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Boulet et la BD en ligne : preums !

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Boulet et la BD en ligne : preums !

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Boulet, auteur de bande dessinée comique râleur et rêveur onirique, flemmard invétéré et bosseur infatigable, tend aux internautes un miroir où ils adorent se mirer. Son blog, qu’il tient depuis 7 ans, est l’un des plus fréquentés de la sphère de la BD en ligne.

euronews l’a rencontré à l’occasion de sa seconde « expo-performance » à l’atelier-galerie Le Bocal à Lyon. Pendant cinq jours, Boulet a dessiné en public des souvenirs, tirés au sort, que les visiteurs avaient écrits sur des petits papiers. Les dessins réalisés étaient ensuite exposés au Bocal. Et le sont encore jusqu’au 17 avril, date à laquelle ils seront rendus au dessinateur.
A l’ouverture de la galerie, le matin du dernier jour, déjà douze personnes attendent de voir le maître à l’œuvre. Certains d’entre eux resteront toute la journée à regarder, discuter…

Bonus audio. Comment s’est passé le passage du web au livre et à l’initiative de qui ? La vôtre ? De l‘éditeur Delcourt (Collection Shampooing dirigée par Lewis Trondheim) ?

euronews :
Quelques minutes avant la fin du monde, le tome 5 de vos Notes initialement publiées sur un blog, vient de sortir en librairie. Pourquoi cette transposition en livre ?

Boulet :
Ce passage au papier est encore nécessaire. C’est le blog qui m’a fait connaître mais ce sont les albums tirés du blog qui me font vivre. Personnellement je vois un énorme avantage à cette transition : elle fait revenir un autre public vers le support bande dessinée. J’ai beaucoup de lecteurs qui entrent pour la première fois dans un magasin de BD à l’occasion de la sortie d’un album des Notes .

euronews :
Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Boulet :
Ce n’est pas le même acte de lecture. Selon moi, la bande dessinée, quoi qu’on en dise, reste un produit « de luxe ». Avoir la curiosité d’aller en librairie, de feuilleter des BD, ça n’est pas si grand public que ça. Par contre, sur internet, la dimension virale joue. Sur le blog, je pense que j’ai une bonne proportion d’informaticiens qui s’ennuient au boulot ou d’étudiants qui préfèrent sécher les cours. Si l’un d’entre eux aime une planche en ligne, il l’envoie à un copain, qui la renvoie à 12 qui la renvoient à 24… Et petit à petit, on touche un public énorme. Et ce lectorat n’est pas nécessairement un lectorat de livres.

euronews :
Vous avez participé au site Les autres gens qui propose de la bande dessinée en ligne par abonnement payant. Est-ce que cette formule fonctionne ou est-ce que le passage au papier est toujours incontournable pour faire vivre les auteurs ?

Boulet :
C’est tout le débat sur la bande dessinée numérique. Je trouvais très bonne la réflexion de Thomas Cadène, le créateur des Autres gens. Son idée était d’essayer un autre format qui permettrait à cette forme de bande dessinée d’être viable.
Mais beaucoup de lecteurs trouvent qu’il est scandaleux de faire payer de la bande dessinée en ligne, même à trois euros par mois. Psychologiquement, il y a une grosse barrière à franchir.
Les nouveaux supports comme les tablettes suscitent une forte attente de la profession. Comme il est devenu naturel d’acheter des applications pour ces supports, peut-être que ça paraîtra plus normal de payer un abonnement pour lire de la bande dessinée en ligne.


Boulet dessinant pendant son expo-performance au Bocal à Lyon, le 11 mars 2011

euronews :
Vous avez lancé votre blog en 2004. Le web a pris une dimension beaucoup plus sociale depuis. Est-ce que ces changements ont transformé votre manière de travailler ?

Boulet :
Oui bien sûr, mon blog a évolué en cours de route. En 2004, les blogs se trouvaient alors à mi-chemin entre le forum et le réseau social, avec un côté « je raconte ma vie ». Des petites communautés de gens qui écrivaient, de graphistes, de photographes se créaient à travers les blogs. Des amies dessinatrices de BD se sont lancées et j’ai suivi. Il y avait encore une dimension très intimiste. Sur les 500 lecteurs environ qui me lisaient à l’époque, je pense que j’en avais déjà croisés 150 en vrai. En revanche, lorsque le nombre de lecteurs a augmenté, je me suis tourné vers plus de fiction.

euronews :
Depuis quelques mois, vous utilisez Twitter et Facebook. Est-ce que ces réseaux sociaux enrichissent vos rapports avec votre public ?

Boulet :
Ca m’apporte beaucoup de photos de chatons oui ! Rires.
En fait, Twitter me permet de combler ma curiosité. Je l’utilise pour suivre l’actualité, des professionnels du dessin, des médecins, des avocats… Je ne pense pas que Twitter change grand-chose pour moi en termes de lectorat.
Facebook, je l’ai d’abord utilisé comme une sorte d’agenda en ligne. Mais c’était un peu ennuyeux donc j’ai entrepris d’y poster des vieux travaux qui n’ont jamais été publiés. Je partage aussi des photos prises par mes lecteurs qui montrent mes albums partout en France et dans le monde. Le rapport au lecteur est beaucoup plus récréatif. Pour moi en tout cas !
Enfin, ce sont des outils de rencontre, d’entraide qui permettent des choses assez incroyables, comme de réparer le blog piraté d’une amie en quelques heures seulement après avoir lancé un appel à l’aide sur Facebook. On avait réussi à obtenir le numéro direct de techniciens de la plateforme de blogs.

euronews :
On peut dire de vos deux expositions au Bocal à Lyon qu’elles sont “interactives”. Est-ce une déformation de bloggueur ou une simple idée scénographique ?


souvenir dessiné par Boulet pendant son expo-performance au Bocal à Lyon, en mars 2011

Boulet :
Un peu des deux. Comparativement au métier de dessinateur de bande dessinée, j’aime l’interaction directe avec les lecteurs que permet le blog. C’est beaucoup moins étouffant que de travailler tout seul chez soi et de ne pas savoir avant des mois ce que vaut son boulot, ni comment les gens le perçoivent.
Je me suis aussi posé la question de l’interaction avec le public pour les moments où l’on peut le rencontrer. Lors des expositions de BD, l’auteur et le commissaire de l’exposition choisissent quelques planches, les accrochent au mur puis attendent de voir si elles vont se vendre. Personnellement ça ne m’intéresse pas. Lors des dédicaces, je n’ai que trois minutes avec chaque lecteur, le temps de lui faire un petit dessin, et il doit déjà laisser sa place au prochain.
C’est très frustrant pour moi et pour eux. Ils m’ont souvent dit qu’ils préféreraient avoir plus de temps pour discuter quitte à ne pas avoir de dessin.
Donc pour ces deux expositions, j’ai voulu retrouver l’esprit interactif du blog, rendre la rencontre possible. A la fin de l’exposition en 2008 [lors de sa première expo-performance au Bocal], nous avions donné à chaque personne le dessin qu’elle avait inspiré. Cette année, nous ne donnerons pas les dessins et nous ne les mettrons pas en vente non plus mais les visiteurs participent car ce sont leurs souvenirs que je dessine. La personne tirée au sort me guide activement dans le dessin car je lui demande des détails au fur et à mesure que je dessine. Au final, ces images appartiennent un peu à tout le monde, plus seulement à moi.

Vincent Coste et Marie Jamet