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Plan de sauvetage de la Grèce : qui sont les gagnants et les perdants ?

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Plan de sauvetage de la Grèce : qui sont les gagnants et les perdants ?

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Venu au sommet en bras de chemise, Georges Papandréou aura franchi là la dernière ligne de son marathon. Le Premier ministre rentre au pays avec un plan qui allègera le fardeau des Grecs, même s’ils devront encore consentir bien des sacrifices. Angela Merkel, quant à elle, devient l’héroïne du jour. Elle a accepté le plan sans renoncer à son exigence première :

“ Pour le gouvernement allemand, il a toujours été très important que les investisseurs privés contribuent à l’effort pour stabiliser la Grèce de manière substantielle et quantifiable “ , a-t-elle déclaré à l’issue du sommet des dirigeants de la zone euro.

Jusque-là inflexible, la chancelière sort grandie de son revirement et fait passer la pilule auprès de son opinion publique en mettant en avant la contribution du privé. Côté français, le Président se félicite de ce début de gouvernance à 17.

“ D’abord, nous nous sommes engagés, au fond, à créer l’amorce d’un fonds monétaire européen. Le FESF, ce mécanisme européen, pourra intervenir de manière préventive pour soutenir un état en cas de difficulté transitoire “ , a déclaré Nicolas Sarkozy.

Si l’axe franco-allemand crie victoire, le président de la Banque centrale européenne serre les dents. Jean-Claude Trichet aura ferraillé jusqu’au bout pour éviter l’insolvabilité, même partielle, de la Grèce. En vain.

“ Ce qui est important de notre point de vue, c’est la reconnaissance que la Grèce représente une situation absolument exceptionnelle, et que pour cette raison, cela requiert une solution exceptionnelle et unique. “

Les autres maillons faibles de la zone euro devront attendre de voir. Pour l‘économiste André Sapir, les dirigeants européens ont eu le mérite de se rendre à l‘évidence :

“ On ne peut pas dire que le risque de contagion a été évité, et les politiques l’ont accepté. Donc, ils n’ont pas prétendu qu’ayant résolu la crise grecque, il n’y a plus aucun risque. Au contraire, ils ont accepté que le risque de contagion, il est réel. “

La journaliste Carina Branco a interviewé l‘économiste Maria João Rodrigues. Voici la retranscription de leur entretien.

euronews : “ Pour décrypter les conclusions de ce sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, nous avons avec nous Maria Joao Rodrigues, conseillère auprès des institutions européennes, professeur à l’Université libre de Bruxelles et ancienne ministre de l’Emploi au Portugal. Pour commencer, quelle est votre évaluation de l’accord conclu au sommet des dirigeants de la zone euro ? “

Maria João Rodrigues : “ Je pense que c’est un accord important. Ce sommet est la réponse à un défi majeur pour l’Europe, qui est la maîtrise de la crise qui affecte la zone euro. Il fallait présenter un paquet de mesures plus crédible pour la Grèce, il fallait stopper la contagion aux autres pays. “

euronews : “ Et comment est-ce que cet accord va éviter la contagion aux autres pays de la zone euro ? “

Maria João Rodrigues : “ Il y a eu une décision importante en ce qui concerne le Fonds de stabilité financière, car il va pouvoir apporter son soutien avec des taux d’intérêts plus bas et des maturités plus longues. Mais ce fonds européen va aussi pouvoir agir avec d’autres instruments, ouvrir des lignes de crédit pour les pays qui ne sont pas sous programme d’assistance et également intervenir sur le marché obligataire secondaire. Je considère que c’est probablement la mesure la plus importante. “

euronews : “ Doter le Fonds européen de stabilité financière de la capacité d’acheter des obligations grecques sur le marché secondaire, est-ce un premier pas vers des eurobonds ? “

Maria João Rodrigues : “ C’est possible. Il est trop tôt pour en dire plus, mais c’est une approche dans cette direction dans la mesure où ce fonds européen a déjà la capacité aujourd’hui d‘émettre des obligations européennes. Et en échangeant contre des obligations nationales, il va commencer à diffuser davantage d’obligations européennes, ce qui est un grand pas dans cette direction. “

euronews : “ Et comment est-ce que cela peut aider concrètement la Grèce, le Portugal et l’Irlande ? “

Maria João Rodrigues : “ Cela facilite le paiement de la dette. Ce sont des pays qui ont de lourdes dettes, et en bénéficiant d’instruments de ce type, ils vont payer des taux d’intérêts plus bas. “

euronews : “Est-ce que la participation du secteur privé au plan de sauvetage de la Grèce peut conduire à un défaut de paiement grec ? “

Maria João Rodrigues : “ Il y aura naturellement des discussions sur ce point, mais il faut préciser que ce qui a été décidé, c’est une implication des investisseurs privés sur la base du volontariat. Ils auront plusieurs options et pourront choisir. Je dois ajouter que le cas grec est présenté comme un cas exceptionnel qui ne peut d’aucune manière se répéter pour d’autres cas de la zone euro. Tous les Etats membres se sont engagés à payer intégralement leur dette. “

euronews : “ Quelles seraient les conséquences pour l‘économie grecque si ce scénario d’un défaut se confirmait ? “

Maria João Rodrigues : “ Il y aurait là le risque d’un effet domino, parce que le défaut du gouvernement grec entrainerait un défaut des banques grecques et cela passerait des banques grecques à d’autres banques européennes. Par conséquent, il y aurait un risque majeur de propagation de la crise à la zone euro. “

euronews : “ Pensez-vous que cet accord va mettre un terme à la crise dans la zone euro ? “

Maria João Rodrigues : “Après une série de sommets qui se sont succédés au cours de l’année écoulée pour répondre à la crise de l’euro, je pense que celui-ci a réussi à mettre sur la table un paquet de réformes plus consistantes. Et je pense que ce sommet a constitué un vrai tournant dans cette perspective. “