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Trois eurodéputés pris au piège par de faux lobbyistes ; le Parlement enquête

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Trois eurodéputés pris au piège par de faux lobbyistes ; le Parlement enquête

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Le Parlement européen (PE) s’est retrouvé dimanche sous la menace d’un scandale de corruption touchant trois élus des deux principaux groupes politiques, dont l’un a déjà présenté sa démission, et l’institution a aussitôt ouvert une enquête.

Les eurodéputés ont été piégés par le journal dominical britannique The Sunday Times.

Ce dernier affirme que les trois élus, un Autrichien, un Roumain et un Slovène, tous également d’anciens ministres, se sont dits prêts devant des journalistes se présentant comme des lobbyistes à faire passer des amendements ciblés pour des sommes allant jusqu‘à 100.000 euros.

Premier à en faire les frais : le conservateur autrichien Ernst Strasser, ancien ministre de l’Intérieur, qui siégeait avec le groupe du Parti populaire européen (PPE, droite). Il a dû démissionner le jour même à la demande du leader de sa formation nationale, le Parti populaire autrichien (OVP), le vice-chancelier Josef Proell, qui a jugé “creuses” ses “justifications”.

Les deux autres députés visés sont un ancien vice-Premier ministre roumain, Adrian Severin, et un ancien ministre slovène des Affaires étrangères, Zoran Thaler, tous deux membres du groupe socialiste du PE.

“Les allégations du Sunday Times sont graves et le Parlement européen les prend au sérieux”, a déclaré à l’AFP le porte-parole du PE, Jaume Duch.

“Le Parlement vient d’ouvrir une enquête sur ces accusations pour que les faits soient pleinement établis”, a-t-il ajouté. “Les éléments en possession du Sunday Times sont en train d‘être transmis au Parlement pour être attentivement examinés”, a indiqué M. Duch.

Le président du groupe socialiste, l’Allemand Martin Schulz, a déclaré à l’AFP avoir demandé à rencontrer les deux élus “le plus tôt possible, afin d‘écouter ce qu’ils ont à dire” car “un article n’est pas un jugement de tribunal”.

“Nous tirerons ensuite les conséquences nécessaires et appropriées”, a-t-il expliqué. “Au cas où ces accusations seraient confirmées”, a averti M. Schulz, “ce serait à mes yeux moralement incompatible avec les règles de notre groupe, même si c‘était légal” et “je proposerais alors leur suspension”.

“On ne peut utiliser un mandat socialiste pour défendre des sociétés privées et leurs intérêts”, a-t-il souligné.

Selon le Sunday Times, Adrian Severin a envoyé un courriel aux journalistes faux lobbyistes, disant: “Juste pour faire savoir que l’amendement que vous souhaitiez a été déposé à temps”. Peu après, il a envoyé une facture de 12.000 euros pour “services de conseil”.

Zoran Thaler a lui aussi présenté un amendement, demandant par la suite que l’argent lui soit versé sur le compte d’une société à Londres.

Le troisième député, Ernst Strasser, a présenté un projet d’amendement via des collègues siégeant dans une commission et demandé un premier versement de 25.000 euros sur le compte d’une société qu’il détient en Autriche.

Après que le Sunday Times a dévoilé la véritable identité des faux lobbyistes, M. Severin a assuré n’avoir “rien fait d’illégal”.

“Je veux que le Parlement fasse une enquête interne pour clarifier que je n’ai commis aucune faute dans ce cas,” a-t-il déclaré dimanche, en réclamant que le président du Parlement prenne des mesures légales contre les journalistes qui se sont présentés sous une fausse identité.

MM. Strasser et Thaler ont assuré qu’ils savaient dès le début qu’il s’agissait de journalistes et qu’ils voulaient simplement savoir jusqu’où cela irait.

Dans le passé, le PE a souvent été épinglé pour des abus en matière de défraiement des députés ou de frais d’assistants parlementaires. Un audit interne en 2009 avait abouti à un resserrement des contrôles.

AFP