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Quelles priorités politiques et économiques pour la Libye après Kadhafi ?

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Quelles priorités politiques et économiques pour la Libye après Kadhafi ?

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Le “grand ménage” ne fait que commencer en Libye. Près de soixante pays et organisations internationales, réunis à Paris, réfléchissent à la reconstruction d’un pays nouveau. Ils sont avant tout soucieux d‘éviter les erreurs commises en Irak après la chute de Saddam Hussein. Alors que presque tout manque aux Libyens, l’eau, l‘électricité, les denrées de base, la nouvelle organisation politique issue de la rébellion a du mal à gagner la confiance de la population. Le Conseil national de transition ne cesse donc de réclamer un déblocage plus rapide des avoirs libyens gelés dans le monde entier.

L’autre défi est politique. Des rebelles de nombreuses tribus différentes se sont rassemblés pour abattre le régime de Kadhafi, mais leurs divergences ne tarderont pas à surgir. La rébellion doit former un gouvernement stable le plus vite possible. Sur cet après Kadhafi, euronews a interrogé le professeur Hasni Abidi en duplex depuis Paris. Il collabore au Centre d‘études et de Recherches pour les pays arabes et méditerranéens à Genève.

Euronews : Quel rôle peuvent avoir la France et d’autres pays dans l’avenir en Libye après avoir participé à la campagne militaire ?

Professeur Hasni Abidi : “C’est vrai, la France et le Royaume-Uni ont été en pointe dans les opérations militaires contre le régime de Kadhafi, Paris et Londres ont aidé les rebelles à renverser Kadhafi. Mais désormais, l’important pour la Libye, c’est de mettre en place un nouveau système, de nouvelles institutions pour diriger le pays car la Libye n’a pas d’institutions excepté celles mises en place par Kadhafi. Ce sont des défis difficiles et je ne pense pas que le Conseil National de Transition puisse les relever seuls”.

Euronews : “Pensez vous que la stratégie devrait être de désarmer les rebelles et les forces pro-Kadhafi, donc de remettre les armes aux forces officielles de sécurité ?

Professeur Hasni Abidi : “Nous savons tous qu’il y a des groupes islamistes parmi les rebelles. Il y a aussi un nombre énorme d’armes disseminés partout dans le pays. Elles viennent soit de Kadhafi soit d’autres pays et même en contrebande via les frontières. Il est donc difficile de savoir comment regrouper toutes ces armes”.

Euronews : Comment voyez-vous les relations entre l’Algérie et la Libye après l’accueil par l’Algérie de différents membres de la famille Kadhafi ?

Professeur Hasni Abidi : “Je ne pense pas que l’accueil d’une partie de la famille Kadhafi pour des raisons humanitaires va mettre fin aux relations avec la Libye. Il y a une aile pragmatique et réaliste au sein du Conseil National de Transition et il va faire en sorte d’avoir de bonnes relations avec les pays voisins et principalement avec l’Algérie”.

Euronews : Pensez vous que la Libye qui a empêché tout pluralisme depuis 1969 soit prête pour la démocratie ?

Professeur Hasni Abidi : “Il y a une grande peur suite à des informations suggérant que différentes organisations ont pris part à la guerre en Afghanistan comme l’Aljama’a Almoqatila en Libye dirigée par Bilhaj qui est actuellement le chef du conseil militaire à Tripoli. La peur c’est que ces organisations puissent prendre part au système politique. Le Conseil National de Transition n’est pas prêt et ne peut pas diriger, c’est un outil de transition vers un nouveau système politique”.