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Gaz de schiste : de l’eau dans le gaz… ou le contraire ?

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Gaz de schiste : de l’eau dans le gaz… ou le contraire ?

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La technique de fracturation hydraulique utilisée pour l’extraction du gaz de schiste est saluée par ses partisans comme une solution « propre » qui pourrait aider à combler nos besoins en énergie. Ses détracteurs en revanche diront que c’est juste un autre moyen de spéculer au détriment de la santé et de la sécurité des populations. Et le manque de données disponibles ne permet pas d’en juger avec certitude.

Le fracking dans le collimateur des chercheurs

Cette technique d’extraction du gaz de schiste (fracking en anglais, ou fracturation hydraulique) a connu un essor considérable aux États-Unis ces dernières années et des forages d’essai sont réalisés dans plusieurs pays européens dont le Royaume-Uni et l’Allemagne. Le procédé consiste à forer, injecter de l’eau à haute pression, des adjuvants chimiques et du sable dans le sous-sol pour provoquer des micro-fissures dans la roche, afin de recueillir les gaz naturels qu’elle contient et qui sont ainsi libérés.

Une étude publiée lundi 9 mai aux États Unis suggère que ce procédé peut contaminer l’eau potable et provoquer un risque sanitaire : les caractéristiques du gaz de schiste sont proches de celles du méthane, et les fluides de fracturation peuvent contaminer les nappes phréatiques.

Selon une étude publiée cette semaine par des chercheurs de l’Université de Duke en Caroline du Nord, les taux de méthane relevés dans les eaux potables proches des sites de forage de l’immense gisement Marcellus Shale aux États Unis (gisement de Pennsylvanie, qui s’étend sur des millions d’hectares) atteignent 17 fois les niveaux relevés dans des sites plus éloignés.

Du gaz dans l’eau ou de l’eau dans le gaz ?

Le méthane n’est pas connu pour être toxique lorsqu’il est présent dans l’eau, mais il peut en revanche s’avérer mortel pour l’homme en provoquant l’asphyxie, et il est en outre hautement inflammable. Un exemple en est donné dans le documentaire « Gasland », nominé aux Oscars en 2010. Le propriétaire d’une maison située sur le Marcellus Shale field y allumait un feu à partir du gaz émanant… du robinet de son évier de cuisine. Et les lobbyistes de clamer que de tels incidents sont rares et anecdotiques…

Concernant les substances chimiques utilisées, aucune preuve scientifique n’existe quant à une éventuelle contamination de l’eau. Mais une étude publiée début mai 2011 et menée par des chercheurs français en toxicologie et chimie évoque la possibilité que le sulfure d’hydrogène généré par la fracturation hydraulique soit à l’origine des hécatombes d’oiseaux survenues soudainement et en masse cette année dans l’Arkansas : http://fr.euronews.net/2011/01/03/mysterieuse-pluie-d-oiseaux-morts-dans-l-arkansas/

Une régulation qui s’annonce laborieuse

Des considérations politiques risquent cependant de freiner les volontés de régulation du secteur : en Pennsylvanie par exemple, la seule exploitation du gaz de schiste a rapporté environ 400 millions de dollars de taxes et fourni 44 000 emplois en 2009, d’après une source officielle citée par Bloomberg. .

Les craintes des écologistes ont parfois réussi à mettre au point mort les tentatives d’implantation des industriels du secteur. Ainsi la France a imposé un moratoire (prolongé jusqu’en juin 2011) sur l’exploitation et les recherches de gaz de schiste, le temps d’établir un rapport sur la situation. La Pologne, en revanche, est un des pays qui souhaiteraient voir s’ouvrir le marché, ce qui résoudrait en grande partie sa dépendance énergétique à la production de charbon et à l’importation de gaz. De ce point de vue la relative « propreté » et la grande disponibilité de ressources du gaz de schiste a fait marquer à Varsovie son intention d’en faire sa priorité lors de la présidence polonaise de l’Union européenne qui débute en juillet. Citée dans un article publié sur euobserver.com , la Commission européenne exprime sa méfiance quant à « l’impact éventuel d’une future production européenne de gaz non conventionnels sur la production énergétique globale de l’Union européenne est difficile à évaluer ».

Les résultats scientifiques vont pour l’instant dans le sens des opposants au gaz de schiste et encouragent leurs efforts en renforçant leurs hypothèses. Mais dans un contexte politique défiant à l’égard des énergies renouvelables, gageons que les lobbyistes ont encore des cartes à abattre.