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La "génération 11 septembre"

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La "génération 11 septembre"

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Dix ans peuvent passer très vite, ou très lentement.

Malgré leurs efforts, cela n’aura pas suffi aux Américains pour achever le nouveau World Trade Center.

Et les New-Yorkais, quel souvenir gardent-ils du 11 septembre 2001? Quelle mémoire souhaitent-ils léguer aux générations futures? Et les enfants du 11 septembre, comme on les appelle, qu’en pensent-ils?

Nous avons rencontré la famille de Noah dans le quartier tranquille de Brooklyn. Le 11 septembre, ils ont du fuir à la hâte leur appartement du centre de Manhattan, à trois pâtés de maisons de la Tour Nord du World Trade Center.

Noah avait alors trois mois. Sa mère est contente que le 11 septembre ne soit pas étudié à l‘école:

“Vous savez, honnêtement je pense que c’est trop tôt.” dit-elle. “Quoi qu’on leur apprennent, dans 25 ans, on se rendra compte que c’est faux. Je pense qu’on devrait leur raconter les faits, mais pas s’attarder sur les images.” précise-t-elle.

Et quand on demande à Noah s’il connaît les auteurs de ces attaques, il réfléchit quelques instants avant de donner sa réponse: “Oui, c’est Ben Laden…qu’ils ont récemment tué d’ailleurs. ça m‘étonne qu’on ait mis dix ans à trouver que c‘était lui.”

“Il ne se cachait pas aux Etats-Unis. ça aurait vraiment été suicidaire.” ajoute-t-il.

La famille Lunceford s’est elle aussi éloignée de Manhattan après le 11 septembre. John et sa femme ont trois enfants. Meredith, qui a eu 10 ans en juillet, était encore bébé quand son père a vu les tours s’effondrer depuis sa fenêtre. Elle, n’en a aucun souvenir, mais cela ne l’empêche pas d’avoir une opinion tranchée sur la mort de Ben Laden.

“Je sais juste qu’un avion s’est écrasé sur le World Trade Center, que le bâtiment s’est effondré et que beaucoup de gens sont morts. Et c’est tout.” raconte-elle.

“Je pense qu’on en a un peu parlé, mais je ne pense pas qu’ils aient posé beaucoup de questions.” explique son père. “Ce n’est pas quelque chose dont on parle beaucoup. Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas…mais je ne pense pas qu’on ait beaucoup parlé des détails.”

Meredith ne se rappelle pas des images du 11 septembre à la télévision: “La seule chose que j’ai vu à la télé, c’est quand on a tué Ben Laden. Mais je sais pas vraiment si sa mort change quelque chose, parce qu’on ne peut pas revenir sur ce qu’il s’est passé. Donc je ne comprend pas bien.” dit-elle, pleine de maturité.

“Les cinq premières années nous étions très déprimés, nous y pensions beaucoup.” confie son père. “Cela a beaucoup affecté nos vies, la mienne et celle de ma femme, celles de nos amis, et des gens qu’on connait. Mais maintenant je ne ressens plus la même chose.” dit-il.

Mais encore faut-il définir ce qu’est exactement la “génération 11 septembre”. D’après une étude de l’université d’Austin au Texas, ce sont les jeunes qui étaient adolescents au moment des attaques. Ils auraient changé d’avis sur la politique. Presque deux tiers d’entre eux s’intéresseraient davantage à ce qu’il se passe dans le monde.

“Cela a changé ma vie, et ça m’a fait grandir différemment.” dit ce jeune Américain de 30 ans.

“On a plus peur que la génération qui nous a précédé. Nous sommes la première génération à voir comment un évènement au Moyen-Orient peut affecter nos vies. Et je pense que c’est dur de dire quel genre de personnes cela fait de nous: si cela nous rend plus ou moins tolérant, avec une conscience plus globale ou si nous avons peur de tout.” se demande cette jeune Américaine.

Qu’ils aient été directement affectés par la catastrophe, ou de simples téléspectateurs des évènements, les jeunes américains ont tous été choqués par ces attaques. Ils mettront encore du temps à l’appréhender avec sérénité.