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L'étau se resserre autour du régime libyen

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L'étau se resserre autour du régime libyen

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Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a assuré que son pays était “complètement calme” dimanche, alors qu’un “Conseil national indépendant” a été crée pour représenter les villes contrôlées par les contestataires, dont plusieurs villes de l’ouest.
A Washington, les Etats-Unis se sont déclarés “prêts” à fournir “toute aide” aux opposants tandis que Londres a demandé au leader libyen de s’en aller “maintenant”.

Dans une déclaration exclusive accordée par téléphone à la chaîne de télévision serbe Pink TV, le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, a affirmé que “la Libye est complètement calme”.

“Des gens ont été tués par des bandes terroristes qui appartiennent sans aucun doute à Al-Qaïda”, a-t-il tout juste reconnu au 13e jour d’une révolte sans précédent, précisant qu’un “petit groupe” d’opposants était actuellement “encerclé”.

Un peu plus tôt a été annoncée la création d’un “conseil national indépendant”, à Benghazi (est), deuxième ville du pays et fief de la contestation, chargé de représenter “toutes les villes libérées de Libye”.

Cet organe sera “le visage de la Libye pendant la période de transition”, a déclaré un porte-parole de ce Conseil, Abdelhafez Ghoqa.
“Les conseils de chaque ville fonctionnent et il est hors de question de diviser la Libye en nord, sud, ouest ou est, ou sur des bases tribales. Le Conseil est à Benghazi parce que c’est une ville libérée”, a ajouté M. Ghoqa.

“Le reste de la Libye sera libéré par le peuple libyen”, a-t-il ajouté, réaffirmant que Tripoli était la capitale de la Libye. “Nous comptons sur l’armée pour libérer Tripoli”.

Plusieurs villes de l’ouest sont “aux mains du peuple” depuis plusieurs jours et “préparent une marche pour libérer Tripoli”, a indiqué à Nalout (230 km à l’ouest de la capitale), un dignitaire membre du comité révolutionnaire de cette ville.

“La ville est libérée depuis le 19 février, elle est gérée depuis par un comité révolutionnaire du 17 février désigné par les communautés de la ville”, a déclaré à l’AFP Chaban Abu Sitta, un avocat de la ville, qui s’est placée “sous l’autorité du gouvernement intérimaire de Benghazi”.

A Zawiyah, à 60 km à l’ouest de la capitale, les autorités qui organisaient un voyage de presse pour des journalistes “invités” par le régime, ont eu la mauvaise surprise de voir des milliers de manifestants défiler, en scandant “à bas le régime, nous voulons la liberté”. Selon des témoins, les manifestants anti-Kadhafi semblaient contrôler la ville.

Entre-temps, les Etats-Unis se sont déclarés “prêts” à “toute aide” à l’opposition. “Nous sommes prêts à offrir toute forme d’aide que quiconque pourrait souhaiter de la part des Etats-Unis” aux opposants en Libye, a déclaré la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton.
A Londres, le chef du gouvernement britannique David Cameron a jugé qu’il “est temps pour le colonel Kadhafi de s’en aller, et de s’en aller maintenant”.

Le bilan des violences restait difficile à évaluer. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a parlé d’un millier de morts. A Benghazi seule, 256 personnes ont été tuées et 2.000 blessées, selon des médecins de cette ville cités dimanche par le Comité international de la Croix Rouge.

La Grande-Bretagne a décrété un gel des avoirs de la famille Kadhafi, évalués selon le journal The Telegraph à environ 20 milliards de livres (23,4 milliards d’euros).

Le Premier ministre canadien Stephen Harper a également annoncé dimanche le gel des avoirs de Kadhafi et de sa famille et l’a appelé à “mettre fin au bain de sang” et à démissionner.

A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une série de sanctions sévères contre le dirigeant libyen et ses proches.
La résolution est “sans valeur”, a réagi le colonel Kadhafi, balayant ainsi le gel des avoirs à l‘étranger, une interdiction de voyager et un embargo sur les ventes d’armes à la Libye.

A Tripoli, des foules faisaient la queue devant les banques pour retirer les 500 dinars (environ 400 dollars ou 300 euros) promis aux familles par le gouvernement. Cette mesure, annoncée vendredi, a été relayée par SMS dans les quartiers les plus fidèles au régime.
A l’aéroport de la capitale des foules énormes attendaient de pouvoir quitter le pays, a indiqué le directeur de l’aéroport Youssef al-Jarbi.
Seuls circulaient dans la ville les miliciens du colonel Kadhafi, à bord de 4X4. Des postes de contrôle ont été mis en place dans et autour de la capitale, où le pain et l’essence étaient rationnés, selon un habitant joint par téléphone.

“Il n’y a pas de tirs. Le moral est bon. Certains jeunes veulent organiser une manifestation (…) mais nous sommes contre, parce que s’il y a d’autres manifestations, Kadhafi continuera de nous tuer”, a-t-il assuré.

Dans le quartier de Tajoura, les opposants étaient invités à crier “Dieu est grand” sur les toits en signe de protestation contre le régime.
Face au chaos, les évacuations des ressortissants étrangers continuaient dans des conditions difficiles. Près de 100.000 personnes, majoritairement des travailleurs égyptiens et tunisiens, ont déjà quitté le pays via les frontières tunisienne et égyptienne.

“Plus de 51.000 personnes de différentes nationalités ont été rapatriées depuis le 21 février”, a d’autre part indiqué Youssef al-Jarbi, directeur de l’aéroport de Tripoli où des foules énormes attendaient de pouvoir quitter la Libye au milieu de tas de vêtements abandonnés sur place par des personnes parties sans leurs affaires.

AFP