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L'Italie dans la ligne de mire

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L'Italie dans la ligne de mire

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Depuis peu, un nouvel acteur a pris place dans la crise de la dette de l’euro : l’Italie. Le pays est soudainement apparu sur les écrans radar du marché obligataire. Mais pour de nombreux experts, cela n’a rien d’une surprise, au regard de la dette chronique de l’Italie. Actuellement, elle s‘élève à 1840 milliards d’euros.

Ce qui est surprenant, cependant, a été la réaction rapide du gouvernement italien qui a lancé un programme d’austérité difficile, salué d’ailleurs par Angela Merkel. La fièvre sur les marchés obligataires est également retombée. Mais le problème est encore loin d‘être terminé. La semaine prochaine, l’Italie aura besoin de lever 10 milliards d’euros sur le marché obligataire. Si les rendements augmentent trop, alors les dirigeants de la zone euro devront serrer les rangs.

Les marchés obligataires ne pardonneront rien au gouvernement italien

 
 
Le gouvernement italien n’a pas le droit à l’erreur. Les marchés financiers guettent en effet la moindre faille qui pourraient leur permettre de parier sur le point faible de l’Italie à savoir sa dette colossale. Car si l’Italie est prise dans le tourbillon de la dette, l’Europe et l’euro le seront aussi et le rêve européen ne s’en relèvera pas. 

Le programme d’austérité de 48 milliards d’euros  décidé par le gouvernement a été promptement voté au parlement et cette rapidité à répondre à l’urgence a calmé momentanément les marchés obligataires. Mais ce plan d’austérité est largement critiqué en Italie.

“Il faut un regain de confiance, d’actes concrets et de certitudes pour les citoyens, affirme Carlo Sangalli, le président de la Confédération italienne du Commerce. Il faut que la politique, le parlement et le gouvernement mettent en place des mesures efficaces pour relancer l‘économie”.

Avec le plan d’austérité adopté, certains craignent que la croissance italienne ne soit menacée. alors que son rythme est prévu à 1,1% par le gouvernement Berlusconi pour 2011 et 1,3% en 2012.

Restent deux chiffres sur lesquels les investisseurs sont dubitatifs : ils concernent tous les deux la dette italienne qui de 120% du Produit intérieur brut en 2011 faiblira à peine en 2012 à 119,4% du PIB. Et la charge de cette dette, déjà difficile à assurer pour le gouvernement pourrait l‘être encore plus si les taux de rendement des obligations du Trésor public devaient se tendre encore plus.
 
“Maintenant nous sommes à un point oú la contagion dans la zone euro est très aigüe et les marchés sont focalisés sur ce qui se passe en Italie particulièrement, explique Paul Mackel responsable stratégie sur les devises chez HSBC, et c’est la raison pour laquelle l’euro était sous pression récemment”.

L’Italie reste dans le collimateur des opérateurs du marché de la dette qui mettent toujours le doigt sur ce qui fait mal. Ceci dit, le plan de rigueur ne produira pas ses effets tout de suite et l’Italie a besoin de temps pour montrer un comportement vertueux. Mais la zone euro dans son ensemble doit aussi trouver les instruments qui garantiront que la situation des pays dits “faibles”, les “périphériques”, peut être améliorée.     
 
 

Claudio Rosmino, euronews :

“Tentons maintenant d’analyser la crise qui affecte l‘économie italienne avec le professeur Alberto Alesìna de l’université Harvard, de Boston aux Etats-Unis. Vous avez récemment déclaré que l’Italie est un pays trop important pour se retrouver en faillite, mais aussi trop important pour être sauvé. Et que si l’Italie ne sortait pas de la crise, l’euro se retrouverait dans une situation bien difficile. Y a-t-il un risque de défaut ?”

Alberto Alesìna, professeur à l’université Harvard :

“Non, je ne crois pas qu’il existe un risque immédiat, certainement pas. Mais je pense que l‘économie italienne a vraiment besoin d’une importante vague de réformes pour recommencer à se développer. Si ce n’est pas le cas, nous allons traîner cette dette pendant des années et nous risquons de nous empêtrer dans cette crise et en affronter une nouvelle dans les prochains mois ou prochaines années.

euronews :

“Que pensez-vous de la loi de financement

adoptée récemment par le gouvernement Berlusconi : suffira-t-elle à faire redémarrer le pays, compte tenu de son endettement élevé ?”

Alberto Alesìna :

“Pour relancer le pays, ce n’est certainement pas suffisant, car elle comprend peu de choses liées aux réformes structurelles qui facilitent la croissance. En ce qui concerne le budget, le principal problème est que ce plan est trop orienté vers le futur, vers 2013/2014, et c’est un problème car c’est un signal qui risque de retarder les marchés. Par ailleurs, en 2013, il y aura des élections générales en Italie, avec un résultat très incertain. Personne ne sait qui va gagner cette élection, on ignore donc comment le prochain gouvernement mettra en oeuvre ce plan, qui pourrait être politiquement différent de l’actuel. Le troisième point délicat est qu’il est déséquilibré : plus d’impôts et pas suffisamment de réduction des coûts.”

euronews :

“Au lendemain du lundi noir à la Bourse de Milan, les marchés ont montré des signes de légère reprise. Pensez-vous qu’ils aient mal réagi au plan d’austérité du ministre Tremonti ou la réaction était-elle, disons, “physiologique” ?”

Alberto Alesìna :

“L’incertitude est si forte ces jours-ci qu’il est très difficile de dire ce que les marchés veulent faire ou dire. Je crois qu’ils n‘étaient pas enthousiasmés par le plan budgétaire pour les raisons que j’ai mentionnées plus tôt. L’obsession sur les spéculateurs et les agences de notation révèle souvent les problèmes structurels de différents pays. Pour vous donner un exemple : les spéculateurs ne semblent pas vouloir s’en prendre aux marché allemand, mais se concentrent plutôt sur d’autres pays avec des problèmes plus sérieux.

euronews :

“Quels sont les effets de la crise en Italie, en comparaison à d’autres pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal ?”

Alberto Alesìna :

“L’Italie souffre de problèmes de différents types que l’Espagne, l’Irlande et la Grèce : une économie stagnante qui n‘évolue pas depuis 15 ans, une dette publique qui était déjà très élevée avant la crise et qui a augmenté avec la crise. Ce n’est pas du tout une économie en croissance.”