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Libye : "Kadhafi essaye de jouer au plus malin..."


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Libye : "Kadhafi essaye de jouer au plus malin..."

euronews a interviewé Claude Moniquet du centre européen de recherche, d’analyse et de conseils en matière stratégique (Bruxelles)

François Chignac, senior reporter euronews :
Alors en fin connaisseur de géostratégie, on a envie de vous demander : avec ce cessez-le-feu, qui a piégé l’autre ? Est-ce le concert des nations qui s‘étaient réunis autour d’une résolution ? Ou est-ce Kadhafi et ses proches qui viennent de piéger ces différentes nations ?

Claude Moniquet :
Je crois qu’aujourd’hui ce qui se passe, c’est que Monsieur Kadhafi, comme il l’a déjà fait dans le passé à plusieurs reprises, essaye de jouer au plus malin. Il tente de piéger le communauté internationale. Cela va compliquer les choses très certainement. Entre autre pour la Ligue Arabe. Mais je ne pense pas que fondamentalement, cela va changer le cours de l’histoire.

A lire : La communauté internationale face à la révolte en Libye – CHRONOLOGIE

François Chignac :
On a néanmoins l’impression qu’il a toujours un coup d’avance.

Claude Moniquet :
Monsieur Kadhafi a une personnalité qui est extrêmement intéressante et qui est complexe. Lorsqu’on l‘écoute parler, quand on écoute ses discours, c’est un pas en avant, un pas en arrière. Il l’a pratiqué dans chacun de ses discours depuis le début de la crise. Je crois que l’on est une fois de plus dans la même pathologie. C’est quelqu’un de complexe, entouré de personnes qui sont complexes, avec des réseaux d’intérêts, que ce soit ses fils ou certains de ses conseillers comme Monsieur Moussa Koussa.

François Chignac :
Est-ce que cela met en exergue une division au sein du clan Kadhafi ?

Claude Moniquet :
Là, cela serait très probablement au niveau de ses fils. Ils sont en même temps ses fils, ses adjoints, ses conseillers. Mais ils sont rivaux entre eux. Ils ne s’aiment pas, ils se combattent.

Il est possible aussi que cela soit un calcul. Parce que Monsieur Kadhafi a gardé un très très mauvais souvenir des bombardements que les américains lui avaient fait subir dans les années 80 et il ne veut sûrement pas connaitre la même expérience. Il sait que le prix à payer sera très lourd.

François Chignac :
Est-ce qu’il y a une part de bluff chez lui ?

Claude Moniquet :
Je crois qu’effectivement il y a une intelligence chez cet homme qui fait qu’il est capable de manœuvrer. Maintenant, je crois qu’il est allé très loin dans cette crise, qu’il aura beaucoup de mal à rester au pouvoir, tout simplement.

François Chignac :
Mais cherche-t-il à aller vers une « Somalisation » du conflit, d’après vous ?

Claude Moniquet :
Je pense qu’il cherche à gagner du temps. Si pour gagner du temps, et peut-être beaucoup de temps, il faut passer par un pourrissement de la situation, par une « Somalisation » du conflit, à ce moment effectivement, il peut estimer qu’il a une carte à jouer. Peut-être quelques mois, quelques années à gagner.

François Chignac :
Donc en l’occurrence, dans les heures ou les jours à venir, quelle va être la position des nations qui se sont réunies autour de cette résolution ?

Claude Moniquet :
Je crois que si, à un moment donné, et cela peut se passer à n’importe quelle moment, on a une preuve qu’il n’y a pas de cessez-le-feu effectif, à ce moment là, il y aura une intervention. Donc, on peut très bien imaginer, qu’il y ait cessez-le-feu, et que malgré tout, on implémente la no fly zone (ndlr : zone d’exclusion aérienne).

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