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"A Tokyo, les Japonais continuent à aller au bureau"

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"A Tokyo, les Japonais continuent à aller au bureau"

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Julie est une jeune Française expatriée à Tokyo depuis 2008. Elle était dans un avion pour rentrer à Tokyo depuis Hong Kong quand le séisme a eu lieu vendredi… Elle témoigne pour euronews.

“Vendredi en fin de matinée, j’ai pris un vol à Hong Kong. Mais au bout de quarante minutes, ils nous ont annoncé que nous faisions demi-tour : ‘En raison d’un séisme, l’aéroport de Narita est fermé . Nous retournons à Hong Kong’. Pour que l’aéroport ferme, il fallait que cela soit grave ! Mercredi matin, il y avait déjà eu un séisme à Tokyo, de magnitude 7.2, mais il n’y avait pas eu de dégâts. J’avoue que j’étais assez inquiète pendant le reste de la journée de vendredi. Je n’avais pas beaucoup d’informations, j’ai eu quelques personnes au téléphone ou par mail mais à distance, on se sent impuissant.

Pendant le week-end, on voyait que cela s’organisait et j’étais un peu rassurée. Par contre ce matin, j’ai eu tous les Français que je connais à Tokyo au téléphone : tout le monde a fui ou s’organise pour partir rapidement, vers le sud du Japon ou à l’étranger. Les places d’avion et de train s’arrachent, ce qui crée quelques perturbations. Ce n’est pas vraiment rassurant.

Je n’ai pas trop conscience de ce qui se passe vraiment, mais après quelques appels au Japon, j’ai le sentiment que c’est un peu la panique avec ces histoires de répliques et de centrales nucléaires.

En fait, à part deux ou trois irréductibles, et des personnes qui travaillent à l’ambassade et participent à la cellule de crise, on dirait que quasiment aucun Français ne compte rester à Tokyo.

De mon côté, j’étais partie pour 48 heures à Hong Kong et ça fait maintenant cinq jours déjà que je suis ici. Aujourd’hui, je n’ai absolument aucune idée de quand ou comment je vais rentrer à Tokyo. J’ai de la chance d’être là mais c’est un peu bizarre comme sensation. J’avais un billet pour rentrer demain à Tokyo mais je l’ai annulé, je vais rester ici jusqu’à nouvel ordre. Mon entreprise, comme beaucoup d’entreprises étrangères, est fermée. Certains collègues ont été envoyés à Singapour. Mon patron est toujours sur place mais il va peut-être partir demain.

Par contre, les Japonais à Tokyo continuent à aller au bureau. Mon colocataire par exemple travaillait normalement ce matin. Je trouve ça fou. En plus il démissionne dans quinze jours ! Cela ne lui est même pas venu à l’esprit de quitter Tokyo. En plus, comme beaucoup de trains ne fonctionnent pas à cause des coupures d’électricité, il a dû aller travailler à vélo. Je le trouve assez fataliste, comme les autres Japonais avec qui je suis en contact. Il n’a pas l’air inquiet. En fait, ce sont même les Japonais de Tokyo qui me rassurent ! Finalement, ce qui les inquiète le plus est la nourriture. Chacun dit ‘avoir fait les courses’ ou ‘devoir acheter de la nourriture’. Par contre, ils n’ont pas peur des séismes et des répliques, ils ont l’habitude. Et le nucléaire, ils n’en parlent même pas. Alors que personnellement, je trouve ces incidents nucléaires tout à fait préoccupants. Le nucléaire c’est sérieux”.

> Au sud du Japon, la vie suit son cours. Témoignage d’une japonaise à Nagoya et Kobe