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Mimouna est somalienne. A presque 70 ans, elle a fui sa terre pour rejoindre le plus grand camp de réfugiés au monde, à Dadaab, au Kenya. Elle a fui la famine et la guerre civile. L’aide humanitaire ne parvenait plus jusque chez elle. Elle n’avait pas d’autre choix. Avec sa belle-fille et sa fille, leurs enfants, elle est partie sur les routes pour rejoindre les 400 000 réfugiés qui vivent dans les camps de tentes de l’UNHCR.

“Notre famille a toujours vécu de la ferme et des bêtes, mais toutes sont mortes. Il y a une bonne partie de la famille qui a fui à l’intérieur du pays, les hommes surtout, parce qu’ils peuvent se déplacer plus facilement. J’ai une belle-fille qui a perdu son bébé en cours de route. Elle était en train d’accoucher dans le véhicule et le bébé n’a pas survécu. Elle est ici au camp, une autre de mes filles aussi. Voilà ce qu’il reste de ma famille. La moitié n’a pas survécu”, raconte Mimouna.

Avant de pouvoir s’installer, Mimouna a dû se présenter à l’un des trois guichets d’inscription du camp de Dadaab. Elle y a laissé ses empreintes digitales, et a pu récupérer des cartes de rationnement qui lui permettent de manger un plat chaud par jour. L’UNHCR lui a attribué une tente et elle a construit une cahute à côté pour y dormir. Elle s’y sent mieux.

Le voyage de Mimouna a duré 45 jours et 45 nuits.

“La route pour arriver jusque-là n’a pas été simple, vraiment dure. On a commencé notre trajet en voiture, mais au milieu du voyage, on est tombé dans une embuscade. Ils ont pris tout ce qu’on avait, tout. On a dû dormir dehors sur la route. Ma belle-fille et moi on a fini par se perdre de vue. Avec d’autres, on a continué notre chemin et finalement, on a retrouvé ma belle-fille près de la frontière du Kenya, et ils l’ont emmenée au camp”, dit-elle.

Farouk Atig, Euronews:

“Voilà comment des milliers d’hommes et de femmes affluent chaque jour vers ce camp de l’espoir, fuyant des terres qui n’ont plus rien à offrir et une sécheresse devenue insupportable. Ces réfugiés, majoritairement Somaliens, tentent ici de retrouver un peu goût à la vie. Pour atteindre Dadaab, il leur a souvent fallu parcourir des milliers de killomètres, à la marche, jour et nuit, au bord de l‘épuisement. Ils commencent à peine à entrevoir la lumière au bout du tunnel.”

“Ici, c’est sécurisé, on reçoit des médicaments, il y a plusieurs ONG qui travaillent et nous viennent en aide, alors on n’a pas à se plaindre. On a des tentes, des lattrines. Le problème, pour nous, c’est qu’on n’a pas le droit d’aller chercher le bois qui nous sert à construire nos maisons traditionnelles somaliennes”, reconnaît Mimouna.

Dans les tentes, la chaleur est étouffante. Mimouna, comme des milliers d’autres, ont amassé des branchages pour recouvrir les tentes, construire des cabanes de fortune, mais pas plus.

Le camp de Dadaab est né au début des années 90 quand la guerre civile a éclaté en Somalie. A l‘époque il pouvait accueillir 90 000 personnes. Depuis, il est devenu une énorme ville, assemblage de tentes et de baraques, divisé en trois secteurs avec des noms respectifs. Il y a Dagar Haley, Hagardera et IFO, lui-même divisé en 3 autres sections.

Plusieurs ONG y travaillent. La communication entre elles est difficile. Elles prennent en charge les soins médicaux de base, l’alimentation. C’est le minimum pour survivre. Aucune aide psychologique n’est prévue et pourtant elle serait nécessaire. Mimouna ne sait pas si elle aura un avenir ailleurs qu’au camp de Dadaab.

“Je suis une maman âgée vous savez, et j’ai de gros problèmes de santé, des rhumatismes, ça me fait très mal. Je me sens de moins en moins bien. Ma santé se détériore, et puis je ne vois plus tellement bien. Je suis une vieille femme maintenant. Je ne retournerai pas en Somalie parce qu’ici, au moins, on a un peu plus de sécurité, de la nourriture, pas beaucoup c’est vrai, mais c’est mieux que rien. Alors je ne vois vraiment pas pourquoi je retournerai dans cet enfer”, conclut Mimouna.

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