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L'expert Claude Moniquet: "une fenêtre d'opportunité pour l'Europe"

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L'expert Claude Moniquet: "une fenêtre d'opportunité pour l'Europe"

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La France et le royaume uni aux avant-postes de l’intervention militaire en Libye, avec les Etats-Unis. Sans la détermination des dirigeants français et britannique, celle ci aurait elle été lancée? Au troisième jour des frappes, l’usage exclusif de l’arme aérienne imposé par la résolution 1973 commence à montrer ses limites et la coalition anti khadafi se fissure, partagée sur l’objectif et le mode de commandement.

Euronews :

Claude Moniquet, vous êtes un expert des questions de stratégie et de sécurité, fondateur d’un institut bruxellois spécialisé dans la recherche géostratégique. Une question que l’on se pose depuis le début de l’intervention de la coalition en Libye, c’est : comment la Libye est-elle devenue une guerre franco-britannique? Pourquoi ces deux pays aux avant postes?

Claude Moniquet :

Oui c’est un peu délicat parce que c’est un mélange certainement de très bonnes intentions : venir en aide au peuple libyen qui subissait les bombardements et les attaques du régime de khadafi. C’est aussi clairement – c’est en tous cas ce qui se chuchote dans certains couloirs – des cadavres dans le placard qui sont un peu gênants, ou qui pourraient l‘être. On se rappelle que la France avait reçu en grande pompe Mouammar Khadafi il y a 2 ou 3 ans, d’ailleurs ce n’est pas le seul pays à l’avoir fait, soyons clairs. Il y a eu au début de cette année avec l‘épisode tunisien, l’assez pénible affaires des voyages du ministre des Affaires étrangères de l‘époque, mme Alliot- Marie en Tunisie, il y avait peut être donc une volonté de la France de faire oublier ce désordre. Et du côté britannique bien sur il y a eu la lamentable négociation il y a deux ans sur la libération du terroriste Ali Mohamed al-Megrahi, cet agent libyen qui avait été condamné à la prison à vie pour l’attentat de Lockerbie et qui a été libéré pour un cancer dont on n’est pas tout à fait sûr qu’il l’avait vraiment, et manifestement en tous cas pour des intérêts pétroliers britanniques.

Euronews :

Le fils de Khadafi déclarait la semaine dernière sur notre antenne avoir des preuves du financement par le régime de la campagne de Nicolas Sarkozy, des accusations très embarassantes. Cela a-t-il pu hâter l’interventionnisme français?

Claude Moniquet :

Non, je ne crois pas que Khadafi ait réellement financé cette campagne et on est quand même en face de quelqu’un qui depuis 20 ans, 30 ans est un menteur professionnel, je pense que son fils Saif Al Islam a appris à bonne école… Donc là je crois qu’on est vraiment, purement dans la propagande de guerre, visant à discréditer l’opération.

Euronews :

Vous pensez que c’est juste de la propagande, les preuves qu’il avance sont totalement fantaisistes selon vous?

Claude Moniquet :

On verra si ces preuves sortent un jour et on jugera sur pièce.

Euronews :

Alors y a-t-il selon vous d’autres intérêts en jeu concernant la France et la Grande-Bretagne?

Claude Moniquet :

Le principal intérêt, c’est de prendre une position politique dans le monde arabe au moment ou clairement depuis 3 mois ce monde est en ébullition. Là, je crois que c’est un intérêt politique, je pense noble, et qui explique qu’il était nécessaire d’y aller. La deuxième chose qui explique que ça a été une opération franco-anglaise, essentiellement, c’est que manifestement les Américains ne tenaient pas- à raison – à se mettre en première ligne. L’intervention américaine en Irak qui n’est pas terminée a laissé un très très mauvais souvenir aux Arabes, et une opération qui apparaîtrait être trop sous leadership américain serait de nature à poser beaucoup de problèmes.

Euronews :

Alors justement y a-t-il une volonté de la part de ces deux puissances européennes de rester dans l’histoire, de marquer un point de crédibilité sur la scène internationale et notamment face aux Etats-

Unis?

Claude Moniquet :

Il y a clairement une fenêtre d’opportunité pour l’Europe si elle veut exister ce qui est assez rare… Si elle veut exister au plan international et si il y a une région ou l’Europe peut prétendre exister, c’est évidemment l’Afrique du nord et l’Afrique. L’Afrique du nord et la Libye pour nous, c’est de l’autre côté de la rue, comme le Maroc, comme l’Algérie, comme la Tunisie, pour nous ce sont nos pays voisins, ce sont des pays avec lesquels on a une histoire commune, et ce sont des pays avec lesquels nous avons des rapports séculaires. Et je pense que c’est de bonne politique de montrer que nous nous intéressons à ces situations et que nous sommes aussi du côté des peuples.