s’est assuré du soutien de nombreuses tribus, très influentes en Libye.

Dernier point : l’isolement de Tripoli sur la scène diplomatique, lié en grande partie à la personnalité même de Kadhafi qui fut un temps le paria de la communauté internationale. Les diplomaties occidentales ont aujourd’hui une influence mineure en Libye et donc moins de moyens de pressions sur le régime libyen.