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Moubarak : grandeur et décadence

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Moubarak : grandeur et décadence

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Un vendeur ambulant qui s’immole par le feu en décembre en Tunisie, une jeunesse diplômée sans emploi, une classe politique taxée de corrompue : prémisses du printemps arabe.

En janvier, l’inamovible président Ben Ali est chassé du pouvoir.

Le grain de la révolte est semé.

Mais personne ne se doute qu’il germera jusqu’en Egypte.

Pourtant la colère des populations couve aussi au Caire. Depuis plusieurs mois.

Fin 2010, le Parti National Démocrate, au pouvoir, remporte les élections législatives avec une écrasante majorité. L’opposition dénonce des fraudes massives.

A partir de janvier, les Égyptiens descendent dans la rue pour demander la démission du Raïs et de son régime autocratique. Trois semaines de mobilisation, et puis un discours de Moubarak qui s’chève par ces mots :

“que dieu bénisse l’Egypte et prenne soin de son peuple. Que la paix soit avec vous.”

Les mots de la fin, qui résonneront longtemps. C’est la dernière apparition publique de Moubarak. Le lendemain, le 11 février, il est déchu du pouvoir. C’est la fin d’un règne de 30 ans… Et le début d’une procédure judiciaire.

“Nous jugeons un ancien président, issu d’un des plus grands pays arabes. Pour la première fois dans le monde arabe, un ex-dirigeant fait face les accusations dans un prétoire.”, analyse le Dr. Ramadan Batikh, Professeur de droit à l’université Ain Shams du Caire.

Et ce n’est pas n’importe quel dirigeant. Le président égyptien a été un pharaon courtisé durant 30 ans par les occidentaux.

1973 : la Guerre du Kippour contre Israël propulse Hosni Moubarak, alors commandant en chef des forces aériennes, sur le devant de la scène nationale. Deux ans plus tard il est promu vice-président de l’Égypte. En 81, après l’assassinat du Président Sadate, il prend les rennes du pays. Hosni Moubarak,alors peu charismatique, sera réélu en 87, 93 et 99 et 2005 avec des scores supérieurs à 90%.

Dans la lignée de Sadate, le Raïs s’implique personnellement dans les négociations entre Israéliens et Palestiniens, devenant un acteur-clé au Proche-Orient, un leader incontournable pour les occidentaux.

Allié indéfectible de Washington, sa réputation de modéré joue en sa faveur.

En 2009, Barack Obama choisit le Caire comme tribune, pour son discours au monde arabe.

En échange de milliards de dollars, le Raïs a toujours maintenu l’ouverture du canal de Suez, garanti la paix avec Israël et contenu les islamistes, sans toutefois parvenir à enrayer la montée du mouvement conservateurs des Frères Musulmans.

Puissant et riche, Hosni Moubarak. L’un des plus riches du monde, dit-on. Une fortune estimée entre 40 et 70 milliards de dollars, qu’il aurait bâtie sur la corruption. De cela aussi, il doit répondre devant la justice.