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Crise de la dette : pas de répit pour Lisbonne

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Crise de la dette : pas de répit pour Lisbonne

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Bienvenue dans close-up Europe. La crise a mis les Portugais à rude épreuve ce mois-ci. Tout d’abord, quand l’agence de notation Moody a abaissé de 4 crans la note souveraine du Portugal, désormais en catégorie spéculative dite “junk” (ndlr : déchets). Et puis quand le gouvernement a découvert qu’il fallait ajouter 2 milliards d’euros au déficit budgétaire.

En conséquence, les Portugais vont devoir se serrer encore un peu plus la ceinture. De plus, le pays fait face à une éprouvante récession. Selon la banque centrale de Lisbonne, l‘économie se contractera cette année et l’année prochaine en raison des diverses mesures d’austérité. La consommation des particuliers devrait être la première à en pâtir.

78 milliards d’euros de prêt ont été accordés à Lisbonne par l’Union européenne et le FMI en mai dernier. L’espoir des Portugais est surtout que cette somme soit suffisante.

Le zèle en guise d’austérité

Symbole de la cure d’austérité initiée par le nouveau gouvernement portugais, la mise en place dès 2011 d’un impôt exceptionnel équivalent à la moitié d’un salaire mensuel. Une mesure vivement contestée dans les rues. Mais avec 1 millard d’euros ainsi récoltés dans les caisses de l‘état, Lisbonne, quitte à faire du zèle, donne des gages de bonne volonté pour le renflouement des 78 milliards accordés en mai par le FMI et l’UE.

Car face à une dette publique abyssale qui représentait 93% du PIB en 2010, il y a urgence. Laquelle dette devrait même dépasser les 100% du PIB cette année, et continuer à progresser au moins jusqu’en 2012.

A peine élu, le tout nouveau premier ministre Pedro Passos Coelho a donc tenu à adresser ce message fort : le Portugal ne sera pas la Grèce.

“Nous ne relâcherons pas nos efforts tant que nous ne pourrons pas restaurer la confiance. Je peux vous assurer que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, avec la Commission Européenne, la BCE et le FMI, pour que le programme d’austerité soit couronné de succés”.

Après trois cures d’austerité initiées par les socialistes, le nouveau gouvernemment de centre-droit s’attaque à des reformes difficiles sur le plan fiscal : réduction des dépenses de l‘état et privatisations, conditions préalables au plan de sauvetage.

Des mesures qui ont aussi un coût sur le plan social : cette année le chômage a flirté avec les 12,5%, il devrait dépasser les 13% en 2012. Quant au nombre de bénéficiaires du salaire mininum fixé à 485 euros, il est passé du simple au double en à peine six ans.

Mais le principal défi reste la croissance économique. Stagnante depuis 2005, elle pourrait même devenir négative dans les prochaines années. Une situation aggravée par la décision de l’agence de notation Moody’s d’abaisser de 4 crans la note souveraine du Portugal, qui se retrouve donc désormais en catégorie spéculative, dite “junk”, pourriture en français.

Très inspirés, des Portugais ont donc eu la brillante idée de retourner le compliment à l’agence de notations américaine, en expédiant par la poste des déchets récoltés dans les rues de Lisbonne.

Álvaro Almeida : “Je pense que le gouvernement est sur ​​la bonne voie”

Filipa Soares, euronews :

“Alvaro Almeida, professeur à la Faculté d‘économie de Porto et ancien économiste du FMI, est avec nous. Professeur, le Portugal et Bruxelles ont critiqué la décision de l’agence de notation Moody’s d’abaisser la note souveraine du Portugal au niveau “junk”. Qu’est-ce qui explique cette indignation ?”

Álvaro Almeida, professeur à la faculté d‘économie de Porto :

“Je pense que la réaction est un peu exagérée, car ce que dit Moody’s, avec cette notation, c’est qu’il y a une probabilité non négligeable qu’un défaut partiel peut arriver au gouvernement portugais, concernant sa dette. C’est, à mon avis, une réalité. C’est en tous cas une possibilité tant que les créanciers privés restent nécessaires pour participer au financement des pays de la zone euro qui ont bénéficié de sauvetages. Si cela arrive, ces créanciers subiront une perte, et il y aura donc un défaut partiel.”

euronews :

“En prenant simplement en compte la croissance habituelle du Portugal, pensez-vous que le pays pourra s’acquitter des taux d’intérêt du prêt de l’UE et du FMI ?”

Álvaro Almeida :

“C’est l’un des risques et c’est pourquoi la probabilité de ne pas disposer de cet argent existe. En effet, au cours de la dernière décennie, le Portugal a connu une croissance très lente, l’une des plus lentes du monde. Cela signifie que ce type de croissance ne génère pas beaucoup de ressources pour payer la dette. Si la dette augmente et les ressources nécessaires pour payer la dette ne se développent pas, la probabilité de ne pas pouvoir payer est réelle. Cela ne veut pas dire que cette piste est la plus probable, mais c’est une possibilité que nous ne pouvons pas négliger.”

euronews :

“Vous qui avez participé à la négociation des programmes d’aide du FMI au Mexique, en Arménie et au Vénézuela, comment évaluez-vous celui du Portugal ? Vous semble-t-il suffisant ou le Portugal aura-t-il bientôt besoin de plus, à l’image de la Grèce ?”

Álvaro Almeida :

“Si le programme est mis en œuvre comme il a été conçu, je pense que cela suffira. Mais celui qui concerne le Portugal a une différence en comparaison à d’autres programmes du FMI : c’est un programme très exigeant, surtout au cours des six premiers mois, qui correspondent au second semestre de 2011. Durant cette période, il y a un grand nombre de mesures à mettre en œuvre et si l’on prend en compte le fait que ce gouvernement vient tout juste d’arriver, il sera peut-être difficile de mettre en œuvre ces mesures dans un laps de temps aussi court. C’est bien là que réside le risque le plus important, à mon avis. Mais si ces mesures sont mises en œuvre, si le programme est bien appliqué, je pense qu’il sera couronné de succès.”

euronews :

Si on se réfère aux mesures prises jusqu‘à présent, pensez-vous que le nouveau gouvernement est sur ​​la bonne voie ?

Álvaro Almeida :

“Je pense que le gouvernement est en effet sur ​​la bonne voie, parce que tout ce qui a été entrepris jusqu‘à présent va dans le sens du programme. Il y a même des mesures qui vont au-delà, comme l’impôt exceptionnel sur ​​le revenu des particuliers, qui devrait accroître les recettes de l’Etat à un niveau qui n‘était pas prévu. Donc, le gouvernement prend des mesures de restriction budgétaire qui sont dans la ligne du programme et même au-delà ce qui s’y trouve. Mais il est trop tôt pour en dire plus. Le gouvernement a moins d’un mois d’existence et il est donc trop tôt pour évaluer si le programme sera ou non bien mis en œuvre.”