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L'école en zone de conflit

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L'école en zone de conflit

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Dans les zones de conflit, les enfants risquent leur vie en allant à l‘école. Des dizaines de millions d’enfants dans le monde ne sont pas scolarisés régulièrement à cause de la guerre. Mais leur volonté désespérée d‘échapper aux circonstances le temps d’un cours, poussent certains à tenter le tout pour le tout. Jawad, un étudiant afghan, est de ceux-là.

Afghanistan : rester neutre

La province de Logar, à une heure de Kaboul, la capitale afghane. Un no man’s land qui échappe au contrôle des forces afghanes et des rebelles Talibans.

Jawad, 20 ans, veut devenir médecin ou ingénieur. Il est inscrit à l‘école pour garçons Omar Farouk à Pul-e-Alam, chef-lieu de la province. Le prix de sa tranquilité, il le sait, est de ne pas choisir de camp. rester neutre.

2700 élèves viennent ici chaque jour. Abdul Hanan, le principal de l‘école, enseigne depuis 30 ans. Assurer la sécurité et l‘éducation de ses étudiants constituent son seul crédo.

A midi, la journée d‘école prend fin pour Jawad. Il part travailler dans l‘épicerie de son père, 100 mètres plus loin. Avec un salaire moyen de 34 euros par mois, il fait de l‘éducation de ses enfants une priorité.

Jawad a trois frères et trois soeurs. Tous ont le feu vert de leurs parents pour aller à l‘école mais seulement dans les établissements à proximité de leur maison. En province, la situation est plus précaire qu‘à Kaboul. Trois jours plus tôt, le directeur d’une petite école a été abattu par balles. Dans les régions instables, chaque camp essaie de faire pression sur les enseignants.

Rester neutre n’est pas le seul défi. Dans les zones de conflit, les enfants sont aussi victimes des combats. L’an dernier plus des 3/4 des écoles sont restées fermées dans le sud de l’Afghanistan.

L’Afghanistan compte 21 millions d’habitants. D’après l’UNESCO, le taux d’analphabétisme est de 63,7%. 11 millions d’Afghans ne savent pas lire.

Rencontre avec Tove Wang, directrice de Save the Children

L‘éducation fait bien souvent les frais de la guerre. Paradoxalement, elle est justement la clé pour résoudre les causes profondes d’un conflit. C’est l’idée que veut promouvoir l’ONG “Save the children” avec son initiative : “réécrivons l’avenir”.

Depuis 2005, cette initiative a permis d’améliorer la scolarité de 10 millions d’enfants en zone de conflit. Rencontre, en Norvège avec Tove Wang, directrice de ce programme.

“Aujourd’hui 28 millions d’enfants vivant dans des zones de conflit, ne sont pas scolarisés.

Et pour moi, c’est une injustice à plusieurs niveaux. Ils font l’expérience de la violence, ils subissent des traumastimes, ils n’ont pas d’accès aux services de santé et ils ne peuvent pas aller à l‘école.

De nos jours, les conflits durent des années voire des décennies. Donc les enfants sont déscolarisés sur de longues périodes.

Donc il est important de maintenir un enseignement même en temps de guerre.

Et si l’enseignement est délivré dans une enceinte protégée en zone de conflit, cela les protège aussi de la violence et des agressions sexuelles.

Save the children travaille depuis cinq ans dans vingt pays affectés par la guerre.

Il faut investir – pas forcément dans de beaux bâtiments très cher – mais dans les enseignants. Il faut les rémunérer et travailler étroitement avec les communautés locales pour leur permettre de s’impliquer et de s’approprier l‘école et l‘éducation.

Nous devons imaginer de nouvelles approches de l’enseignement. Nous avons un bon exemple en Afghanistan. Le curriculum y est condensé, c’est de l’apprentissage intensif. Et il faut repérer dans ce programme ce qui est vraiment pertinent pour les filles par exemple. Vous pouvez avoir un élève de 18 ans qui n’est jamais allé à l‘école et il faut commencer de zéro. Il faut que ce soit possible.

Si elle est correctement dispensée, l‘éducation est un préalable à la démocratie. Et elle peut devenir un outil de résolution des conflits. Et le seul fait d’avoir accès à l‘éducation va réduire les tensions.”

Colombie : apprendre entre deux fusillades

Medellin, en Colombie, a longtemps été l‘épicentre du trafic mondial de cocaïne. Un des lieux les plus dangereux de la planète. Les civils se retouvent au milieu de la guerre que le gouvernement livre aux cartels de la drogue. Des enseignants ont voulu protéger les enfants de la violence et leur ouvrir une porte de sortie.

Au centre de Medellin, 63% des enfants ne sont pas scolarisés. Aller à l‘école est trop dangereux. Les riverains ne sont jamais à l’abri des règlements de comptes entre narcotrafiquants. Depuis 2008 un projet promu par Save the children et baptisé “Grandissons avec des droits” a été mis en place dans plusieurs quartiers de la ville. Son but : minimiser les risques pour les élèves de 7 à 18 ans.

Les “combos” ou bandes de narcotrafiquants sont toutes puissantes dans les secteurs qu’elles contrôlent. Passer d’un quartier à un autre peut être très dangereux. Les adolescents de 13 à 16 ans sont les plus touchés par la déscolarisation. Pour les faire revenir dans le système, le projet table sur des méthodes souples, en insistant sur les arts.

En trois ans, 70% des 750 étudiants qui ont bénéficié du programme, vont toujours à l‘école ou ont décroché leur baccalauréat.