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"Le taux de radioactivité à Fukushima est 4 millions de fois supérieur à la normale"


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"Le taux de radioactivité à Fukushima est 4 millions de fois supérieur à la normale"

L’agence française de sûreté nucléaire a élevé ce mardi l’accident nucléaire au Japon au niveau 6 sur 7 de l’échelle de gravité internationale. Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, et directeur de laboratoire à la La Criirad (Commission de Recherche et d’information Indépendantes sur la Radioactivité), nous donne quelques points d’éclaircissement sur la situation et les dangers encourus par la population au Japon.

Quelle est la situation au Japon et quelles sont les zones concernées par une contamination radioactive ?

L’accident nucléaire au Japon et notamment dans la centrale de Fukushima, n’est pas encore terminé. Tout dépendra si les Japonais parviennent, ou non, à refroidir à temps les réacteurs nucléaires. On ne peut donc pas se prononcer dans l’immédiat sur les conséquences. Cependant, le taux de radioactivité dans l’air est actuellement de 400 millisieverts par heure, soit 4 millions de fois supérieur au niveau considéré comme naturel1. La zone d’évacuation ou de contre mesures (de confinement) a été étendue à un rayon de 3, 10, 20 puis 30 kilomètres autour de la centrale. Au Japon, les zones soumises à une contamination de l’air ambiant non négligeable s’étendent donc aujourd’hui à une centaine de kilomètres au Nord avec un niveau de radioactivité 50 fois supérieur à la normale. A 250 kilomètres au Sud de Fukushima, dans la région de Tokyo, la radioactivité est de 2 à 20 fois supérieure à la normale.
Ecoutez les détails sur la situation dans la centrale de Fukushima.

Peut-on faire des prévisions sur les différents scénarios possibles pour les jours à venir ?

Les différents scénarios qui se dessinent ne sont pas très optimistes. Dans le meilleur des cas, les qualités de refroidissement des quatre réacteurs seront maintenues et les dégâts limités. De plus, avec des conditions météorologiques favorables – s’il y a du vent par exemple – les masses d’air radioactives seront dispersées vers le Pacifique. Dans un scénario plus catastrophiste, la quantité de combustibles exposés à l’air libre va augmenter, avec des risques d’explosion d’hydrogène et des rejets radioactifs plus importants.

Quel est le danger actuel pour la population ?

Une très forte dose de radioactivité a un effet immédiat sur la santé des personnes. C’est déjà potentiellement le cas dans un rayon de quelques kilomètres autour de Fukushima. Si le taux de radiation persiste et que les populations continuent à y être exposées aux environs de la centrale, les conséquences peuvent en être mortelles. (…) Et même si les doses et l’exposition diminuent, les effets à long terme pourraient provoquer des pathologies comme des cancers, mais aussi des risques pour l’environnement dans un rayon d’une centaine de kilomètres.
Ecoutez les détails sur les effets possibles des radiations sur la population japonaise.

Et quelles seront les conséquences pour l’environnement ?

Les particules radioactives présentes dans l’air autour de la centrale vont se déposer au sol sous l’effet de la gravité. Cela entraînera forcément une contamination du sol, qui aura des conséquences environnementales plus ou moins graves en fonction de la composition des rejets. Mais il est encore trop tôt pour en avoir une idée précise.

Doit-on s’inquiéter d’une éventuelle contamination à l’étranger ?

Il y a de la radioactivité dans l’air, due aux rejets radioactifs. En fonction des vents, les nuages radioactifs peuvent se déplacer, être poussés sur des centaines ou même des milliers de kilomètres. Plus on sera loin de la source de radioactivité, plus la radioactivité de ces masses d’air va baisser parce qu’elles vont se diluer, ou parce que certains éléments radioactifs – mais pas tous – vont se désintégrer. Des territoires situés à des centaines ou des milliers de kilomètres vont peut-être constater, en fonction des conditions météorologiques, une augmentation de la radioactivité de leur air. Si les rejets se poursuivent, ils vont donc contribuer à alimenter l’atmosphère en air contaminé.

1 Le calcul se décompose comme suit :
1 Sv = 1000 mSv (millisieverts) = 1,000,000 μSv (microsieverts).
Taux normal de radioactivité dans l’air : 0.1 μSv / heure soit 0.0001 mSv.
400 mSv / heure ont été mesurés.
Donc le taux passe 0.1 μSv / h à 400 000 μSv / h ou 0.0001 mSv à 400 mSv. 400 / 0.0001 = 4 000 000

Propos recueillis par Isabelle Godard

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